Jay Z « Magna Carta… Holy Grail » @@@½


Magna Carta… Holy Grail, 12e album solo du rappeur multi-platine/millionnaire Jay Z, 12e numéro 1 du Billboard US. Cela se passe de commentaire.

The Business

Pas mal d’articles ont fait état du génie marketing de Shawn Carter, 43 ans, pour expliquer le secret de sa longévité, parlant notamment de son partenariat avec Samsung visant l’écoulement d’un million d’exemplaires de son nouvel album en format digital aux chanceux possédant le smartphone coréen quelques jours avant sa sortie officielle. Au-delà de ce subterfuge par lequel Jay Z écrit les #newrules de l’industrie musicale et marketing, c’est surtout le qu’il est parvenu à repousser au maximum le leak de cet album, ne diffusant qu’au compte goutte les lyrics de ses futures chansons à ceux qui ont téléchargé son application. Ceci pour laisser au blogueurs conspirationnistes de la matière à décoder ses lyrics illimunati ?

Bref, comme Jigga l’a rappé un jour, « I’m not a businessman, I’m the business, man/ Let me handle my business damn ». Et puis ce n’est pas le sujet d’intérêt, d’autres papiers en parleront sans doute mieux que nous, cependant on retiendra juste que l’anecdote marrante dans l’histoire : il a annoncé la sortie de Magna Carta Holy Grail le jour de la commercialisation de Yeezus de Kanye West, histoire de donner une petite leçon d’humilité à son encombrant élève. Et ça a marché ! Au diable Yeezy, c’est le retour du roi Jay Z. Son avant-dernier disque solo Blueprint 3e du nom n’est plus un souvenir si proche (l’album date de septembre 2009) et Watch The Throne avec Kanye justement n’avait pas fait l’unanimité.

Le brooklynite n’a rien perdu de son esprit compétiteur : l’album a été bouclé à New-York en trois semaines.

L’idée d’un nouvel album de Jay Z, ancien retraité rappelons-le, tenait donc d’un véritable challenge et sur ce point, le brooklynite n’a rien perdu de son esprit compétiteur : l’album a été bouclé à New-York en trois semaines. Et comme à chaque fois, c’est comme s’il misait sa carrière au jeu du quitte ou double. L’architecte principal de cette oeuvre n’est autre que Timbaland (et son nouvel assistant, un certain J-Roc), qui après sa résurrection avec The 20/20 Experience de Justin Timberlake confirme son grand retour sur le pan ‘rap’. Pour info, Timbo est désormais signé chez Roc Nation. Sont également dans le coup Pharrell Williams et Swizz Beatz, ou encore The-Dream, No I.D., Hit-Boy, Mike WiLL, Travi$ Scott ou encore Mike Dean.

Beats, rhymes and life

Finie l’attente après un « Open Letter » en guise de teaser, place à l’écoute de ce saint album du magnat Carter. Justin Timberlake se charge d’ouvrir l’album en chantant le refrain de « Holy Grail« , avant de laisser Jay Z poser son flow sur un beat presqu’uptempo pour régler ses comptes en mêlant attaque et défense. L’état d’esprit du rappeur n’est pas si différent de Kingdom Come, lorsqu’il a accédé à l’époque à la chaise de PDG de Def Jam, sauf que son statut actuel est plus proche des hautes-sphères. Des tableaux comme « Ocean » et « Heaven » donnent de la perspective à Magna Carta Holy Grail, afin de se rendre compte de l’envergure de là où se situe son auteur, et « Crown« , « La Familia » ou encore « BBC » (avec au refrain Swizz Beatz, Nas et Timbaland) témoignent du caractère aristocratique et du niveau d’influence supérieur dont jouit le rappeur, tout en restant hip-hop dans l’âme.

En terme de flow et d’écriture, il adopte les tendances actuelles et ça n’est pas forcément à son avantage.

