Gucci Mane « The State vs Radric Davis » @@@


La prison est la résidence secondaire des rappeurs. Qu’ils soient multimillionnaires ou underground, personne n’y réchappe pour des délits anodins (aux States…) comme un port d’arme illégal, détention de substances illicites, infraction au code de la route, agressions ou tentatives de meurtre, et pire, pour homicide volontaire ou non (Cool C, Krumbsnatcha, Saigon). Certains sont des locataires réguliers (comme DMX, Beanie Siegel, T.I.), d’autres viennent de perdre leur pucelage (Game y a fait un court séjour en 2008, Lil Wayne a pris un an) ou purgent actuellement de longues sentences (Prodigy, Shyne vient tout juste d’être libéré après neuf ans d’incarcération). Même de célèbres rappeuses bitchy ont fini au trou (Lil Kim, Foxy Brown, Remy Ma…). Pour beaucoup de rappeurs ou chanteurs, le milieu carcéral est leur fond de commerce, une manière de se rendre crédible et de se vendre quand on n’a pas de talent (Tony Yayo, Akon le mytho…). Le rap possède un casier judiciaire excessivement lourd. Hip Hop vs Justice Américaine, un combat permanent.

C’est dans ces circonstances que Gucci Mane a vu son nom apparaître dans les fanzines de rap et colonnes des sites internet, et manifestement ça lui a servi. Ce rappeur d’Atlanta (de Decatur pour être précis) spécialisé dans la trap muzik tente de percer en 2004 quand arrive son plus gros titre en 2005 : il est inculpé pour avoir flingué un homme qui serait venu l’agresser chez lui. Arguant la légitime défense et faute de preuves, il est relaxé quand la justice le rappelle pour une précédente affaire d’agression. Il prend six mois. Il sort son premier skeud Back to tha Trap House fin 2007, puis retourne en prison en Septembre 2008 (une peine d’un an raccourcie à six mois) pour violation de probation car ce feignant n’a réalisé que 25 heures de service communautaire sur les 600. A sa sortie, il reprend du service dans le rap game en comptabilisant 17 apparitions sur de nombreux remixes et featurings (Mariah Carey, Wale,…) et de nombreuses mixtapes. 2009 l’année des bonnes résolutions ? Que nenni, son second album The State vs Radric Davis est sorti un mois après qu’il soit retourné en zonzon pour violation de sa probation… Douze mois ferme.

Bref, on ne va pas s’attarder sur les aspects extra-musicaux de ce trappeur qui n’a rien inventé du tout. Le prétexte de la prison pour faire du buzz, c’est du réchauffé, le chat dans la gorge, c’est Jeezy-like, s’inviter partout où c’est possible comme Lil Wayne pour imposer sa présence, ça aussi, user de sa notoriété croissante pour payer une foule de guests VIP et prodos pour la valeur ajoutée, ça s’est vu une tonne de fois, vouloir clipper tous les (17) morceaux de son album, 50 a été le premier à le faire avec The Massacre (bien que la majorité était très cheap), et lancer une trilogie (j’y reviendrai à la fin de la chro), Jay-Z vient d’achever la sienne, Bun B bientôt. Avec de tels arguments et déjà 6 (bientôt 7) singles de lancés, Radric Davis vs The State figure parmi les meilleures ventes d’albums rap. Pis à force d’entendre parler de lui sans arrêt (shoot out to Arnofresh and Lemy lol), on finit bien par craquer et se laisser à un moment ou un autre. Je vous propose une chronique en temps réel, c’est-à-dire que j’écris ce que je pense de chaque morceaux à chaud quand ils passent. Autrement, allez directement à la conclusion.

Top c’est parti. Une intro très lyrique avec des choeurs qui chantent « Gucci », le titre est « Classical », tape dans la musique classique, des pianos sur beat dirty. Résultat une entrée en matière triomphale des plus classiques. Déjà un premier interlude avec Mike Epps l’acteur abonné aux seconds (plutôt troisièmes) rôles dont la scène se déroule dans une prison. Ça discute entre les deux hommes. S’ensuit une track typiquement sudiste, « Heavy », de la trap muzik produite par Shawty Redd, le producteur de Young Jeezy et « Sexual Eruption » de Snoop qui vient de se faire emprisonner depuis le nouvel an suite à une inculpation pour meurtre après une rixe. Track suivante : Gucci envoie du lourd avec « Stupid Wild » dont on reconnaîtra la signature de Bangladesh, les basses bourdonnantes en continu. Lil Wayne participe à ce titre énorme, aux côtés de Cam’Ron dont le flow ralenti se réveille dès que les synthés redémarrent sur sa partie. Un très gros son. Dans la continuité sans changement enchaîne une prod sophistiquée de Drumma Boy avec Rick Ross en guest, « All About The Money ». « Money is my philosophy » qu’il tance en première rime, notre poids lourd repartira avec un chèque à cinq chiffres. Le rappeur retrouve Bangladesh sur le mid-tempo pépère « Lemonade », accompagné d’une basse sympathique et de notes répétées de piano. Gucci mise tout sur un flow aux intonations mollement élastiques spécifique de ce style de rap car son style d’écriture clinquant n’a rien d’intéressant à part exposer ses signes de richesse extérieur. « Bingo » est un exercice de style où il joue sur son phrasé plus haché cette fois. Mince j’aurai jamais pas deviné que c’était Scott Storch à la prod. Décidément il a du mal en ce moment. Soulja Boy et son protégé Wacka Floka Flame font de la figuration.>Waka Flocka Flame qui en plus de porter un pseudo ridicule s’est pris deux impacts de balles début Janvier. Pfiou c’est fou comme le temps se rallonge, je regarde à combien j’en suis : pas à la moitié.

