Ludacris « Battle of the sexes » @@@ [+bonus]


Battle of the Sexes de Ludacris abordait la question de l’égalité des sexes. On entend souvent dire que le rap c’est misogyne et ça dégrade l’image de la femme, etc, etc… Le concept développé ici par Luda visait de donner la parole aux femmes, à des rappeuses ou ‘femcees’ comme on dit, et c’est ce que j’ai décidé de faire : ce sont Candice, Claire, Hana, Wadji et Natalie qui vont donner leur avis sur cet album et son thème, parce qu’il n’y a qu’elles pour juger si le rappeur d’Atlanta est un vrai gentleman. Ou pas.

La streetbloggeuse Candice attendait beaucoup de ce disque, avant de tomber des nues. « J’ai oublié de noter sur mon calendrier de fan le jour exact où je suis tombée amoureuse de Ludacris, mais ça fait un petit bout de temps. J’attendais donc avec impatience son dernier album, faut dire que les morceaux qui filtraient me donnaient vachement envie ! « How Low », « My chick bad »… Et puis… Et puis rien ! », écrit-elle. Nathalie et Hana résument sommairement l’introduction : « les femmes parlent comme des bitches, les hommes comme des machos. »

Le premier extrait « How Low » paraissait pourtant efficace. Un « ass up face down classssssique qui me fait shaker du booty, je ne peux lutter » en pense Claire, même Wadji « danserait bien dessus en boîte ». Enfin, pas pour tout le monde. « Dans ce morceau qui commence par une instru assez moderne, electronisante mais trop commerciale à notre goût, on a l’impression qu’il illustre le fait que les hommes veulent toujours aller plus vite, qu’ils sont dans un esprit de concurrence et de performance permanent, dans l’optique de gravir des échelons en brûlant les étapes. Les femmes sont présentes dans le refrain, un peu comme des figurantes. C’est un peu dégradant dans le sens où elles ont une voix trainante et sensuelle, une voix digne du téléphone rose !» et « catastrophique » pour les oreilles d’Hana et Nathalie.

Idem pour le second single « My Chick Bad », bon mais sans plus. Pour Candice, c’est clairement « le genre de son sexy qui me donne envie de monter sur la table et montrer que les danseuses du Crazy Horse sont des amatrices ! (je plaisante je n’ai jamais fais ça, n’essayez pas d’avoir mon mail). » Claire tempère un peu sur le fond en citant « je sais pas ce que c’est censé apporter comme pierre à l’édifice des relations hommes femmes à part savoir que sa pouf est mieux que la nôtre » de même pour Wadji : « j’ai surpassé mon aversion pour Nicki Minaj et ai décidé de lui accorder une énième chance sans a priori. J’aime bien l’instru et la voix de Nicki Minaj pour une fois je trouve ca moins pire que d’habitude faut dire que le sujet lui va à merveille. » Cela dit, elle préfère le remix, « surement du a la présence d’Eve. » Le verdict d’Hana et Nathalie est nettement moins conciliant, pour elles « en tant que femmes, nous ressentons une honte d’être représentées par ce personnage qu’est Nicki Minaj. Nous trouvons ce titre vulgaire. Même lorsque Nicki Minaj intervient, on a cette impression que Ludacris lui a autorisé à prendre la parole. » Nicki Minaj semble être la cible de nombreuses critiques, la « Lil Kim wanna-be » pour reprendre les termes de Wadji.

