El-P x Killer Mike « Run the Jewels 2 » @@@@@


La bombe nucléaire R.A.P. Music de Killer Mike entièrement produite par l’ex-membre des Company Flow El-P a été la collaboration la plus inattendue de l’année 2012, plus inattendu encore, ce fut l’album le plus plébiscité cette année-là. Franchement mérité. Alors qu’une suite se profilait, les deux protagonistes ont officiellement formé l’année suivante le binôme Run The Jewels (un nom inspiré d’une rime de tonton LL Cool J) et proposent un album-test éponyme chez l’indépendant Fool’s Gold. Un coup d’essai transformé en coup de maître. Pour la seconde année consécutive, El-P et Killer Mike ont vu leur projet assailli de critiques positives, dont on garde encore le single « Banana Clip » avec Big Boi dans les mémoires. Je ne vous raconte pas l’excitation collective autour de cette suite, Run The Jewels 2. Et c’est toujours gratuit !

L’attente autour de RTJ2 était tellement énorme qu’il s’est passé quelque chose d’incroyable: Nas (oui, Nasir Jones, la légende), a signé le binôme sur Mass Appeal Recordings, le label qu’il vient de fonder. De ce fait, cet album est devenu la seconde sortie dudit label après Boldy James.

Conceptuellement parlant, El-P et Killer Mike ne sont pas pris la tête pour RTJ2, ils se sont juste dits « rien à foutre, on va faire le disque rap de l’année 2014 ». Alors ils ont mis tous les curseurs au max. Dans les premières secondes de l’album, on entend Mike pas content comme s’il allait casser la gueule à quelqu’un. « Jeopardy » est un morceau d’introduction très dur qui agit comme un compte à rebours : à la fin du morceau, ça va péter dans tous les sens. El-P a des mots vengeurs (« rappers are vaginas for the fame ») avant d’achever par « Run The Jewels is the answer for the question ‘what’s poppin???' ». N’attendez aucun fairplay de leur part. 

« Oh My Darling Don’t Cry » est effectivement un pétard à mèche courte. Difficile de décrire ce beat complètement barjo. On croirait entendre un truc bollywoodien, avec des sonorités hindous ou vaudous – dur d’identifier le sample original – passés en avance-rapide. Pourquoi se prendre la tête pour ça d’ailleurs, elle finit par exploser par la déflagration de l’instru hypnotique super-sonique et des lyrics agressifs de notre binôme. Cette track agit comme un violent coup de fouet (dont on peut en entendre un claquement) et la dernière minute part totalement en vrille. Ça réveille, comme si on nous plongeait endormi dans une baignoire remplie d’eau froide et de glaçons. Enchaîne sans transition « Blockbuster Night pt 1« , un délire qui passe en boucle des portions de musique mexicaine (guitare sèche, castagnettes) où les RTJ continuent de balancer des punchlines de malades mentaux et de beaux gestes techniques comme ces rimes en ‘ou’ sur le premier verset de Killer Mike. Pas le temps de reprendre sa respiration quand arrive « Close Your Eyes (And Count To Fuck)« . Zach de la Rocha (ex-leader des Rage Against The Machine si tu l’ignorais) vient booster ce titre malgré lui (FUCK THE SLOWMO), puisqu’El-P fait passer un boucle un bout de son refrain pour l’instrumental, conjugué à de méchants riffs de guitare. C’est comme si on mélangeait du Red Bull avec des hormones qui font gonfler les muscles. Le métallo-rappeur en profite pour cracher de l’acide sur le 5e couplet. Ce n’est que le 4e morceau et on se sent totalement rempli d’énergie, prêt à tout défoncer.

La suite est moins bourrin (« All My Life« , « Lie, Cheat, Steal » et « Early » feat BOOTS), mais ça ne va pas durer, ce qui permet de mieux apprécier le travail d’El-P et son assistant Little Shalimar à la prod, avec des influences très marquées en électro-rock comme à l’accoutumée. Killer Mike quant à lui recentre ses textes vers des thématiques plus sociales imprégnées de références religieuses (« Lie, Cheat, Steal » et son beat métallique).  Le tempo réaccélère dangereusement sur « All Due Respect » grâce aux coups de baguettes de magiques du super-batteur Travis Barker qui donne un coup de turbo, sans compter des passages big beat à la Diplo. Le mode « full power » enclenché. Sur « Love Again (Akinyele Back)« , le mid-tempo lancinant agit sur nos neurones comme un métronome et le couplet porno-lyrique de Gangsta Boo (surprise motherfuckers!) nous fait tendre un peu plus les oreilles.

« Crown » (feat Diane Cofee) calme un peu les esprits avec une ambiance plus froide où il est question de conscience et de remords. Et « Angel Dusters » joue les génériques de fin avec une dédicace aux oubliés avec ce refrain : « A little toast for the no ones/With a nod to the masters/To the ones with the riches/From the ones who the rags fit/A little smoke for the gone boys/A little nod to the spirits ». Un solo de piano vient accompagner les dernières secondes, rien de mieux comme conclusion.

Run The Jewels 2 est un album furieusement fou et absolument jubilatoire. C’est trop beau, et pourtant c’est vrai. El-P et Killer Mike, le meilleur tandem hip-hop de ces trois dernières années. Et vous savez quoi, le projet Meow The Jewels enregistré avec des miaulements de chats va voir le jour, avec Just Blaze, Alchemist et plein d’autres ! ET VOUS SAVEZ QUOI ENCORE? El Producto a annoncé un 3e volet de Run the Jewels !

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