Archives du mot-clé Flying Lotus

Thundercat presents « Drunk » @@@@½


Au début de sa modeste carrière, Stephen Bruner n’était crédité que pour ses dons de bassiste pour des artistes allant des membres des Sa-Ra à la reine Erykah Badu. Mais ça ne suffisait pas, son potentiel artistique lui réclamait de créer sa propre musique, un potentiel que ce sorcier de Flying Lotus a vu, lu et cru en lui. FlyLo le signe sur son label Brainfeeder, lui produit ses deux premiers albums apocalyptiques alors qu’une complicité s’installait entre eux deux, puisqu’ils n’ont eu de cesse de collaborer l’un pour l’autre, avec à chacune de leurs créations un émerveillement certain.

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Kendrick Lamar « To Pimp a Butterfly » @@@@@


Aout 2013, le couplet de Kendrick Lamar sur « Control » de Big Sean crée un énorme séisme qui a secoué tout le rap américain comme cela n’est pas arrivé depuis très longtemps. Son but : devenir le numéro 1, en se couronnant lui-même Roi de la Côte Est. Culotté, sans parler du name-dropping, suscitant des réactions de toute part. Et après, « que de la gueule » ? Détrompez-vous, To Pimp a Butterfly est l’oeuvre d’un artiste qui a les épaules d’un leader-né, une oeuvre plus Noire qu’il n’y parait. Il n’y a qu’à regarder la pochette renversante de l’album pour le comprendre.

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Vous ne prendrez pas sa liberté de penser…

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Il est encore difficile de prendre la mesure une semaine après sa sortie -avancée d’une semaine- du potentiel immense de ce second album en major de K dot, et il faudra bien plusieurs mois, voire plusieurs années pour se rendre compte de son impact, déjà très important, à tous les niveaux, culturel comme commercial en battant des records de lecture en streaming notamment. Ce qui est certain, c’est que le rappeur de Compton est parti dans une dimension bien plus vaste, musicalement comme sur le plan socio-politique. L’idée de To Pimp a Butterfly a germé après la sortie Good Kid, m.A.A.d. City qui l’a propulsé comme le prince incontesté de la Westcoast. Le succès à gérer, la pression qui devient plus écrasante, puis le contexte très tendu aux Etats-Unis avec ces bavures policières envers des afro-américains qui ont embrasé les rues comme les esprits de toute une communauté, parallèlement à une résurgence de l’histoire de l’esclavage.

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On perçoit un début de réponse à la formule « To pimp a butterfly » dès le premier morceau « Wesley’s Theory » (en référence à l’acteur Wesley Snipes inculpé pour évasion fiscale), lorsque raisonne un sample de soul « every nigger is a star ». Kendrick Lamar porte sa vision de l’industrie du divertissement qui fait miroiter monts et merveilles pour l’attirer et mieux l’influencer, le système qui lui répond dans le second couplet. Entre les deux versets, les bons conseils de son mentor Dr Dre lui viennent en aide. Kendrick Lamar expliquera à la fin du disque le sens de cet album, de la formule « to pimp a butterfly », par le fait que le système veuille détourner le talent d’artistes afro-américains, vu métaphoriquement comme un papillon. Je reviendrai plus tard sur ce dernier track « Mortal Man« , parce qu’il se passe franchement quelque chose d’incroyablement surréaliste et hautement symbolique sur ce morceau.

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Comme pour GKMC, To Pimp a Butterfly suit un ou plusieurs fils conducteurs, avec des thèmes récurrents pour apporter une cohérence et de la matière à ses propos. Sur Good Kid m.A.A.d. City, c’était les tribulations d’un adolescent avec ses homies, sa vie au milieu des gangs et sa copine Sherane. Ici la coqueluche d’Aftermath raconte le parcours et les conflits intérieurs qu’il a connu pour ne pas être tenté par le diable, ses excès et ses tentations. En parallèle, il entame un texte qu’il complète au fur et à mesure, utilisant un temps de parole dans les dernières secondes de certaines pistes, et dont les premiers mots qui reviennent sont « I remember you was conflicted, misusing your influence… » On ne connaîtra que le texte entier tout à la fin aussi, un texte qui résume parfaitement son récent vécu et son état d’esprit, ce après le morceau « Mortal Man« . Le rappeur fait aussi référence à Lucy (sur « For Sale?« ), une personnification de Lucifer. Mais avant d’aller plus loin, Kendrick Lamar ré-affirme son statut de roi à qui on veut couper les jambes sur « King Kunta » (en référence à l’esclave Kunta Kinte qui a fini un pied coupé) avec ces vers :