Sans tourner autour du pot, Battle of the Sexes en résumé est une « grosse déception pour tout le reste, du concept aux prods en passant par les sujets. Cela partait pourtant d’une bon sentiment : réunir sur un album des hommes et des femmes autour de thèmes relationnels. Bon ça cassait pas des briques non plus mais c’était une idée. Sauf qu’au final, moi je cherche encore l’aspect ‘battle’ du truc. Non mais sérieusement, où  sont les clashs, l’affrontement des idées, les prises de positions ? » Nathalie et Hana ont peut-être la réponse, pour elles cet album « donne l’image d’un Battle  » machos vs bitches  » […] il aurait dû l’appeler « Battle of the SEX ». » Se référant aux titres purement évocateurs comme « I Do It All Night », « Sex Room » ou encore « Feelin’ So Sexy », les deux chroniqueuses emploient des termes tout aussi parlants : « vulgaire », « atroce » et « complètement malsain ». Un des titres les insupporte particulièrement, « I Know You Got a Man », immoral selon elles. « La prétention de Luda (qui lui-même a déjà une compagne) revient au galop en utilisant sa notoriété pour essayer de draguer une femme qui a déjà quelqu’un. […] Ils diffusent des valeurs presque sales et jouent en tant qu’exemples de relations complètement malsaines face aux jeunes adolescents qui sont, par curiosité, à l’affût de tous scenarios sexuels qu’on pourra leur proposer » argumentent-elles. Wadji quant à elle se pose des questions sur le featuring : « C’est moi ou Flo rida fait très Akon sur le refrain? Je le trouve un peu ennuyant. » Claire est la seule à relativiser : « Les thèmes abordés ben c’est pas comment dire le Pérou hein donc ca se cantonne pour ma part à demeurer un album club et matin haineux. […] Il y a cette touche d’humour qui lui est propre qu’on retrouve tout au long (ca fait passer le temps). Luda a un flow de malade il faut dire ce qui est donc à ce niveau la pas vraiment de chose à redire. »

Justement les featurings, parlons-en tant qu’il en est question. Nathalie et Hana sont « dépassées  par ces femmes considérées comme « rappeuses » qui s’autoproclament « bitches ». Nous avons même honte de dire que nous aimons le hip hop avec des choses pareilles, ça attriste sachant que c’est l’image que le grand public se fait. » A l’origine, cet LP devait être un album en commun avec Shawnna, qui a finit par faire des infidélités à Ludacris en signant chez T-Pain, ce qui est dommage car Wadji « aime Shawnna donc côté fille je ne me plaindrai pas » en parlant du titre « I Do It All Night ». Elle continue en expliquant effectivement que la rappeuse n’est « pas assez mise en valeur sur les chansons sur lesquelles elle est d’ailleurs » comme sur « BOTS Radio ». Lil Kim, sur le retour, ne convainc pas non plus sur « Hey Ho ». Wadji explique qu’elle « a perdu de son truc j’ai du mal peut être la faute à l’overdose de « lil kim wanna be », je suis persuadée qu’ a une époque ces 2 la ensemble aurait fait quelque chose mieux que ca. » Candice aussi approuve : « apparemment dans la punch line de Lil Kim : « You don’t fuck us, niggas we fuck you ». Parce qu’au final tout tourne autour du sexe dans cet album. Enfin, sexe, argent et pouvoir. Les mecs pensent avoir le pouvoir parce qu’ils sexent les meufs, qui elles utilisent le sexe pour mieux les asservir. C’est d’un cliché total et tellement entendu que si c’était juste pour dire ça, valait mieux donner la parole à une strip-teaseuse. » Claire non plus avoue ne pas être emballée plus que ça « par la participation féminine je dois dire, je n’ai pas retrouvé cet esprit de compétition comme stipulé dans le titre de l’album je m’attendais vraiment un truc avec plus de répondant du coté filles. »

Et les featurings masculins, comment s’en sortent-ils ? « Trey Songz aussi a fait du « bedroom songs » son fond de commerce ca passe je trouve c’est un petit son qui irait une compil « In the mood for love » », décrit Wadji en parlant du « smooth » « Sex Room». « J’aime déjà plus avec le côté R&B apporté par Ne-Yo » sur le morceau « Tell Me A Secret » poursuit-elle. À propos de cette chanson « écoutable » pour les impitoyables Hana et Nath, « nous ne sommes pas du tout étonnées du fait que Ne-Yo est celui qui a écrit le texte. » La seule personne qui trouve grâce à leurs yeux est probablement Monica. Et encore, « nous avons de l’estime pour Monica mais nous ne comprenons pas sa contribution à l’album. Nous entendons une espèce de harpe douce au début et puis la violence revient très rapidement avec le rap agressif de Ludacris », pensent Nathalie et Hana. « La présence de Monica adoucit le tout » confirme Wadji.

