50 Cent « Curtis » @@@1/2


Ou la chronique d’un mini-scandale que j’ai perpétré sans le souhaiter. Cet article m’avait causé énormément de tort pour avoir connement mis un 18/20. Entre messages d’insultes à mon égard, attaques prévisibles groupies versus haters et personnes ayant un bon sens du second degré, j’ai bataillé ferme pour expliquer dans cette insurrection que cette démarche qui n’était pas mon idée, mais celle du webmaster de Rap2K. Etant donné que j’avais décerné un 18 à Kanye West (où là aussi je fus critiqué au sein même de la rédaction), il avait souhaité que je lui décerne la même note pour rentrer la jeu de leur fausse guéguerre médiatique de celui qui allait vendre le plus d’album entre Graduation (lire la chronique) et Curtis.

Bien entendu, il s’agissait d’abord de créer une polémique au sein de la communauté du site afin de susciter des réactions et faire des stats, ça ne sert à rien d’user de la langue de bois. Mais vu que j’en étais l’auteur, j’en ai pris salement pour mon grade. Ma responsabilité de chroniqueur a été quelques peu malmenée par des accusations injustes sans que je puisse justifier correctement ce coup de provoc’. Il est vrai que je ne porte pas 50 Cent dans mon coeur en tant que personne (détestable) et je ne l’ai jamais nié. La chronique de Curtis était pour moi le moment idéal de pouvoir engendrer des discussions animées, et j’en assume pleinement ce fait. Mais pour remettre les choses au clair, je n’ai pas du tout décidé de mettre un 18, l’album ne méritant pas tant. En réalité, j’allais lui attribuer un 15 tout rond. N’y voyez pas là des excuses publiques, mais je ne tenais pas à laisser croire que j’étais capable d’une telle aberration.

Maintenant, je vous propose mon analyse sur la raclée de 50 Cent par rapport à ses ventes de disque et ensuite la chronique revue de Curtis reflétant ma propre opinion.

Du 11 au 18 Septembre 2007, c’était le suspens pour connaître qui de 50 Cent ou Kanye West allait finir vainqueur de cette bataille du « qui vendra le plus d’albums », ultime épisode de la grande saga de l’été dernier. En apparence, 50 semblait être le favori, l’homme à (a)battre, et Kanye West se posait comme challenger. En coulisse, aucun beef entre les deux rappeurs, mais un pari dont Universal Music allait en tirer profit, beaucoup de profits. Le verdict de Nielsen Soundscan est formel : 50 se prend une rouste à son propre jeu par Kanye West, qui l’écrase de 250 000 disques dans la vue. Qui aurait cru qu’une telle chose puisse se produire, pour quelqu’un qui raconte sans cesse que le talent se décompte en terme de chiffre de ventes. Rien n’était couru d’avance. Bien fait pour sa (grande) gueule. La fierté ne nourrit pas son homme comme dit le dicton. Et dire que l’album devait porter le sous-titre de SSK, pour Soundscan Killer, qu’il aurait fallu interpréter en SouthSide Killer. Dans les deux cas, ce n’est plus trop crédible.

Pour analyser cette défaite relativement cuisante (il a vendu rien de moins que 650 000 disques la première semaine aux US, excusez du peu), il faut se rappeller que Fifty a ouvertement dit – je cite – qu’il « arrêterait de rapper s’il se faisait battre ». Il fallait être sacrement naïf tout de même pour boire un truc pareil… Puis de toute façon, il a écoulé près de deux millions de disques sur le continent européen, donc forcément il n’a pas tout à fait perdu à l’échelle planétaire. Une certitude, cet argument de taille a joué en sa défaveur : à trop vouloir monter les enchères en enjeu pour sa carrière, tout le monde l’a pris au mot en achetant Graduation de Kanye, qui laissait croire que son disque était meilleur. Les magasines ironisaient, telle une vengeance assouvie, par des unes du genre « Kanye massacre 50 ». Et si était-ce parce que Kanye West avait opté pour une meilleure stratégie commerciale et des singles plus accrocheurs, tout en profitant de ce surplus de buzz ?

