Un opus qui aurait pu être sous-titré ‘the second coming’. ELE2 : The Wrath of God est la suite maintes fois annoncée et repoussée de Extinction Level Event sorti à la fin des 90s. Et c’est pendant la première année de la pandémie de Covid, en 2020, entre deux confinements, que ce cher Busta Rhymes a décidé d’envoyer ce missile. Là, en pleine période trouble, quand la planète s’est presque totalement arrêtée, entre peur d’un nouveau virus responsable de millions de mort, désinformation scientifique, montée de l’extrême-droite un peu partout dans le monde, avec en prime le fachiste Trump au pouvoir pour obscurcir davantage le tableau. Un album qui tombait à pic, comme par hasard… <- points de suspension de complotiste qui fait ses propres recherches
C’était le moment propice pour un retour en fanfare de Busta Rhymes, lui qui a rencontré une période de vache maigre depuis la fin des années 2000 avec le décevant Back On My Bullshit en 2008, suivi d’un passage (à vide) chez Cash Money qu’on préfère collectivement oublier. Trop d’années foutues en l’air sur le plan artistique. Heureusement il a eu cette parenthèse avec l’ultime album des Tribe Called Quest qui l’a remis sur les rails. Bus-a-Bus devait frapper fort, convaincre à nouveau, prouver qu’il a toujours son mojo, exploiter son talent avec concentration, et sortir du désert. Pour retrouver son élément favori : le monde apocalyptique.
L’introduction de ELE2 fait écho à ce contexte pandémique avec une tonalité très pessimiste. Quand Busta lance son speech de présentation, il réclame une « good balance of science and heat ». Puis à Rakim, le Dieu MC, de poser sur le même sample jazzy que « The World is Yours » de Nas, et ça fait un effet incroyable. Tellement NYC. Pour blinder son jeu, le rappeur s’est entouré de deux producteurs principaux que sont les très expérimentés Nottz et Rockwilder. On leur doit le coup de massue « Czar » (avec des MOP juste présents pour les backs, dommage, ça aurait pu être plus explosif) et la collaboration avec le leader de la nouvelle génération Kendrick Lamar sur « Look Over Your Shoulder » (avec un sample de Michael Jackson enfant comme argument massue). Chris Rock apparaît à de multiples reprises, jouant le rôle du bouffon tel un Flavor Flav.
Ajoutez à celà des instrus sombres de DJ Scratch (« Boomp ») et DJ Premier (« True Indeed »), et vous avez de quoi être comblé de bonheur et noirceur à la fois. L’apparition de l’ectoplasme d’Ol’ Dirty Bastard sur « Slow Flow » est saisissante, sur une prod qui joue du clavier façon vieux jeu-video (sans être vieux jeu). Busta muscle sa voix comme jamais au point de devenir rocailleuse façon Vinnie Paz, donnant cette impression de subir son courroux, son flow est une bourrasque. Sur « ELE2 », il attaque frontalement la politique de Trump et le suprémacisme blanc. Et ça fait un bien fou. Comme le beat de J Dilla sur la seconde partie de « Strap Yourself Down ». Et un album de Busta avec du J Dilla, comme il le disait lui-même, c’est un vrai album de Busta.
La curation de ELE2 n’est pourtant pas parfaite, loin de là. « Oh No » et « The Don & The Boss » sont affreux, « YUUUUUU » avec Anderson Paak., ça passe juste si on considère ça comme un pas de côté vers le modernisme. Le titre avec Rick Ross est qualitatif mais hors sujet de par son ambiance, clairement un ‘filler’. Les retrouvailles avec Mariah Carey font plaisir, leur alchimie re-fonctionne, mais le succès international de « I Know What You Want » reste ancré dans les mémoires. « The Purge » est produit par Swizz Beatz donc rien à branler. Par contre « Don’t Go » avec l’ami Q-Tip et Focus aux commandes (issu de la team de Dr Dre) sonne comme un artefact de The Big Bang. Les titres soulful sont les bienvenus, spécialement « Deep Thought », « Best I Can » avec Rapsody (produit par 9th Wonder) et « You Will Never Find Another Me » en bonne compagnie de Mary J Blige. Le sample de Bell Biv Devoe qui apporte ce côté New Jack sur « Outta My Mind », super idée. ELE2 s’achève comme un vrai album de Busta Rhymes également, par un titre bien méchant et celui-ci est « Satanic ».
A sa sortie, je dois admettre que j’ai eu énormément de difficultés à me mettre dans les bonnes conditions mentales pour écouter cet opus plus de deux fois. Très lourd à digérer vu le contexte pesant de 2020, et j’étais réfractaire à la moitié de ELE2, l’autre étant le verre à moitié plein. En gardant quand même dans un coin de ma tête qu’une fois la tête sortie de ce foutu merdier, mon opinion en serait sans doute améliorée. Et je ne me suis pas trompé, ELE2 est -une fois qu’on a supprimé les tracks indésirables- du très lourd, du Busta Rhymes en mode God-like, avec ses folies et ses imperfections. Reste cette pochette qui rappelle cette période pénible, avec ce masque FFPP2. C’est une bonne suite à ELE en fait. C’est le Busta Rhymes catastrophiste du début des années 2000, 20 ans après.
LA NOTE : 15,5/20


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