Jadakiss « The Last Kiss » @@@1/2


Nouvelle écurie, nouveau label, nouveau départ, nouvel album pour Jadakiss, son troisième en solo. L’ex-Bad Boy devenu un temps membre des Ruff Ryders (involontairement dissolu à cause des frasques hebdomadaires de DMX) s’est installé chez Roc A Fella Records après avoir encré un deal solide avec Jay-Z, le transférant de chez Interscope (où 50 Cent prenait trop de place avec sa grosse tête) vers Def Jam. Une sacrée veine de cocu en cette période difficile où le jeu des chaises musicales consiste essentiellement à passer au niveau inférieur en signant chez un indé, comme c’est le cas de ses deux ssoc’ Styles P et Sheek Louch.

Le plus étonnant (rassurant?) dans tout ça, c’est que le potentiel commercial de Jadakiss semble intact, son public ne l’a pas oublié depuis le platine Kiss of Death sorti été 2004 si on se fie aux chiffres de vente de The Last Kiss (et non pas Kiss My Ass jugé politiquement incorrect par les têtes bien pensantes). Personne ne l’attendait à ce niveau, on est content de voir qu’il compte définitivement parmi le top10 des MC new-yorkais actifs actuellement. Reste à savoir si cet opus, en l’apparence mainstream si l’on s’en tient à la liste d’invités et de producteurs, possède les productions que mérite Jadakiss, un problème récurrent sur ses albums. C’est le moment de vérité.

D’abord, comment a-t-il pu en arriver à de tels résultats ? Jadakiss a expliqué lui même que c’était grâce à des techniques marketings traditionnelles. Pas de surmédiatisation sur Internet ni de promo abusive, de beef ou de propos insultants pour la controverse. Simplement, il a su entretenir sa côte de popularité et sa présence grâce à de bonnes prestations en featurings et son statut de valeur sûre. Comme quoi, il n’est pas si mésestimé que les sondages laisse croire. Jadakiss est foncièrement considéré comme un gros MC, un bon lyriciste, et il a évolué aux côtés d’autres MCs d’exception comme Notorious BIG, à qui il dédie une lettre avec sa veuve Faith Evans (l’émouvant « Letter To BIG », également sur la BO du film Notorious). Mais les critiques n’ont pas toujours été de cet avis, s’accordant sur le fait que ses disques étaient impersonnels. Ce qui n’est pas faux du tout. Puis son rire qui fait office de gimmick a vite fait d’agacer à la longue.

The Last Kiss s’ouvre sur « Pain & Torture », une production signée par le vétéran Buckwild, sans autre but que de redorer le blason du rap new-yorkais. Beaucoup d’autres rappeurs sur Def Jam ont tenté de relever le niveau, comme Ghostface Killah et même LL Cool J, mais les ventes ne suivaient pas. Je ne parle pas de Jim Jones tellement Pray IV Reign sentait le plat décongelé, réchauffé, recongelé, réchauffé une demi-douzaine de fois. À vrai dire, Jadakiss ne satisfait pas complètement nos attentes avec ce troisième essai. Des tracks comme « Smoking Gun » feat Jazmine Sullivan, « Something Else » et son remix feat Young Jeezy n’ont absolument rien à faire sur The Last Kiss. Ça ne colle pas au reste. On regrette aussi son copinage avec un Swizz Beatz en cruel manque d’inspiration et n’a plus rien de sautillant (zappez « Who’s Real » svp). Avec « What If » en compagnie de nas, il essaie de réitérer le coup de « Why » mais le beat hasardeux ne suit pas du tout. Jada semble toujours avoir du mal à trouver chaussures à ses pieds, quoique certaines prods sont lourdes, comme ce terrible « Death Wish » avec un Lil Wayne comme on préfère, sur un beat intimidant d’Alchemist. Même les instrus des Neptunes (« Rockin With The Best » et « Stress Ya » feat Pharrell) sont plutôt un bon choix, sans avoir nécessairement les caractéristiques d’un single. « Grind Hard » avec Mary J Blige (prod. The Inkredibles) en ferait un très bon de single, comme ce fut le cas de « By My Side » avec Ne-Yo (prod. Eric Hudson). Cependant je doute que ces morceaux, trop différents les uns par rapport aux autres, contribuent à la cohérence de The Last Kiss. Pourtant ils sont globalement lourds et efficaces, on baigne moins dans le flou qu’auparavant.

On préfère quand même de loin un Jadakiss posant son flow venimeux sur des sons typiquement new-yorkais garnis de samples généreux. Son hit « Can’t Stop Me », « One More Step » feat Styles P, « I Tried » introspectif, le smooth « Things I’ve Been Through » (sur du Luther Vandross, la grande classe), « Cartel Gathering » featuring les crackers Ghostfacer Killah & Raekwon et « Come & Get Me » avec Styles P. Ajoutez la première piste, le « Letter To BIG » car c’est l’un des meilleurs textes qu’il a écrit dans toute sa carrière, un single au pif (allez tiens,« By My Side » pour son côté dansant), une des tunes des Neptunes, le « Death Wish » pour la prod d’ALC et le feat de Weezy et vous aurez peut-être eu un putain de skeud, ça aurait largement suffi. Dommage en tout cas que le street-single « Who Run This » avec son patron Jay-Z ne fasse pas partie du tracklisting. C’est peut-être ce qui manque à Jadakiss pour passer au niveau supérieur : devenir son propre patron, entreprendre plus de choses et passer à l’offensive. Être bankable quoi.

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Aden dit :

    Pas d’âme en effet, faute de projet artistique identifiable. Du Def Jam, comme cela peut puer parfois aujourd’hui. Le mariage de raison entre l’industrie et l’émotion hip hop est parfois bien triste (que l’on aime les enfants que celle-ci lui fait dans le dos et dans l’underground !)
    A chacun son luxe, donc.

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  2. Lil Sool dit :

    Ya que des gens qui savent apprécier les produits putrides de l’industrie musical pour qualifier ce album d’inanimé.
    Jadakiss signe avec ce opus un pure produit de luxe.Avec l’exellente prestation de yazmine sullivan entre autres.Ce album marque incontestablement une niveau superieur franchi dans le parcour de JADAKISS.
    DA LAST KISS IS HERE.NABRESPECT.

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  3. escobar56 dit :

    Pfff Jadakiss… Que dire sur lui ?
    Pour moi il n’a jamais été vraiment bon. Donc finalement cet album ne me surprend pas. Il n’a aucune personnalité et c’est exactement ce que l’on ressent ici. Un vrai foutoir, des morceaux éparpillées par ci, par là… bref, ce skeud manque tellement d’âme qu’il en devient franchement indigeste.
    Dommage…

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