Prodigy « H.N.I.C. pt.2 » @@@1/2


Il y a deux ans de cela, Prodigy s’est engagé à concrétiser le vœu de son public qui réclamait la séquelle de son semi-classique HNIC sorti en 2000. Sa mise en chantier a été entreprise après la commercialisation de Blood Money, un opus publiquement contesté (et détesté) à cause du ralliement des Mobb Deep avec le G Unit.

Dans un souci de vouloir préserver sa renommée de légende urbaine, son street-album Return of the Mac (intégralement produit par un Alchemist inspiré) avait pour mission de le sauver du discrédit provoqué par l’association de son groupe avec 50 Cent et rectifier le cap jusqu’à la sortie de ce HNIC pt 2. C’est chose faite. Alors plus la peine de se poser des questions sur cet arrivage venu tout droit des projects du Queens, il ne manque plus qu’une préparation psychologique (le Reality Rap des Infamous Mobb par exemple) avant de se plonger dans cette atmosphère malfaisante la tête la première.

 

            Sid Roams, The Alchemist et bien sûr son comparse Havoc ont pour tâche de conserver l’ambiance sonore traditionnelle de Queensbridge, c’est-à-dire des instrumentaux à glacer le sang, macabres pour ne pas dire glauques, en un mot : oppressants. Pour l’anecdote, Prodigy aurait refusé un beat de Scott Storch, il n’y a pas matière à se demander pourquoi.

Le Head Nigga In Charge met la pression direct avec « Real Power is People » sur un son lourd de Roams, et la maintient sur « The Life », dont on doit les sonorités fantomatiques à Alchemist. La troisième bastos « Young Veterans » est un avertissement sévère à tous ceux qui doutent de la réputation de bad boy de Prodigy, avec l’orgueil naturel qu’on lui connaît. Pas mal de tueries jalonnent ce HNIC pt 2, comme « New Yitty » gonflé en basses et « It’s Nothing » avec Big Noyd, fidèle au poste, tandis que « Click Clack » rétablit un calme précaire après l’horror-core « ABC », sobrement illustré par son court-métrage hallucinogène. Mention bien décernée au « Veterans Memorial pt 2 », une track généreusement soulful qui lève le voile sur les souvenirs de son père disparu et de Killah Black (le frère d’Havoc).

Au sujet des featurings, remarquez que les membres du G Unit sont aux abonnés absents et c’est tant mieux. Il y a juste une légère accolade amicale envers Fifty (sur « The Life ») et le port du bandana de la marque G Unit Clothes (que l’on aperçoit à droite sur la couverture) en signe de loyauté. À leur place, en plus de Noyd, on retrouve Big Twins (reconnaissable à sa voix rugueuse) aka Twin Gambino des Infamous MOBB et Un Pacino.

 

HNIC pt 2 permet de dresser le bilan psychologique de Prodigy : son esprit de contradiction (flagrant entre « Real Power is People » et « The Life »), sa paranoïa, sa psychopathie latente (« ABC ») et une clairvoyance mystique (« Illuminati ») qui lui permet de déceler des complots politiques (« Real Power is People » de nouveau).

Et puis il y a encore ce talon d’Achille, le même reproché fréquemment à Capital P depuis Infamy : son flow, qui donne cette impression d’être constamment shooté à la morphine. Les médisants diront c’est à cause du crack ou d’autres substances illicites, les plus conciliants que cette baisse de nervosité est due à sa maladie du sang. On peut jouer les psys tant qu’on veut mais on n’est pas médecins pour déterminer si son état de santé est responsable de ce cruel manque de dynamisme.

            Quelques titres parviennent péniblement à combler notre contentement, on pense à « 3 Stacks », « When I See You » et la réunion des Mobb Deep pas vraiment à la hauteur de nos espérances (« We Want Out » avec Un Pacino). Il faudra malheureusement se contenter de cet ultime morceau jusqu’à ce que Prodigy soit libéré de prison… en 2011 (on lance un ‘Free P’ au passage).

Le teaser du « ABC » espagnol est affreux et surprenant à la fois, malgré la prouesse technologique qui se cache derrière ce morceau. À titre informatif, son label Voxonic a mis au point une espèce de machine audio-tune capable de traduire les paroles de Prodigy dans n’importe quelle langue et ce en gardant son timbre de voix. On est curieux d’entendre la version paraguayenne de « ABC ».

Une question pour finir : pourquoi ne pas avoir ajouté au tracklisting la bombe insalubre « Dirty New Yorker » ? ça aurait pu être le meilleur morceau de HNIC 2, c’est très dommage de l’avoir écarté.

 

Pour évaluer le mieux possible cet album, il est préférable d’éviter si possible la comparaison avec HNIC premier du nom et de faire abstraction de ses récentes allégations sur les ‘corny rappers’. Les producteurs ont très bien fait leur job (surtout Sid Roams et Alchemist) et Prodigy est resté intègre de bout en bout.

Dans le contexte actuel des choses, HNIC pt 2 est une suite fidèle et authentique, 50% Queensbridge/50% Infamous. Saura-t-elle nous consoler durant les trois ans et demi de prison requis contre son auteur ? Le temps le dira…

 

 

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