Notorious BIG « Life After Death » @@@@½©


Branle-bas de combat chez Bad Boy en cette fin d’année 96, le label étant suspecté d’avoir prémédité le meurtre de 2Pac. Notorious B.I.G., engrené dans cette guerre Eastcoast/Westcoast, termine son double-album au titre et à la pochette prophétique, ‘Life After Death‘, dans une atmosphère extrêmement tendue. Contrarié et furieux après l’attaque personnelle de 2Pac et son « Hit’em Up« , Biggie va reprendre du poil de la bête. Ce second opus possède pourtant une ambiance moins ghetto et pesante que son premier classique ‘Ready To Die‘, elle est même plus rhythm’n blues et funky, très mainstream pour ainsi dire. Life After Death était né pour être un gros blockbuster. Cependant une odeur de mort y plane constamment car dans sa paranoïa, Biggie Smalls sait pertinemment que la faucheuse le suit de plus en plus près, sa vie était réellement menacée de mort à chaque instant. La photo de lui posant à coté d’un corbillard n’est que trop parlante.

Note : rétrospective remise à jour à l’occasion des 15 ans de la disparition de Biggie. Cet album a été certifié disque de diamant aux Etats-Unis et a gagné trois Grammy Awards dont celui du meilleur album de rap.

Vers la fin des années 90, on resitue le contexte, c’était la mode du « je-sample-à-tout-va » du millionaire Puff Daddy et ses Hitmen, qui payait cash tous les droits d’auteurs pourvu que les chansons soient des hits. Biggie n’aura plus qu’à déchirer les instrus avec son flow grandiose et sa voix d’or pour décrire sa belle vie de player. Il signe le tubissime « Hypnotize » (et son -dernier- clip culte dont on se rappelle la course-poursuite en marche arrière) avec son refrain inspiré de Slick Rick repris par groupe r&b féminin Total, son frère d’arme brooklynite et membre de The Commission Jay-Z le rejoint pour l’amour de l’argent sur « I Love The Dough » (avec ce sample qui sera repris plus tard par le 113 pour « Jackpot 2000« ), il réalise ses fantasmes sexuels (« Fuck You Tonight » avec R Kelly qui était déjà un grand),… En gros Notorious BIG profite de la vie, quoi de plus naturel en somme, tel le King of New-York qu’il était. Cette vie de faste et de luxe, il la partage avec sa femme Faith Evans et évidemment son amante, Lil Kim, quand il parle des ‘femmes jetables’ (l’ultra-funky « Another Bitch » et son affreux refrain). Mais il a beau chanter faux, cela n’altère en rien son talent inné qui lui permet de cracher ses rimes de mémoire, une mémoire « négrographique » comme il le disait lui-même. D’ailleurs, si Notorious BIG était un chanteur, ça serait le Pavarotti version ‘story-teller’ de génie (« I Got A Story To Tell« ), en plus doté d’un talent reconnu pour les égotrips lâchés d’un trait à la manière d’un freestyle.

Histoire d’apaiser les tensions avec la Westcoast, il invite Too Short sur « The World is Filled » et sample allègrement le célébrissime « Bounce To The Ounce » de Roger Troutman (LE monsieur talk-box) pour « Going Back To Cali« , un concept repris de LL Cool J quelques années plus tôt (mais qui était à base de TR808). D’ailleurs il n’en reviendra jamais vivant, de Los Angele. La mort l’avait suivi en voiture à la sortie cette soirée arrosée du 7 Mars 1997, alors qu’il s’était rendu là-bas pour la promotion de ce nouveau album Life After Death qui sortait le 25. Le comble pour cet homme qui se sentait poursuivi par la mort, allant jusqu’à la narguer avec ces titres évocateurs comme l’apaisant « Sky’s The Limit » (feat 112), « Somebody’s Gotta Die« … C’est peut-être pour cela que « Long Kiss Goodnight » (produit par RZA) peut sonner comme un testament, dans lequel il glisse des versets très durs envers 2Pac, de façon très implicite. Comme s’il fallait que Biggie crève criblé de balles pour que ‘Life After Death‘ prenne tout son sens. Des morceaux comme « You’re Nobody (Till Someone Kills You) » traverse la tête de part en part comme une balle de 9mm, et appuie d’autant plus cette idée de « vie après la mort ». Si ‘Ready To Die‘ pouvait être sinistre dans ses récits, cet album l’est assurément dans son contexte.

Bref, revenons à nos moutons. Une des grandes sources d’inspiration de Biggie, c’est bien sûr DJ Premier. Seuls les meilleurs avaient droit à un beat de DJ Premier dans les années 90, c’était comme un rite de passage. Le MC assassine le beat de « Ten Crack Commandements« , des règles qui font école encore maintenant, et « Kick In The Door« , deux grands classiques qui vont amener le rappeur à poser des textes géniaux et originaux. Ces deux morceaux marquent le lien avec son premier album, pour ceux qui n’ont pas oublié l’incroyable « Unbelievable » (à juste titre). « What’s Beef » aborde un sujet très sérieux au sujet de sa situation, narrant le fait que les vrais beefs font de vraies victimes, quand les meurtres ne se font pas dans les textes de rap. Une leçon que peu de rappeurs ont comprise… Côté flow, c’est sur « Notorious Thugz » en compagnie des Bone Thugs’n Harmony qu’il démontre l’étendue de ses possibilités en accélérant son phrasé de façon magistrale, au minimum époustouflante. Un travail de longue haleine puisque ce travail sur son flow lui a nécessité plusieurs semaines de perfectionnement.

Après sa mort, Notorious BIG laissera derrière lui une fille, tout Brooklyn qui le portait sur ses épaules, le trône d’une ville, et des millions d’amateurs de hip-hop. Le King de New York venait de s’éteindre, vive le King ! Il ne verra jamais non plus le succès engrangé par le tube « Mo Money Mo Problems » avec son ami Puff Daddy, qui sortira son propre album No Way Out quelques mois plus tard. Parfois, on se demande quel visage aurait le Hip Hop s’il était encore en vie. Une chose est certaine, il mériterait une statue à son effigie dans les rues de Brooklyn.

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