Apollo Brown & Ras Kass « Blasphemy » @@@@


Mello Music Group n’en finit plus de nous régaler cette année en proposant tous les mois au moins une nouvelle sortie. Comme pour le second album des Diamond District March On Washington, cette collaboration entre le vétéran californien Ras Kass et l’autre producteur-maison du label Apollo Brown était attendue de pied ferme.

Blasphemy est un album dont le fil rouge est l’utilisation des croyances d’une manière générale, qu’elles soient religieuses ou ce que divers pouvoirs essaient de nous faire croire. Aujourd’hui, il n’y a que des types très intelligents comme Ras Kass pour dépeindre le monde moderne avec un point de vue strictement hood. L’écoute démarre véritablement avec le morceau « How To Kill God« . Ras Kass, qui se place au côté des plus grands lyricistes rap avec la rime « God body MC/18th letter, Jay Hova, God’s son and me », argumente en trois strophes les déviances perpétrées depuis des siècles au nom des diverses religions et les manipulations par d’obscurs coulisses pouvoirs qui conduisent aux extrêmismes et à la haine que le monde rencontre aujourd’hui. Quitte à passer pour un iconoclaste! Sur « Deliver Us From Evil« , il pointe également les défaillances du monde moderne, plaçant un discours d’introduction critiquant les grands pouvoirs engendrant les problèmes actuels et empêchent de penser librement. Il a d’ailleurs cette phrase très forte sur le refrain qui dit « Humans are genetically modified clones », et achève ce titre par une prière.
Ras Kass a toujours eu ce parti-pris anti-politique, et son encre est toujours aussi noire qu’à ses débuts. Et sa voix aigre reconnaissable lui fait cracher de l’acide gastrique sur chaque rime. Le MC Westcoast surdoué n’a jamais perdu, ni vendu son talent, bien qu’il ait perdu des partisans le long de sa carrière depuis son retour en indépendant. Il rappelle d’ailleurs sur « Animal Sacrifice » qu’il n’est pas ici par hasard avec cette punchline « I’m Kendrick before Kendrick », challengeant la nouvelle génération de rappeurs qui ont évolué avec Internet. Sa plume est toujours piquante comme sur « Roses » quand il attaque l’animatrice décédée Joan Rivers (qui avait traité l’enfant de Kim et Kanye West de « moche »). Niveau featuring, c’est très haut également. Rakaa des Dilated People gère le refrain de « H20 » tandis que Pharaoh Monch passe sur le dernier couplet. « Giraffe Pussy » avec Royce Da 5’9, Xzibit au refrain et Bishop Lamont est un des grands moments de l’album, avec cet instru d’envergure d’Apollo Brown basé sur des claviers. Puis enfin on compte Sean Price, Slaine et Sick Jacken sur « Drink Irish« , Ras Kass et ses penchants pour l’alcool…
L’écriture est une part importante de Blasphemy vous l’aurez compris.  Sur « Francine« , il raconte l’histoire d’une femme bisexuelle promise pour une carrière d’actrice dont le destin s’achève de manière violente, je ne vous dirai pas comment, juste la moralité : « don’t mix business with pleasure« . Excellente mise en scène sonore d’Apollo Brown. « 48 Laws part 1 » est une réécriture des lois du rap game en repartant des lyrics de Notorious BIG et 2Pac en s’arrêtant à la loi n°24. Seconde partie de ce morceau pour une prochaine échéance. Sur « Strawberry« , Ras Kass et Apollo Brown s’amusent même à revoir des classiques à leur sauce, ici « Ice Cream » de Raekwon et Method Man. Le beat, forcément, est très inspiré des prods de RZA. Curieusement, on aurait cru que c’était du Bronze Nazareth!
On parle beaucoup de Ras Kass depuis le début de la chronique et peu d’Apollo Brown. C’est vrai qu’on est tellement focalisé sur les textes que ses prods passent en second plan. Ses beats sont toujours reconnaissables par la façon dont sont joués ses samples, comme des impulsions répétés à intervalles réguliers. On pourrait lui reprocher d’être trop régulier depuis Trophies avec OC. Cela dit, on ne peut s’empêcher de kiffer les titres soulfuls (« Humble Pi« , « Too Much of a Good Thing » et son refrain féminin), et d’apprécier la façon dont il se sert de samples connus comme « Misunderstood » de Nina Simone sur « Please Don’t Let Me Be » ou du Curtis Mayfield sur « Roses« . Du grand art.
Blasphemy est finalisé par « Bon Voyage » (sic), le sempiternel hommage à tous les rappeurs morts, mais force est de constater que celui-ci est particulièrement beau et touchant, avec ces scratches de phrases 2Pac, Guru… Le moment est solennel.

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