« I made it past 25 and there I was/ A little nappy headed nigga with the world behind him/ Life ain’t shit but a fat vagina/ Screamin’ « Annie are you ok? Annie are you ok? »/Limo tinted with the gold plates/Straight from the bottom, this the belly of the beast/From a peasant to a prince to a motherfuckin’ king »

Petit à petit le californien se retrouve confronté aux péchés et aux démons qu’entraînent cette sensation de pouvoir sur « Institutionalized » et ce que cela implique d’un point de vue psychologique lorsque la conscience s’en mêle sur « These Walls« , pour qu’au final cette ivresse lui fasse tourner la tête et sombrer dans l’alcool et la dépression sur « u« . Le rappeur termine des rimes aux larmes quand sa conscience (moment où il prend une voix bizarre) s’adresse à lui, comme c’était le cas sur « Swimming Pools« . « Alright » arrive à pic pour repositiver quand la fameuse Lucy vient s’adresser à lui sur « For Sale? » et tenter de corrompre son âme à nouveau. C’est là que Kendrick Lamar décide de se ressourcer et rentrer chez lui (« Momma« ) pour retrouver les pieds sur terre.

La suite devient encore plus intéressante, le rappeur a ouvert en grand ses champs de perception. « Hood Politics » constitue une critique envers les rap listeners et leur mentalité, avec ces brillants analogismes, et néologismes, que sont les Democrips et les Rebloodicans, en référence aux deux gangs de L.A.. On retient particulièrement cette phrase énervée qui rend hommage à la moitié des Run The Jewels « Critics want to mention that they miss when hip hop was rapin/ Motherfucker if you did, then Killer Mike would be platinum », avant de menacer quelques rimes plus loin « I’m the only nigga next to Snoop that can push the button ». Il évoque ensuite sur « Complexion (Zulu Love) » un sujet de prédilection de rappeurs dits « conscients » et engagés, à savoir la couleur de peau, avec pour finir un superbe couplet de la rappeuse Rapsody, la seule et unique personne habilité à poser un couplet sur tout To Pimp a Butterfly, si on exclut l’apparition du doggfather Snoop Dogg sur « Instutionalized« . Il démontre sur « How Much Cost a Dollar » aussi qu’en tant que storyteller, il peut narrer des fictions inspirées de la réalité d’un personnage tiers. Mais c’est bien « The Blacker the Berry » le morceau rap le plus sombre de Kendrick Lamar. Servi par une prod très lourde signée Boi-1da (et une apparition non-créditée du chanteur ragga Assassin), le nouveau Roi débute ses couplets par « I’m the biggest hypocrite of 2015 » avant d’entamer un texte sur la haine raciale et ces ressentiments très enfouis. Tout le contraire du titre qui suit, « i« , le single radio où Kendrick Lamar affiche sa fierté pour sa communauté sur un sample des Isley Brothers. Il y scande le terme de « negus », définition de « empereur noir » en éthiopien, pour ne plus dénigrer le N-word.

C’est là qu’on arrive à « Mortal Man« . Kendrick Lamar termine son texte et termine sur un dialogue social et politique avec… Tupac Shakur, aussi réaliste que la dernière apparition publique de son fantôme holographique à Coachella en 2013.