Il n’y a pas à dire, Hovah est ‘over-the-top’, mais pas au-dessus de tous les débats. Aujourd’hui, celui qui il y a plus de dix ans pouvait se targuer d’avoir le meilleur flow s’amuse simplement à montrer qu’il sait mieux faire que les autres, les plus jeunes, en allant dans leur zone de raquette. C’est loin d’être un compliment car on préfère quand Jay Z use de son flow à la fois élastique et fluide ou alors technique comme sur l’impressionnant diptyque « Picasso Baby« , « Crown« , l’excellent « SomewhereinAmerica » (et son sample de trompette additionné d’une partition de piano) ou le beaucoup trop court « Versus« . Au lieu de ça, il achève ses rimes par des name-droppings en référence à l’art, la mode ou la politique (« Tom Ford« , « Michael Jackson’s Thriller« , Jean-Michel Basquiat à qui il se compare…), il laisse de légers temps morts entre deux phases… En terme de flow et d’écriture, il adopte les tendances actuelles et ça n’est pas forcément à son avantage, sauf si c’est pour plaire aux adolescents… Sa rime terminant le premier couplet de « Ocean » (avec Frank Ocean tiens donc…) a de quoi laisser sur notre faim et illustre parfaitement notre propos (« I’m on a Ocean, I’m in heaven/Yachtin’, Ocean’s 11« ).

On peut saluer une fois de plus le travail titanesque du Timbaland modèle 2013.

Très dommage également qu’on ne l’entende pas suffisamment sur le banger festif champagne-à-gogo « BBC« , « Versus » ou alors sur « F*ckwithmeyounknowIgotit« , plus un track Rick Ross feat Jay Z que l’inverse au refrain barbant. Il pourrait s’agir d’un titre sans aucun intérêt et bizarrement, c’est le plus efficace du disque. Le positif l’emporte tout de même sur le reste. Comment ne pas être dingue en écoutant premier couplet de « Picasso Baby » (qui sample Andre Younge au passage)? L’entendre évoquer sa paternité sur « JAY Z Blue » permet de mieux discerner sa vie privée. Les coups d’éclats de MCHG sont comme les rayons de lumières qui traversent cet opus globalement ombrageux et contrasté, entre un « F.U.T.W. » et « Crown« , « On The Run Pt II » (featuring sa femme) et « BBC« , par exemple. Ceci pour souligner le soin apporté par Mr Carter à l’esthétique particulière de cet album.

On peut saluer une fois de plus le travail titanesque du Timbaland modèle 2013 et des nombreux confrères, notamment Mike Will qui brille durant la grosse minute que dure « Beach is Better« . On le disait perdu il y a deux ans et le revoilà qu’il signe des beats monstrueux et très élaborés. « BBC » produit par Pharrell Williams rappelle les belles heures des Neptunes circa 2003-2004 tandis que « Crown » paraît échappé de Yeezus, normal vu que c’est produit par Travi$ Scott et Mike Dean, les acolytes de Mr West. Ils vont jusqu’à sampler du Sizzla, Notorious BIG (sur « JAY Z Blue« ), Adrian Younge ou carrément du indie avec Gonjasufi sur « Nickel & Dimes« .

Sûrement y a-t-il un tas de choses et de détails à discuter encore sur Magna Carta Holy Grail, et le débat ne sera pas fermé avant plusieurs années au sujet de la place de cet album dans la discographie de Shawn Carter. Par contre la question d’une nouvelle retraite ne se pose plus.

 

3 réflexions sur « Jay Z « Magna Carta… Holy Grail » @@@½ »

  1. Je saigne ce skeud depuis un mois, et je dois avouer que je suis stupéfié ! Probablement son meilleur album depuis le « Black Album » , il confirme son statut de God MC n’en déplaise aux haters qui le trouvaient juste trop vieux… Le trio classique (RD, Blueprint et Black Album) risquent d’être mis à mal par ce nouvel opus, seul le temps nous le dira.

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