« Coté prods, c’est tellement la déception que je ne sais par où commencer, enchaîne Candice, à force de critiquer et d’établir des hiérarchies dans ce qu’il y a de bon à écouter ou pas, on finit par oublier que la musique est avant tout une histoire de feeling. Et seulement quelques morceaux m’ont fait vibrer. » Claire est la seule, encore une fois, à avancer le choix d’instrus Dirty South : « Les prods rentrent dans les mêmes critères, c’est la juste continuité de sa carrière, entendons-nous c’est pas mélodieux mais ca bombarde et ca reste en tête. »

« Bon en conclusion, c’est pas un truc de puriste mais  l’ensemble est assez efficace (c’est le mot que je retiendrais) pour le genre je suis obligée d’avouer que jme laisse bien balader quand même » se lance Claire. Pourtant fan assidue, Candice se dit être « déçue qu’un mec aussi talentueux que Luda ait perdu du temps sur cet album. Il n’est pas à la hauteur de son talent. On lui reprochait d’avoir été trop sérieux sur Theater of the mind, d’avoir perdu son grain de folie, mais au moins et il ne nous avait pas arnaqué sur la qualité ! Enfin moi j’dis ça, j’dis rien. » Wadji également ne cache pas du tout sa déception aussi sur la forme que sur le fond, elle « le trouve superficiel sur ce coup surtout au niveau des lyrics et du thème. Tout ce que cet album a fait c’est me faire regretter Lil Kim, Eve, Shawna et Missy de l’époque entre autres, en bref des rappeuses quoi mais bon ca se vend. »

Je laisse le mot de la fin à Nathalie et Hana. « Il faudrait même regarder combien d’exemplaires ont été vendus, ce peut être radical, mais il y aurait autant de pervers que d’acheteurs. » ironisent-elles.

BONUS / Mon appréciation personnelle:

Au début prévu pour être un album conceptuel en commun avec Shawnna, Battle of the Sexes s’est transformée en une compilation Dirty South qui ne dit franchement pas qui est le sexe faible ou qui est l’objet au milieu des matelas. Au lieu de rétablir l’égalité des sexes dans le rap game, le Luda de « Move Bitch » et « Pussy Poppin’ » tourne en rond en tombant dans les clichés habituels entre mâles et femelles qui s’affrontent au pieux sur des thèmes traités de manière très superficiel. Les sons classiquement Dirty South sont soit orientés (strip-)club, soit des histoires de cul bien salaces.

Les femmes sont représentées majoritairement par des pornolyricistes plastiquées en puissance comme Nicki Minaj, Lil Kim, Eve, Trina… Shawnna étant simplement reléguée en tant que simple participatrice pour son infidélité à Ludacris en signant chez T-Pain. Ma question : pourquoi n’y a-t-il pas de vraies femcees comme Jean Grae, Queen Latifah ou Rah Digga qui auraient apporté plus de profondeur et d’aspects social dedans ? Au lieu de ça, on se livre à une bataille de polochons entre des nymphettes et des pervers, chattes contre bites, du sexe et rien d’autre que du sexe ou de la drague. Franchement quel est l’intérêt de savoir qui baise mieux ? Il n’y a rien d’intelligent dans les lyrics lubriques de Ludacris et ses drôles de dames. Bizarrement, ce sont les guests masculins qui paraissent les plus romantiques avec les chanteurs de ‘r&b de chambre’ Ne-Yo et Trey Songz.

Avec deux singles platines pour le déjanté « How Low » et le moyen « My Chick Bad », Ludacris démontre qu’une fois de plus le sexe vend, fatalement. Avec une pochette qui rappelle le raté de Best of Both World de Jay-Z et R Kelly, j’aurai dû pourtant anticiper cette semi-déception. ‘Semi’ car malgré mon opinion défavorable et des instrus allant du correct à l’efficace, l’humour et la décadence de Ludacris me divertissent encore. On est premier degré ou on ne l’est pas…

Une réflexion sur “ Ludacris « Battle of the sexes » @@@ [+bonus] ”

Postez vos avis!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s