 

 

…ni de créer

Puis on repasse à la piste 1, on réécoute, on capte les éléments qu’on n’a pas encore saisi, les détails, et arrivé en bout de piste 16, repeat. Cette fois pour faire le tour des productions, gérées par un cercle très fermé de producteurs de la maison TDE (comme Sounwave et Tae Beast), de musiciens hyper-talentueux et autres artistes les plus doués de leur génération. C’est déjà le choc des générations sur le premier morceau, quand le père de P-Funk George Clinton prête sa voix sur un instrumental co-signé par Flying Lotus. La musique Funk retrouve le vent en poupe ces mois-ci et quelle soit ‘P’ ou ‘G’, elle imprègne chaque recoin de l’album. To Pimp a Butterfly demeure un album de rap californien avant tout, il en possède les gènes. Il y en a sur « King Kunta« , à travers de sample de DJ Quik (tiré de « Get Nikked » de Mausberg) jusque « i » avec ce riff emprunté aux Isley Brothers (samplé pour la première fois en 89 par les Beastie Boys sur « B-Boy bouillabaisse« ).

Pas de gangsta-rap, ni de trap. Kendrick Lamar s’est entouré d’une équipe de musiciens et chanteurs qui savent admirablement expérimenter les mélanges entre Nu soul et musique Hip-Hop, à savoir Terrace Martin (dont le saxophone est quasi omniprésent sur l’album), Stephen « Thundercat » Bruner qui donne de la basse et sa voix, Taz Arnold des Sa-Ra Creative Partners (Talib Kweli, John Legend, Erykah Badu, Pharoahe Monch…), Bilal, Anna Wise, James Fauntleroy et même Robert Glasper qui illumine l’outro de « Blacker the Berry« . C’est cet orchestre idéal, de noms qui se connaissent mutuellement dans le milieu, qui apporte ces savoureuses saveurs de nu soul et jazz à To Pimp a Butterfly. On retrouve même de l’afro-beat sur l’outro de « Momma« , c’est à se demander si on navigue toujours dans le symbolisme.

Et Dr Dre ? Son nom n’apparaît qu’en tant que producteur exécutif, et sa voix sur « Wesley’s Theory« . Tous les titres sont pratiquement mixés par Ali. Les rumeurs racontent qu’il se cache sous l’alias DragonLove (crédité sur « How Much Cost a Dollar » et le très agréable « You Ain’t Gotta Lie« ), et c’est le producteur Sounwave qui l’aurait sous-entendu sur Twitter. Il faut avouer que le beat de « How Much Cost a Dollar » a mis la puce à l’oreille, on perçoit clairement la signature du docteur. Pourquoi utiliser un autre surnom ? Pour éviter les critiques ? Et puis pourquoi pas, après tout d’autres grands artistes l’ont fait, notamment Stevie Wonder qui avait employé le surnom El Toro Negro sur Perfect Angel de Minnie Ripperton. Le seul super-producteur qui participe à l’album n’est autre que Pharrell Williams (« Alright« ), tout l’inverse de Knxwledge, un artisan du hip-hop alternatif mais pas moins réputé. Et le légendaire Pete Rock est bel et bien impliqué, il s’occupe des scratches sur « Complexion« . Kendrick Lamar est le directeur artistique à bord, c’est écrit d’ailleurs.

 

En faisant la synthèse de To Pimp a Butterfly, musicale comme thématique, cet album s’intègre dans la lignée d’oeuvres nu soul très pro-Black dans l’âme, récentes comme Black Messiah de D’Angelo, undun des Roots, les deux volets New AmErykah d’Erykah Badu, comme lointaines, on pense à Like Water for Chocolate de Common ou encore Me Against the World de 2Pac, album qui fête ses 20 ans ce mois de Mars 2015. Ce ne sera pas nécessairement le meilleur des albums rap des mois passés ou à venir, mais sûrement le plus important, suffisamment pour remporter un Grammy Award l’an prochain. Si cela n’arrive pas, je mange mon chapeau.

Flying Lotus « You’re dead! » @@@@½


Pan! T’es mort. Ça y est, c’est la fin? Pour Flying Lotus, ce n’est que le point de départ de sa cinquième oeuvre, You’re dead, parue chez Warp le jour de son 31e anniversaire.

