Thundercat presents « Drunk » @@@@½


Au début de sa modeste carrière, Stephen Bruner n’était crédité que pour ses dons de bassiste pour des artistes allant des membres des Sa-Ra à la reine Erykah Badu. Mais ça ne suffisait pas, son potentiel artistique lui réclamait de créer sa propre musique, un potentiel que ce sorcier de Flying Lotus a vu, lu et cru en lui. FlyLo le signe sur son label Brainfeeder, lui produit ses deux premiers albums apocalyptiques alors qu’une complicité s’installait entre eux deux, puisqu’ils n’ont eu de cesse de collaborer l’un pour l’autre, avec à chacune de leurs créations un émerveillement certain.

La réputation de Thundercat se construisait tandis qu’elle se répandait, en collaborant avec Mac Miller, Childish Gambino, Kendrick Lamar (il est d’ailleurs un des éléments majeur de To Pimp a Butterfly), Ty Dolla $ign, le géant Herbie Hancock ou en joignant la troupe du saxophoniste hyper-talentueux Kamasi Washington pour son triple album Epic. Ces expériences ont naturellement permis à ce personnage aux tenues scéniques incroyables (il a même porté le costume de l’armure sayien de Végéta) de façonner continuellement sa propre musique jusqu’à faire de Drunk son meilleur album à ce jour. Dedans, il y joue bien sûr de la basse à 6 cordes comme un Dieu, mais aussi il pète, il miaule, il se prend pour Sangoku, il boit parce qu’il déprime et il invite des personnalités inattendues.

En réalité, Stephen est une personne très fantaisiste et très spontanée, un homme qui n’a pas peur de paraître idiot (« Captain Stupido« ). Il est capable de régresser mentalement avec des musiques aux mélodies qui enchantent instantanément comme sur « Bus in These Streets » et le trippant « Tokyo« , où notre touriste devient un vrai gosse dans un parc d’attraction: « Gonna eat so much fish I think I’m gonna be sick/ Gonna blow all my cash on anime (Yes!)/ Don’t try to stop me ’cause I’m over 9000/ Just point me to the pachinko machines/ I think I’m Kenshiro, I think that I’m Goku/Can I just stay one more day? »

Il est impossible de mettre une étiquette musicale à cette oeuvre. Quelque part située entre de la soul progressive et funk cosmique (niveau atteint avec l’incroyable « Friend Zone » qui parle de l’addiction aux jeux vidéos), Drunk peut nous plonger facilement dans un bain tiède de mélancolie, un jacuzi entouré de bouteilles vidées dans lequel se baigne Kendrick (« Walk on By« ), Wiz Khalifa (« Drink Dat« ) et monsieur Pharrell Williams avec qui il refait le monde (« The Turn Down« ). Seul, on partage sa douce insomnie passé « 3 AM« .

Difficile de ne pas succomber non plus à cette magie très simple, celui du charme désuet du groove vintage. Ce décorum d’aspect eighties se retrouve sur le fantastique midtempo « Show You The Way » (avec Michael McDonald et Kenny Login), l’extrait « Them Changes » (tiré de son précédent EP) et « A Fan’s Mail (Tron Song Suite II) » qui possède le moelleux d’un « What We Won’t Do For Love » de Bobby Caldwell. Nostalgie des chansons qui ont baigné son enfance ? Allez savoir, mais le résultat est que ses compositions rassemblent à la fois passé, présent et futur.

Il s’avère finalement que Drunk est un album personnel, où la facette créative de Thundercat n’est autre que sa propre image de lui-même, tel qu’il est, ce bonhomme génial plein d’idées, de fantaisie, qui refuse parfois de grandir, nous emmenant dans ses délires et ses états d’âme. Plus sérieusement, nous avons face à nous l’oeuvre d’un artiste qui pourrait être plus influent qu’il ne l’est… pour l’instant.

 

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