Amy Winehouse « Back to Black » @@@@@


Chronique écrite le 2 Avril 2007

Londres. Ce soir, j’ai une invitation pour un show case d’Amy Winehouse, dans le quartier cosmopolite de Soho. Me voilà alors sous la pluie dans un coin de rue, devant l’adresse indiquée sur le carton, face à l’établissement qui s’appelle le ‘Sixties’. C’est un café rétro à la façade qui rappelle les bars américains des années soixante, avec ce grand panneau blanc au dessus de l’entrée où il est inscrit en lettres rouges « Tonight : Amy Winehouse “Back To Black” », et sur lequel l’enseigne lumineuse très kitsch s’allume par intermittence.

Je pousse la porte pour vite rentrer au sec et au chaud, dans ce bar au décor boisé et chic, avec un grand plafond et un éclairage moyen. Typiquement le genre d’endroit où l’on entre sur le parquet ciré en smoking pour les hommes et robe élégante pour les femmes, où les fumées proviennent de cigares et non pas de cigarettes, et où le whisky et le scotch sont d’innombrables bouteilles derrière les barmen en costume. Un fond de musique soul grésillante émane d’un vieux tourne-disque, avec à ma droite une salle de billard pour les adeptes de pool, et à ma gauche face au grand bar, deux rangées de cinq tables, une centrale et une côté fenêtre, chaque table étant entourée d’une accueillante paire de banquettes en cuir. Dans le fond de la salle se prépare un petit orchestre pour le mini concert de ce soir, cherchant à placer les instruments sur la scène.

Je repère l’attachée de presse qui m’a contacté et je viens m’installer confortablement face à elle, commandant au passage un irish coffee au garçon qui me répond d’un poli « Of course mister ». Amy Winehouse doit chanter d’ici une demi-heure, et la discussion s’engage tranquillement à propos de la chanteuse en question avec mon contact, une fille assez charmante, alors je tente de parler mon meilleur anglais, une fois interrompu par le serveur pour mon café alcoolisé. Je remarque sur les murs des cadres protégeant des disques de vinyles dont certains dédicacés, des chanteurs de soul et de jazz principalement, dans leur pochette d’origine et comme neuve s’il vous plaît. Des pièces de collection signées Otis Redding, Little Richards, James Brown,… La grande classe ce cadre anachronique et moderne à la fois. Puis toutes les lumières du plafond s’éteignent en ne laissant que les spots du comptoir et ceux sur le mur fenêtré. Les clients devenus spectateurs commencent à applaudir pendant qu’Amy et ses musiciens entrent en scène discrètement dans l’obscurité.

Deux projecteurs accrochés au plafond viennent illuminer Amy Winehouse, Mark Ronson à la batterie et Salaam Remi au clavier, ainsi qu’un saxophoniste, un guitariste et un bassiste. Mon Dieu… qu’est-ce qu’elle a changé Amy depuis Frank ! Tatouée sur les bras, piercée, maigre dans sa robe à fleurs et sur ses escarpins, on la croirait devenue anorexique. Je reconnais juste sa longue et volumineuse chevelure noire, son teint  légèrement hâlé et cette silhouette typée, son regard blindé de mascara et surtout sa voix unique lorsqu’elle entonne « Rehab », avec cette façon de chanter comme les choristes de musique soul il y a quarante ans auparavant. L’ambiance de cette chanson s’accorde parfaitement bien avec le cadre et l’atmosphère du ‘Sixties’, le petit public immédiatement conquit tape des mains avant d’applaudir à la fin de la dernière note. Les caisses claires se font plus marquées sur le second morceau, « You Know I’m No Good », où une Amy désenchantée partage sans pudeur ses sentiments de désillusion et ses regrets. Dommage que Ghostface Killah n’ait pu venir la rejoindre pour rapper son couplet, mais avec ou sans, la chanteuse reste rayonnante. Un ‘thank you’ accompagné d’un sourire, et s’ensuivent « Me & Mr Jones », beau clin d’œil à Billy Paul, et la ballade «Just Friends ». Je reste bouchée bée, séduis par le charisme de cette femme et ce caractère très affirmé, et visiblement je ne suis pas le seul être envoûté dans la salle.

Sur une chaise en bois posée derrière la chanteuse, était servi un verre rempli de whisky, qu’elle boit par petite gorgée entre deux chansons. C’est là qu’ Amy Winehouse en vient au titre de l’album, « Back to Black », qui raconte comment elle a fini par sombrer dans l’alcool et la dépression. Acoustique oblige, les violons ont été remplacés des cuivres. Et puisque le micro subodore des relents d’éthyles, les spectateurs et moi-même sommes littéralement enivrés par cette douce mélancolie. Le grand chagrin d’amour se poursuit avec « Love is a Losing Game », et personne n’a l’air de rester insensible face à cette détresse communicative. « Tears Dry On Their Own » vient rythmer ce petit monde au bon moment, sur un ton plus enthousiaste et funky qui redonne le sourire et fait oublier toute cette tristesse, avant de replonger dans l’amertume de « Wake Up Alone » et « Some Unholy War». D’autant plus qu’il ne me reste plus une seule larmichette d’alcool dans mon verre, juste un peu de mousse caféinée. Après trente minutes de concert, c’est maintenant l’instant où Amy annonce que la prochaine chanson sera la dernière, et qu’elle s’appelle « He Can Only Hold Her », nous invitant dès lors à chanter les ‘lalala’ avec elle pour finir en beauté cette chouette ballade bien rétro. La chanson se termine alors que les gens continuent de chantonner, Amy Winehouse et ses musiciens, tout sourire, saluant humblement le public qui finit par siffler et applaudir la troupe.

Les lumières de la salle commune se rallument pour nous ramener difficilement à la réalité matérielle, du moins celle de ce bar d’une autre époque. Je vois la belle Amy descendre de l’estrade et s’asseoir devant le comptoir, le barman lui servant un autre whisky sans qu’elle lui demande. Pour ma part, je remercie courtoisement la miss qui m’a rencardé, parce qu’il est temps pour moi de rejoindre mon anorak et quitter l’endroit sous le ciel pluvieux britannique pour rejoindre un lit chaud à l’hôtel, le temps de réaliser ce qui s’est passé ce soir durant ce retour aux sources de la soul music.

chronique écrite le 2 Avril 2007

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