Avec Curtis, Fifty a tout voulu faire tout seul. Il est l’unique producteur exécutif de son album, sans l’aide d’Eminem et Dr Dre dans la direction artistique. Peut-être qu’il tenait à montrer, comme son rival The Game, qu’il était capable d’élaborer un gros disque en choisissant lui-même ses instrus sans demander l’avis de quelqu’un. Mais avant cela, il commet une première erreur de communication : 50 Cent évoque début 2007 Before I Self-Destruct comme son prochain disque avant que les médias parlent de changer de nom en Curtis SSK. Il n’y a pas eu de changement de nom, Curtis allait être le nouvel album, puis après Before I Self-Destruct (prévu fin 2008). Calculateur, il roule d’abord dans la farine les regroupements ennemis (D-Block et les Dipset) afin d’avoir le champs libre et sort simultanément deux singles de bonne et moyenne facture, « Straight To The Bank » et « Amusement Park ». Bizarrement, la mayonnaise ne prend pas, ces titres ne font pas fumer les dancefloors. Ou peut-être parce que le G Unit n’intéresse plus grand monde, son crew glissait sur la pente descendante, de quoi soulager ses détracteurs. Moi-même, j’étais content de la tournure des choses. Il aura fallu qu’il sorte le banger « I Get Money » en grande pompe pour relancer la machine, et cette fois ça a fonctionné. Jusqu’à ce que son label Interscope contrarie ses plans, en laissant traîner sur YouTube son futur single avec Robin Thicke. Ce sont ces facteurs qui ont en partie freiné un potentiel de vente colossal. Fiddy est devenu un géant au pieds d’argile face à un Kanye West qui se sentait plus fort avec les renforts de nos compatriotes des Daft Punk.

Curtis est le prénom du rappeur, il ne s’est pas trop pris la tête (comme il en a l’air sur la pochette) pour trouver le titre de ce troisième opus, dont on dit que ce serait Cam’ron qui le lui aurait soufflé (avec son diss « Cuurtiiiiiiiiss! »). Revenons-en à ses extraits pré-Curtis, à commencer par « Straight To The Bank ». L’instru est efficace, un mid-tempo entraînant produit par un anonyme du nom de Ty Fyffe et co-produit par Dr Dre dont on reconnaît instantanément la main du maître. Et aussi le rire de Yayo dans son rôle habituel au sein du G Unit, celui de bouffon. 50 avait déclaré à MTV qu’il s’agissait du seul titre qui parle argent, il se fourvoie en remettant ça avec le remix officieux « I Get Money », un street-banger terrible et facile comme un refrain (« I run New York ! »), en samplant dans la foulée cette rime célèbre de « Top Billin’ » des Audio Two. Parallèlement à « Straight To The Bank » est sorti « Amusement Park », la suite ranplanplan de  « Candy Shop », le concept étant de faire des métaphores autour des parcs d’attractions cette fois au lieu de confiseries. Une fois OK, la deuxième le public n’est pas dupe. Le dernier titre diffusé ‘par mégarde’ sur le net fut son duo avec le chanteur Robin Thicke, « Follow My Lead », 50 Cent en mode crooner de ses dames sur ce titre smooth produit par Tha Bizness. Pas mal honnêtement. Si j’étais de mauvaise Foi, j’aurait dit que c’est de la musique de lover à la LL Cool J.

50 Cent est réputé par les gens du milieu de la musique pour savoir faire des tubes et des refrains. Ici, il retourne sa veste pare-balle en appelant au secours Timbaland et Justin Timberlake pour lui confectionner un puissant hit, « Ayo Technology ». La parade sur le thème du virtuel donne un aspect avant-gardiste, la prod de Timbo/Danjahandz le suggère grâce à ces sonorités de vieilles consoles Nintendo en fond. Mais la vedette de cette chanson n’est autre que Justin, qui se permet de chanter le refrain à la place de 50, qui lui peine à adapter son flow molasson sur ce tempo trop rapide pour lui. N’importe quel rappeur aurait pu se retrouver à sa place, le résultat aurait été équivalent. Alors qu’on ne vienne pas me dire qu’il sait toujours faire des tubes, même si je reconnais que celui-là en particulier a tourné un moment dans l’iPod. Tout comme « I’ll Still Kill », où 50 sort le missile air-air avec un flow nerveux comme on a toujours eu envie d’écouter, sur un instru volumineux et puissant signé DJ Khalil, soigné par des violons et des voix spectrales. Akon s’occupe du refrain, il nous laisse une bonne impression par sa sobriété. Mais j’ose me demander, si Akon ne participait pas sur ce morceau, aurait-ce été un nouveau tube ? Allez savoir. Mais c’est une bonne chose que 50 Cent s’ouvre à d’autres producteurs (parfois inconnus) et artistes en dehors du bastion Shady/Aftermath/G Unit. D’ailleurs, Lloyd Banks est absent du listing.