J’écris beaucoup de trucs dans le vide, la quantité de mots ne rime pas avec qualité d’analyse. Je m’excuse auprès des lecteurs pour ce tas de détails superflus, comme ce « Spotlight » qui loue les services de Polow Da Don et d’Usher qui retrouve du service depuis que Chris Brown est persona non grata. Un tube passable en radio. Puis encore avec « I Think I’m In Love ». Perdant patience, je presse fast-forward pour tomber sur « Bad Bad Bad » avec Keyshia Cole. Des bruits bizarres ressemblant à des sauts de trampolines et des synthétiseurs très pop entâchent ce troisième crossover consécutif. Too bad bad bad. Que son flow devient saoulant à la longue… Jusque vers les piste 6-7 ça allait, après ça devient carrément pénible. Second interlude, conversation au téléphone, non, une engueulade. Ça permet de souffler et de perdre son temps en s’énervant, le comble de l’inutilité. Rebelote avec du r&b sexuel, « Sex In Crazy Places » avec Bobby V et les biatch Trina et Nicki Minaj (avec une qui copie l’autre) pour narrer leurs exploits acrobatiques dans des lieux insolites. Arrivé au complet de Gucci Mane, je n’ose pas imaginer ses ébats avec une bonnasse (no homo, c’est un tue-l’amour). Beurk. Next, et vite ! On saute du coq à l’âne en revenant à de la trap muzik ordinaire (pourtant réalisée par Jazze Pha) avec « The Movie », un des cinq titres où Gucci s’en sort seul, non sans l’ennui de supporter un égotrip rébarbatif. Alors que je ressens le besoin de m’arrêter un instant, ô miracle arrive une publicité Spotify !!! D’habitude il y a de quoi râle, or après cette seconde partie globalement indigeste, leur jingle de musique d’ascenseur est un bonheur.

Trois heures plus tard je reprends la session en cours sans motivation. Plus que sept pistes avant de voir le bout, avec « Volume » pour me remettre dans le bain. Ambiance hautement trap muzik assortie de synthé techno des excellents J.U.S.T.I.C.E. League et Whoo Da Kid (un surnom cloné sur Whoo Kid?), me laissant croire que cette tendance s’allongera jusqu’en fin d’album. « Gingerbread Man » continue sur cette lancée sur une rythmique de Mannie Fresh qui fait plaisir à entendre, l’ex-producteur de Cash Money n’a pas perdu la main. En ce qui concerne « Wasted » feat Plies, rien à rajouter, j’attends le remix en fin d’album avant de me prononcer. Là arrive un autre gros titre, « Kush In My Cologne », une collaboration avec Bun B, E-40 et Devin the Dude qui éclipsent littéralement leur hôte. Que Gucci soit dessus ou non, on n’y verrait aucune différence. Je finis par perdre le fil à cause d’un « Worst Enemy » ennuyeux, le flow de Gucci Mane m’est trop redondant. Trop prévisible. Troisième interlude avec Mike Epps, dans les chiottes cette fois. Dernier morceau officiel avec le remix de « Wasted » et finalement j’ai mal fait de parier dessus. Le couplet de Wayne n’apporte rien, à l’instar d’un Jadakiss qui, tout en adaptant son flow en conséquence, réalise une bonne prestation. Tiens paraît que Birdman rappe dessus, pas fait gaffe (‘rapper’ est un bien grand mot quand on parle du boss de Cash Money). FIN. De la 1ère partie… Vous allez vite comprendre pourquoi je dis ça.

En résumé, The State vs Radric Davis démarre fort avec des tracks trap muzik massives, un passage nauséeux à mi-parcours à trop noyer sa musique dans de la soupe r&b lyophilisée, et enfin une troisième partie consistante et constante, qui s’use vite en se rapprochant de la fin. Pis trop de featurings tuent les featurings, trop de morceaux, trop longs, cet album finit par devenir lourd comme une enclume au sens propre du terme. Dire que c’est le premier volume d’une trilogie qui se poursuivra cette année 2010 avec The Appeal puis The Verdict. Sauf son incarcération repousse ses plans.

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. lemy dit :

    lol merci pour la dédicasse saggi !!! « wasted » le refrain reste dans le crâne,et le son de bangladesh « stupid wild » WOW !!!!!

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