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Thundercat « Apocalypse » @@@@


C’est parmi les artistes les plus discrets que l’on peut trouver les plus doués de notre génération, c’est le cas de Stephen Bruner alias Thundercat, chanteur et musicien. Comme beaucoup d’autres artistes qui ont fait soit des choeurs ou été instrumentistes pour de grands artistes avant d’être attiré par les lumières (Amp Fiddler, Bilal,…), Thundercat a tracé sa route aux côtés de Raphael Saadiq ou Snoop Dogg, ses services sont sollicités par des noms influents de la scène Soul expérimentale et/ou alternative comme Erykah Badu, Flying Lotus, Sa-Ra, et dans un registre plus contemporain, Miguel. Son talent est parvenu aux oreilles de Dr Dre, alors vous savez immédiatement que l’on a affaire à un artiste unique…

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Mac Miller « Watching Movies with the Sound Off » [Deluxe edition] @@@½


Le responsable du meilleur démarrage dans les charts américains catégorie album indépendant avec Blue Slide Park négocie le virage compliqué du second album. Les auditeurs, qui l’attendaient au tournant, auraient pu croire à raison que Mac Miller s’orienterait vers des choix plus faciles et mainstream pour Watching Movies With The Sound Off (Rostrum Records). Mais en fait pas du tout. Le rappeur de Pittsburgh a pris le contre-pied et le rendu lui convient plutôt bien à condition d’avoir bu du café avant.

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Flying Lotus « Until The Quiet Comes » @@@@½


Afin de connaître un artiste aussi mystérieux que Flying Lotus, il ne suffit pas simplement de retracer sa discographie ou de lire quelques lignes de biographie, où certains apprendront qu’il n’est autre que le neveu d’Alice Coltrane, un grand nom qui résonne dans l’histoire du Jazz, ou qu’il a réalisé clip d’Erykah Badu « Gone Baby (Don’t Be Long)« , produit quelques son pour Blu, etc…  Dans son cas, il suffit de laisser son univers musical venir à nous, et d’entrer en immersion totale dans son nouvel opus Until The Quiet Comes.

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Blu « NoYork! » @@@@


NoYork! devait être le premier album de Blu en major chez Warner. Le destin de cet album fut court-circuité par des fuites volontaires sur le Net avant d’être disponible en digital depuis la mi-Décembre, et pas chez Warner. Cette sortie plus ou moins officielle est l’occasion de revenir sur cet album rap peu commun de Blu, pour ne pas dire expérimental.

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Killer Mike « Pl3dge » @@@½


Et de trois. Killer Mike boucle sa trilogie avec Pl3dge, avec le support du label de T.I., Grand Hustle. Une sortie sous de bons auspices pour Mike Bigga, lancée par le single bouncy aux saveurs orientales « Ready Set Go » produit par No I.D. (Kanye West, Common,…), sans parler du remix avec Big Boi des Outkast, avec qui il a enterré la hache de guerre depuis un petit bout de temps.

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Stacy Epps « The Awakening » @@@@1/2


En parcourant les albums de MF Doom, Madlib, Wildchild, le Shapes of Broad Minds, les Scienz of Life ou encore le Clin d’oeil de nos français Jazz Liberatorz, vous avez sûrement dû rencontrer Stacy Epps. Le second effet Kiss Cool, c’est qu’elle a dû vous charmer par cette même occasion. Sinon, si vous aimez bien la musique Soul postmoderne et psychédélique à la Georgia Ann Muldrow, Nu AmErykah d’Erykah Badu ou les beats Soul Hop made in Detroit (genre les Platinum Pied Pipers), vous résisterez difficilement à The Awakening, le premier voyage dans l’espace de Stacy.

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John Robinson « The Leak Edition vol.2 » @@@@


Le nom de John Robinson n’évoque rien dans nos esprits. Pourtant, c’est le point commun entre l’alias Lil Sci des Scienz of Life, la moitié des Sol Urprising et le CEO du label Shaman Works Recording. Autant de casquettes qu’il porte, plus celle de rappeur solo. Comme l’indique le titre et un peu de perspicacité, The Leak Edition Vol. 2 est (logiquement) le second disque de John Robinson. A la réalisation, on retrouve les producteurs maisons qui ont déjà œuvré pour les Scienz of Life, tels que K Dubble, Flying Lotus, et son comparse ID 4 Windz, plus d’autres surprises que vous verrez dévoilées dans les paragraphes suivants.

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