Diddy-Dirty Money « Last Train To Paris » @@@½


Mardi 14 Décembre, 7h30, j’attends sur le quai de la gare. Grelotant par -5°C, je regarde désespérément le tableau SNCF indiquant un retard de 30min de mon train habituel, l’arrêt de 7h42, à cause des conditions météo rudes… Rageant. Pendant que je me sens condamné à congeler sur place avec d’autres usagers, je cherche sur la playlist de mon iPod Last Train To Paris, le nouvel album de Diddy que j’ai rippé la veille. Abusé, ce dernier accuse d’un retard de trois mois au moins, il y a de quoi râler gratuitement. Je sors subitement de mes pensées, à moitié engourdi par la morsure du froid, lorsqu’un TER s’arrête devant mon air médusé. Il s’agit en fait d’un précédent train lui aussi très retardé et qui va m’emmener en ville plus tôt que prévu, youpi ! Ni une ni deux, je monte m’y réchauffer, trouve une place assise dans un des wagons et je presse ‘play’.

Le train part. L’entrée en matière de cet album est avant-gardiste, Last Train to Paris se veut conceptuel d’abord d’un point de vue artistique, dans la continuité de Press Play, à savoir à la pointe de la mode musicale : du rap matiné de synthé-rhythm’n blues et d’influences électro/eurodance. Ensuite l’assocation Diddy-Dirty Money, un duo féminin dont le nom n’a rien à voir avec l’argent (mais dont on ne sais pas avec quoi ça a rapport) composé l’ex-Danity Kane Dawn Richards et Kalenna Harper (celle qui ressemble à Estelle shootée au crack). Enfin, Last Train To Paris raconte les tribulations de Sean ‘Diddy’ Combs cherchant l’amour dans un train reliant Londres à Paris. Ah, Paris, la capitale de l’amouûûûûûr pour les touristes… Et si je suis cette métaphore, le tunnel sous la manche représente le Tunnel of Love hein ? Ça m’a l’air amusant d’entendre Diddy prêcher l’amour et renier la haine, comme s’il était déjà crédible en tant que rappeur.

Pourtant… je dois admettre que j’adore cette superproduction bourrée d’effets spéciaux (comme si on regardait comédie romantique futuriste en 3D) co-réalisée par Rodney ‘Darkchild’ Jerkins et Mario Winans. Dire que je m’étais méfié de cette compagne marketing qui ordinairement rend la qualité du produit totalement secondaire, à vrai dire ce sont les raps de Diddy qui sont secondaires. Je retire ma veste (à défaut de la retourner). Je suis grisé, comme le paysage neigeux au dehors, dans ce rythme d’instrumentaux ‘classe premium’. « Yeah Yeah You Would » m’entraîne à pleine vitesse avec ce tempo régulé par Danjahandz, avec dans la même cabine que Diddy et ses chanteuses l’ancien mannequin Grâce Jones, pour prendre sa vitesse de croisière avec « I Hate That You Love Me » (produit par le R&B Killer Rodney Jerkins).

Comme toute histoire de coeur néo-classique, le Roméo entre en phase de recherche  sa Juliette sur le dancefloor. C’est le moment propice pour Swizz Beatz de lancer son « Ass on the Floor » (comme s’il y avait des b*tes sur le parterre de la piste), le single « Hello Good Morning » feat T.I, « Strobe Lights » avec Lil Wayne rappant sur du disco-funk dernier cri de 7 Aurelius… Ce n’est rien à côté du nombre d’autres chansons ultra-formatées et pleines de swag qui vont tour à tour séduire puis déchirer les coeurs, « Hate You Now », « Looking For Love » feat Usher (produit par J.Lack & Polow Da Don), « Your Love » featuring Trey Songz, « I Know » feat Chris Brown & Wiz Khalifa, « Coming Home » co-écrit par Jay-Z, et j’en passe… Le choix y est pléthorique comme des amuse-bouches sur un plateau argenté. Que d’amour.

Le plus surprenant, c’est qu’au milieu de cette avalanche de tubes technologiques, Diddy chante (…) avec l’aide de l’autotune (……) en l’utilisant avec parcimonie. Quand j’ai écouté « Angels », qui au passage repompe l’instru de « Where I’m From » de Jay-Z et reprend deux couplets de « My Downfall » de Notorious BIG, j’ai été stupéfait par le lissage de sa voix, quitte à la rendre ‘angélique’ à juste titre, contrastant totalement avec le beat axé hip-hop. Le couplet au début de Rick Ross a été retenu sur cette version. D’ailleurs, Rozay fait partie des ghostwriters de Diddy sur LTTP, on le reconnaît dans son flow sur « Your Love » et «  Looking For Love ». Parmi les autres titres où Diddy s’appuie sur la magie de l’autotune (paraîtrait que T-Pain lui a donné des cours particuliers), le très bon single « Loving You No More » feat Drake et « Shades », fabuleux titre supra-moderne avec Weezy robotisé en intro, une sexy audition de Justin Timberlake et Bilal qui apparaît sur la fin. A noter l’un des rares titre rap, « Someone To Love » produit par Jerry ‘Wonder’ Duplessis, le cousin de Wyclef.

Aucun doute possible, après quinze ans dans le game, le richissime patron de Bad Boy Records y demeure le roi de l’entertainment, pour que les soirées de son ambassadeur de New-York soit toujours un succès. Bordel, comment cet homme d’affaire s’organise à chaque fois pour sortir un bon album ? Ma crainte était que LTTP subisse l’effet de la ‘Guettaïsation’ du rap, heureusement ce n’est pas le cas, le monde est sauf ! Cet album pas solo (de toute façon Diddy a-t-il seulement fait un vrai album solo?) sonne plus FutureSex/LoveSounds de Timberlake que 808’s & Heartbreak de Kanye. A propos j’aurai bien vu Timbaland sur cet opus mais Danja fait mieux maintenant.

Je suis agréablement étonné par Last Train to Paris comme un train qui arrive à l’heure prévue un jour de grève ou de neige. Je me lève de ma place avec mes affaires et descend à mon terminus braver l’air glacial. J’avoue être sur le cul. Enfin bon, il me reste encore deux lignes de métro à prendre… press ‘replay’?

> Ecouter Last Train To Paris de Diddy-Dirty Money sur Spotify

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Jibs dit :

    Très belle chronique, original et bien vu avec l’album.
    En ce qui concerne l’album je suis un peu moins enthousiaste que tu l’es mais je reconnais néanmoins le travail qui a été effectué sur cet album. Je trouve que t’as bien saisi l’album en le qualifiant de superproduction à effets spéciaux, c’est vrai que il y a un côté fascinant dans cette musique presque 3D comme tu dis ^^.

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