Clipse « Lord Willin' » @@@@½


Voici l’un des duos de rappeur les plus authentiques de ce début de millénaire : les Clipse. Pourtant, au départ, aucun paramètre n’avantageait ces deux frangins natifs du Bronx pour sortir un jour un néoclassique Hip Hop : ils viennent de Virginia Beach, un bled à mi-chemin entre la Eastcoast et le Sud (casse-tête pour étiqueter entre Dirty South et Eastcoast), fréquentent des amis nerds comme Pharrell Williams et Chad Hugo, et leur signature sur Elektra a fait chou blanc. Flashback. 1999, Pusha T (anciennement sous le nom de Terrar) et Malice, premières signatures sur Star Trak (le label des Neptunes), font des apparitions sur les albums de Kelis et N.E.R.D., sortant dans la foulée le maxi The Funerals pour amplifier leur buzz. Un titre bien prémonitoire pour un album mort-né, trouvable uniquement sur Internet sous le nom de Exclusive Audio Footage. Joli gâchis. Déboires durant leur jeunesse et poissards dans les méandres de l’industrie musicale.

Ils finissent par forcer le destin chez Arista l’été 2002 avec le très hot « Grindin », un beat des ‘Tunes indescriptible, un des plus géniaux qu’ils aient inventé à ce jour. Comme le dit Pharrell dans l’intro, « the world is about to feel something that they never felt before » et il a totalement raison. À tel point que c’est incontestablement un (si ce n’est le) meilleur single de cette année-là. Un son très ghetto et ultra-novateur, où l’on fait plus ample connaissance avec l’univers des Clipse et leurs flows respectifs, pas faciles il est vrai à distinguer de prime abord. L’impact et le succès inattendus de ce hit étaient tels, que cela leur a valu une nomination aux Grammy Awards et deux remixes, une version ‘classique’ rallongée (featuring N.O.R.E., Lil Wayne et Baby) et un ‘selector’ (avec les raggamen Sean Paul, Bless et Kardinal Offishal). Avec ceci, les frangins Thornton laissent leur carte de visite, Lord Willin’, intégralement produit par des Neptunes débordant de créativité et d’originalité. Un premier album qui allait faire parler la poudre, blanche.

Ne vous fiez pas au saxophone et au chant de Pharrell sur le swinguant « Young Boy », les frères Thornton ont vécu une enfance et adolescence pour le moins déplorable, dans un milieu entouré de dealers et de drogue, pour devenir ces gaillards qui n’ont pas le temps de prendre du bon temps. Ensuite arrive la visite guidée des coins mal famés de « Virginia » pourris par la coke, avec une ambiance glauque et glaciale très communicative, qui nous emmène direct au liquor store et drug store des bas quartiers. Niveau son c’est comme du Mobb Deep version Neptunes, dont leurs instrumentaux sont principalement caractérisés par des martèlements de caisse claire qui collent à la boîte crânienne. Autre réussite des Clipse, « Cot Damn » en compagnie d’Ab-Liva et Roscoe P Coldchain, grâce notamment à la mélodie de piano d’un Pharrell très inspiré. L’ami Fam-Lay profite seul d’un moment d’interlude pour poser un freestyle terrible de deux minutes (à la moitié du disque), apportant une touche ‘flingues’ au tableau de chasse.

Leur éducation maternelle a permis aux deux frères de ne pas se servir de leur carte de crédit pour se payer des rails de coke, c’est pourquoi ils ont préféré narrer des histoires louches bien saupoudrées. Malgré tout le respect qu’ils doivent à leur génitrice, pas simple pour eux de faire comprendre que leurs relations amoureuses ne sont pas sérieuses. Cela passe mieux en chanson (« Ma, I Don’t Love Her » feat Faith Evans). Nan, les Clipse en étaient en train de rapper le club-banger monstrueux « When The Last Time » (avec Pharrell encore), avec un laissez-passer au carré VIP où les filles sont triées sur le volet pour rejoindre le trio. Les Clipse ne manquent pas d’ « Ego » et se la jouent très bien avec leur « Gangsta Lean ». Jermaine Dupri n’a quant à lui pas refusé de remettre son titre « Let’s Talk About It » (présent sur son solo Instructions paru en 2001). Pour finir, les Clipse dévoilent le meilleur reflet de leurs personnalités sur « I’m Not You », avec Styles P et Jadakiss pour renvoyer la balle, qui se veut être leur interprétation de ‘sachons dire non’ version ‘cuban link’.

Comme vous l’aurez entendu, Lord Willin’ n’a rien d’un album de rap ordinaire et brise certaines lois d’un conformisme trop confortablement installé dans le hip hop aussi bien mainstream que underground. Que cet album ait reçu une certification or sonne comme une revanche cueillie de sang froid par les Clipse, avec cette démonstration de leur pur talent de rimeurs à gage, ainsi que celui de Neptunes au sommet de leur art. Certifié ‘street classic’ par les fans.

(chronique originale écrit le 26 Novembre 2006 sur Rap2K.com)

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