Little Brother « Getback » @@@@


‘Jamais deux sans trois’, ‘la troisième c’est la bonne’, ‘trois est un chiffre magique’,…des refrains et des expressions qui reviennent souvent. Pour les Little Brother, ce 3e album a eu tout le contraire de l’effet miséricordieux procuré par la numérologie : les trois frères quittent la compagnie Warner Bros après avoir souffert du boycottage des médias pour The Minstrel Show et du désintéressement de cette major concernant ces problèmes-là. Retour alors à la case ‘indépendant’, avec un autre coup dur : le départ de leur producteur porte-bonheur 9th Wonder. Une séparation pour des raisons artistiques selon les emcees Phonte et Rapper Big Pooh. Néanmoins, ces coups du sort ne sont peut-être ils pas les meilleures choses qui soient arrivées au binôme de MCs ? C’est ce à quoi nous allons répondre…

Après l’écoute de leur mixtape gratuite And Justus For All, le scepticisme n’était pas de rigueur, le vent n’a pas tourné contrairement aux prévisions. Justement, cette page tournée annonçait un second souffle dans la carrière des Little Brother. Pour Getback, il aura fallu résoudre l’équation pour trouver d’autres producteurs avec qui l’alchimie était possible. Pour garder l’identité sonore intacte, DJ Khrysis, le second producteur du collectif de la Justus League, mixe l’entièreté du disque. Celui-ci se cadre dans le même esprit de 9th Wonder et produit d’ailleurs une track, « After The Party » (la suite de « Life of the Party » en quelque sorte) qui colle parfaitement au style de Phonte et Big Pooh, les familiarités étant plus simples à gérer en sentier balisé. Et puis, la séparation n’empêchait pas non plus les MCs de collaborer à nouveau avec 9th. « Breakin’ My Heart », son unique contribution, nous rendrait presque nostalgique, avec cette instru soulful dont lui seul possède le secret (sample de voix, violons, des claps,…). Mais la surprise vient de Lil Wayne (là on peut parler d’hyper-omniprésence), qui affiche sa présence avec un groupe complètement en dehors de son registre et qui arrive à s’adapter en conséquence, jouant même un peu le refrain des Little Brother. Ceci dit, il est vrai que l’on aurait eu du mal à imaginer comment le trio aurait pu évoluer au niveau supérieur lorsque 9th Wonder semble stagner.

Le tour de force de Getback a été de prouver que 9th n’est pas indispensable. Illmind, Mr Porter, Hi-Tek et Nottz ne font pas simplement office de remplaçants de luxe, ils permettent à Phonte et Big Pooh de s’épanouir autrement. Hi-Tek, comme à son habitude, gratifie d’une prod superbe, le mid-tempo soulful « Step It Up » sublimé par la voix de Dion, quand à Mr Porter, celui-ci surprend en proposant pile poil l’instru qu’il faut, grâce à un sample de soul music bien machiné. Des fois c’est un supplice de souligner des défauts, surtout quand il s’agit d’un de nos groupes favoris. Mais là il faut bien admettre que la prod de Nottz (« Two Step Blue ») est aussi recyclée que plaisante : diminuez les BPM et vous vous retrouvez avec « Think About It » de Snoop Dogg. Deux titres sur les onze auraient pu figurer sur mixtape de par leur qualité (« Can’t Win For Losing » et « Dreams »), si ces instrus étaient un peu plus travaillés… Illmind prédomine à la réalisation de l’album, pas étonnant qu’il soit l’instigateur du single « Good Clothes » et du magnifique « That Ain’t Love », une chanson qui rend accro grâce à ses chœurs envoûtants et cet échantillon d’harmonica. Et que dire du final « When Everything Is New », qui fait durer le plaisir pendant plus de six minutes…

Bon, assez parlé de la production maintenant que tout le monde est rassuré. Sans introduction obsolète, le couplet de Big Pooh qui démarre le morceau d’ouverture « Sirens » fracasse : pas le temps de s’affairer sur les histoires de N-word, les vrais problèmes passent en revue sans relâche. Souvent critiqué pour son flow poussif ou ses textes qui souffraient de trop de simplicité, le rappeur a progressé, chose qui se confirme par ses lyrics percutants et un phrasé fluidifié (comme sur « Extrahard »). Rien à rajouter concernant Phonte, si ce n’est qu’il s’améliore au chant (backs et refrains), et l’intervention d’un Darien Brockington impeccable, se complémentant à titre officieux comme le 3e homme des Little Brother.

Bien que rien ne permette de penser qu’il s’agisse de leur troisième classique consécutif, Getback reste avant tout un très, très bon album. Tout le monde sera ravi de voir que les Little Brother moins 9th Wonder continuent leur bonhomme de chemin et s’ouvrent sur des perspectives intéressantes. Aventures à suivre !

 

(chronique écrite le 11 novembre 2007 sur Rap2K.Com)

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