Snoop Dogg « Tha Blue Carpet Treatment » @@@@


Bigg Snoop Dogg le boss a depuis peu entrepris la responsabilité de porte-parole de la côte ouest, un rôle qui lui tient à cœur depuis la Westcoast Conference de 2005, une rencontre au sommet qui avait pour but de revitaliser les troupes californiennes qui peinaient à se motiver depuis quelques années. Depuis cet événement majeur, les choses se sont améliorées puisque Kurupt et Daz ont fait la paix, The Game (parrainé par Dr Dre) est devenu double-platine avec The Documentary et Ice Cube, E-40 sont devenus disques d’or un an après. De son côté, Snoop Dogg a plaidé la cause de Tookie Williams (un des fondateurs du gang des Crips) avec « Real Soon » et « Real Talk », produit Cali Iz Active des Tha Dogg Pound et préparait le très attendu Tha Blue Carpet Treatment (DoggyStyle/Geffen/Barclay), son huitième album.

Chronique originale écrite le 16 Novembre 2006

Ce nouvel opus déterminant de la carrière de Snoop se veut à la fois un retour aux racines du gangsta rap et un hommage au funk californien, à mi-chemin entre Tha DoggFather etRhythm & Gangsta : The Masterpiece. Sur le papier, cela se traduit par la présence de producteurs tels que The Neptunes, Battlecat, Mr Porter, Fredwreck, Soopafly… ainsi que Timbaland, Rick Rock et par-dessus tout les retrouvailles avec Dr Dre (pour la première fois depuis The Wash en 2001) ! On comprend mieux l’excitation et l’engouement autour de ce disque. Maintenant sans plus attendre, place à l’entrée sur le tapis bleu déroulé par Snoop Dogg. Et c’est George Clinton qui ouvre le bal, le père du P-Funk qui apporte sa bénédiction dès l’ « Intrology », laissant ensuite Snoop retrouver sa verve d’antan sur « Think About It ». Bien que l’instru soit soulful et reposant, le chien de Long Beach montre les crocs, retrouvant son flow légendaire, nonchalant et nerveux. Deux premiers tours de piste rassurants, Blue Carpet Treatment commence fort.

Comme promis, le gangsta rap californien est à l’honneur, et c’est d’ailleurs ce qu’évoque l’intitulé et la pochette de l’album : le bleu est la couleur du gang des Crips, auquel appartient Snoop Dogg. Le single « Vato » (prod. Neptunes) recrée artificiellement cette ambiance sous tension des premiers albums de Snoop, ici en traitant des discordances communautaires toujours d’actualité entre chicanos et afro-américains à Los Angeles. À tel point que ce morceau est déjà le centre de polémiques, malgré la présence de B Real (des Cypress Hill) en tant que médiateur. Snoop Dogg remet donc au goût du jour les histoires de gangs, comme sur « 10 Lil Crips » et « Gang Bangin 101 » en compagnie de son dauphin The Game pour une ballade en Cadillac rebondissant sur des basses hydrauliques. Précédé par sa réputation de misogyne, les femmes de petite vertu restent comme à l’accoutumée une des inspirations premières de notre superstar (« A Bitch I Knew » et le ‘smooth’ « Which One of You »). Les productions sont à la mode et les invités nombreux, passant du côté de Hollywood pour un son THX (« Don’t Stop » feat Warzone & Kurupt), dans les quartiers de Compton pour un duo avec Ice Cube (« L.A.X. »), et enfin par la Bay Area pour du son Hyphy avec « Candy » (prod. Rick Rock) featuring les vétérans E-40 et MC Eiht, les Dogg Pound et le revenant Goldie Loc des Tha Eastsidaz !

Pas facile de se défaire de cette image de ‘pimp’ (maquereau au look funky et kitsch) qui lui colle à la peau depuis qu’il s’est mis à son propre compte, surtout que Blue Carpet Treatment propose un sacré lot de chansons ‘R&G’, c’est-à-dire du gangsta r&b à la sauce californienne. Mais pas d’inquiétude à avoir, Snoop Dogg ne pousse pas la chansonnette ou ne marmonne pas ses textes comme ce fut le cas sur son précédent album. Ses fans retrouveront confiance grâce au titre avec notre crooner favori Nate Dogg (« Crazy »), ou avec le très classe « Like This » (dont Raul Middon et LaToyia Williams assurent les choeurs). La plateau d’artiste n’en finit pas de s’allonger puisque R Kelly répond présent en figurant sur le second extrait « That’s That » (prod. Nottz) et Jamie Foxx bluffe par son imitation de Bilal (« Psst ! »). Akon quant à lui rajoute deux featurings de plus à sa liste innombrable de collaborations, en chantant le refrain de « Boss’ Life » (puis remplacé par Nate Dogg), sur un beat posé de Dr Dre (reconnaissable par la mélodie pianotée), et « I Wanna Fuck You » qu’il produit.

D’ailleurs parlons-en de cette reformation du duo magique Snoop et Dre, car c’est bien ce qui intéresse tout le monde. Malgré un agenda plus que rempli, le bon docteur a pu consacrer de son temps pour son vieil ami. Outre le superbe « Boss’ Life », Dr Dre réalise deux autres chansons. Parmi elles, un « Round Here » mélancolique (dont l’air de guitare sèche rappelle celle de « Stan » d’Eminem) et « Imagine » (prévu à l’origine pour le Big Bang de Busta Rhymes) qui fait déjà office de ‘classic track’. Dr Dre et Snoop Dogg y posent un regard lucide et intéressant sur comment serait le monde sans Hip Hop, le très rare D’Angelo faisant grâce de chanter le refrain. Résultat, la paire répond amplement à nos attentes. Il ne manque plus que Dre nous livre Detox en 2007 ! N’oublions pas non plus Timbaland, encore une fois remarquable, en osant marier un beat mystique avec du piano et le reggae de l’excellent Damian Marley (un des nombreux fils de Bob) sur « Get A Light ». Que dire de la performance de Snoop, qui n’a pas aucun mal à poser ses rimes sur cet exercice de style peu commun.

Tha Blue Carpet Treatment finit comme il a commencé : avec la participation d’un mythe vivant. La conclusion « Conversation With God » (prod. DJ Pooh) fait place au monstre sacré de la soul music, Stevie Wonder, qui rejoue et réinterprète exceptionnellement « Have A Talk With God » (issu de son grand classique Songs in Keys of Life). Honnêtement, Snoop Dogg réussit là un tour de force convaincant en signant son meilleur album depuis Tha Last Meal, ce qui lui permet de conforter sa véritable place au sein du gansta rap : celle de patron de la côte ouest (un titre qui peut contraster avec celui du mec le plus cool de la planète).

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