Comme pour GRODT et The Massacre, l’album démarre sur les chapeaux de roue avec de l’artillerie lourde. Dès « Gun Go Off », on retrouve ces ambiances pesantes livrées par un instrumental rythmé par de la guitare basse, un simulâcre de production de Dr Dre/Eminem, à l’extrême limite de la contrefaçon. 50 vide ses chargeurs et les recharge aussi sec avec « Man Down »… dans sa version censurée. Stupéfaction, une track censurée sur un CD au contenu explicite, c’est un comble, et agaçant d’écouter des textes coupés par des silences. Il est arrivé une mésaventure de cet ordre avec la bombe suivante « I’ll Still Kill » (pour moi le meilleur de Curtis), devenue « I’ll Still Will » pour les passages à la télé. Une lettre de modifiée et le titre a un sens contraire. Sans alerte préliminaire, « Come & Go » interpelle immédiatement avec ce beat martelé et des violons stridents, sur lequel on reconnaît la voix du docteur sur le refrain, mais curieusement, personne n’est crédité à la production. Il se passe des trucs chelous sur ce disque, comme s’il avait été bouclé à la va-vite. Puis évidemment, il faillait un morceau qui produise l’effet d’une bombe (sans en être une musicalement parlant), une machine à tuer de la trempe de « Piggy Bank ». C’est chose faite avec  « Fully Loaded Clip » (produit par Havoc), dans le simple but de faire monter la sauce piquante. Ses cibles : sans surprise, les couples de stars qui se pavanent dans les soirées (Beyonce et Jay-Z, Nas et Kelis, Lil Wayne et Baby, hum…). On connaît la chanson mais on ne se lasse jamais d’un petit diss par-ci ou d’un mini-scandale par là, les gens adorent ça consciemment ou pas, vive les potins ! Mary J Blige nous honore de sa présence sur « All of Me », une petite tuerie loin d’être sirupeuse signée Jake One. Pour finir cet album, on haussera les épaules sur le seul couplet du G Unit, celle du larb… hum, pardon, ‘toy soldier’ Tony Yayo, sur la dédicace « Touch The Sky ». Au total, neuf balles de 9mm (en comptant « Movin’ On Up » et « Curtis 187 »).

Dr Dre paraît en net retrait sur cet album de 50 Cent, et pas de « In Da Club pt 2 » à l’horizon. Pas grave. Il s’occcupe du banger « Fire », avec le refrain assorti de Young Buck pour le côté thug et Nicole Scherzinger pour la touche charme. Pas la tuerie annoncée, néanmoins un très gros son. Moins présent encore, Eminem qui a tapé des pieds et des mains pour intégrer « Peep Show », lâchant une prestation synonyme de promesse d’un retour en super forme.

Rétablissons quelques vérités : Get Rich Or Die Tryin’ n’a pas l’étoffe d’un classique Hip Hop, juste un album qui a marqué son époque et profité d’un contexte de buzz phénoménal, The Massacre contient autant de daubes r&b et d’égotrips gonflés à la testostérone que de gros hits mainstreams, la BO de son film était pas mal foutue et… Curtis est vraiment un bon album de 50 Cent. C’est dit. De toute manière, à quoi fallait-il s’attendre d’autre en se procurant ce 3e LP ? À du 50 tout craché évidemment, avec des morceaux cross-over pas ratés, des variations de flow plus marquées et toujours cette attitude insolente et gangsta, qu’elle vous plaise ou non. Ce qui est certain, c’est que 50 Cent nous prend à contre-pied : moins de chansonnettes r&b (qui servent de singles), moins de gros producteurs hormis Timbaland (Eminem ne produit qu’un titre et Dr Dre un et demi). C’est probablement aussi une des raisons pour lesquelles je pense que Curtis n’a pas disposé d’une longue vie commerciale.

3 réflexions sur « 50 Cent « Curtis » @@@1/2 »

  1. Très bonne réécriture de la chro’ et c’est de préciser les raisons de cette connerie (pour moi ya pas d’autres mots)
    Sinon j’aime bien « I Still Kill » la prod de DJ Khalil est super efficace et là Akon se laisse écouter sur le refrain

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