Timbaland presents « Shock Value » @@@½


Aux yeux de la planète Hip Hop et R&B, Timbaland fait partie de cette caste de producteurs géniaux et élitistes, engrenés dans une perpétuelle évolution artistique. Avec The Neptunes et Dr Dre, il est certainement l’un des rares producteurs influents à contrôler à sa guise les tendances de demain, avec la particularité d’être toujours en avance sur son temps. Pour Monsieur Tout-le-monde, il s’agit du grand manitou bodybuildé responsable des récents succès commerciaux et d’estime de Nelly Furtado (Loose) et Justin Timberlake (FutureSex/LoveSounds), celui que l’on aperçoit par intermittence dans leurs clips qui s’enchaînent sans cesse sur les grandes chaînes musicales. Maudits soient les ignorants ! Depuis plus de dix ans, Timbaland a assurément contribué à la réussite d’artistes rap et r&b (Ginuwine, la regrettée Aaliyah, Missy Elliott, Jay-Z, Bubba Sparxxx, Justin en 2002…), comptabilisé un nombre incalculable de hits successifs jusqu’en 2004, bref il a considérablement marqué son empreinte dans le hip hop en général. Sentant sa propre musique arriver à bout de souffle, Timbo a profité d’un long silence radio pour se dépasser humainement (par la musculation) et artistiquement, afin de réaliser ce retour en force magistral, le fait marquant de l’année 2006, avec une flopée de tubes invasifs et efficaces : « SexyBack » et « My Love » pour Justin Timberlake, « Maneater » et « Promiscuous Girl » pour Nelly Furtado.

Avec ce bagage de sons plus frais, plus modernes et surtout novateurs, Timbaland relance sa carrière de producteur dix ans après Tim’s Bio, avec à la clé de cette étape déterminante, ce Shock Value dont l’ultime objectif est de briser les barrières entre les courants et entrechoquer des genres musicaux. C’est parti pour le tour de piste, les premières secondes de « Oh Timbaland » commencent par un sample (!) de piano emprunté à Nina Simone, avant d’entendre Timbo rapper son seul morceau en solo, un up-tempo familier qui fait le pont entre son ancien style et le nouveau. Beaucoup d’invités sur ce disque, des amis, ses artistes à lui, des groupes de rock, et pourtant l’idée même d’une compilation s’efface instantanément de nos esprits. Le second morceau n’est autre que le single « Give It To Me » (coproduit par Danjahandz), qui a provoqué l’addiction de nombreux auditeurs radios, en plus de faire participer conjointement Nelly Furtado et Justin Timberlake. Une chanson assez insolente dans le fond puisque les trois protagonistes sont allés implicitement heurter la susceptibilité de Janet Jackson, Fergie, Paris Hilton et surtout le pianiste Scott Storch (ridicule sur la réponse « Built Like That »). La paire Timberlake/Timbaland refonctionne à merveille et nous gratifie d’un futur tube en puissance, « Released », quoique «The Way I Are » feat Keri Hilson & D.O.E risque de faire très mal s’il est choisi comme prochain extrait, son mélange de synthés inspirés de la techno européenne, chants r&b et passages rappés va faire des ravages. Le menaçant « Bounce » joue la carte des bruitages vaudous sur un fond de basses ronronnantes, où s’incrustent des couplets de Missy Elliott et Dr Dre, pour la présence symbolique. Deux des plus grands producteurs au monde réunis, ça reste historique. Justin s’occupe du refrain en revêtant son costume de Casanova, bien partant pour un ménage à trois. Autres pointures du milieu rap, 50 Cent et son faire-valoir Tony Yayo (très en forme) sur « Come And Get Me », un titre marqué par des chœurs au style classique, où les deux G Unit font leur balistique en rimes. Pour finir ce premier tiers axé fusion rap et r&b visionnaire, « Kill Yourself » feat Attitude apporte des propos très durs, comme le dit Timbaland lui-même « I killed the game/ I’ve never used a gun ». On ne pourra pas le contredire.

La reformation Timbaland & Magoo (« Boardmeeting ») reste de courte durée mais les mélodies de synthétiseurs très pop sont bigrement efficaces, de quoi faire la transition sur les chansons pop/r&b. « Fantasy » (feat Money) et « Scream » (avec Nicole des Pussycat Dolls et Keri Hilson) se placent dans la continuité des productions pour Nelly Furtado, donc là il s’agit plutôt d’une affaire de goût (ou d’ouverture d’esprit). En tout cas, il faut admettre que la fraîcheur et la propreté qui s’en dégagent, plus un formatage commercial c’est vrai, devraient aisément attirer les faveurs du grand public, puisque Timbaland a décidé d’envahir la musique généraliste (pour ne pas dire la variété). Retour à quelque chose de moins ‘conventionnel’, « Miscommunication » est d’inspiration Princière au niveau des orgues, ajouté d’un petit claquement de langue à la « Drop It Like It’s Hot » pour donner une facette organique. Plus exotique, « Bombay » rappelle que Timbaland est un grand amoureux des sonorités hindous. Par contre, la dernière partie de Shock Value n’est certainement pas à mettre dans toutes les oreilles, à moins qu’une hybridation avec du pop/rock ne bouleverse pas vos principes hip-hopologiques (s’il est question de considérer cet album comme tel). The Hives (« Throw It On Me »), She Wants Revenge (le mélancolique « Time »), One Republic (son groupe signé sur MMG) avec « Apologize » et la révélation des Fallout Boys (« One And Only ») viennent partager la production avec Timbo, qui lui soumet le beat et s’occupe principalement des arrangements, le supplément de quelques accords… Rien d’impersonnel dans l’ensemble toutefois. Le final « 2 Man Show » n’est pas si grandiose que l’affiche le laissait entendre. Même si la présence de Sir Elton John au piano paraît orthodoxe voire contre-nature, sa prestation très classieuse est bien mise en valeur par quelques chœurs en fond. Petit bémol, néanmoins de très bonnes notes.

Verdict, le pari est réussi : Timbaland propose avec ce Shock Value un catalogue qui élargit considérablement son domaine d’influence. Grâce à sa musique transgénique, il outrepasse avec désinvolte la croisée des chemins entre le rap, le r&b, la pop et le rock, sans nécessairement créer la révolution annoncée, mais certifier l’officialisation de son propre genre : du Timbaland. Son premier disque de platine.

(chronique écrite le 26 Avril 2007 sur Rap2K.com)

Postez vos avis!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s