Joe Budden « Padded Room » @@@1/2


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Padded Room marque la fin de la traversée du désert pour Joe Budden. Son histoire pas drôle on en connaît les grandes lignes mais je vous refais le résumé : laissé pour compte par les responsables de Def Jam sous l’ère Shawn Carter (qui de toute façon ne le portait pas dans son coeur), le rappeur originaire du New Jersey a survécu grâce à sa très bonne série de mixtapes Mood Muzik et la fidélité de ses fans sur la toile, ceux qu’il appelle ses « Internet soldiers ».

Joe n’a pas lâché l’affaire et a pris sa carrière en main, ses efforts récompensés par une signature chez la société indépendante Amalgam Digital, qui offre une véritable plateforme de distribution via le téléchargement légal en plus du format CD. Certes ses ambitions ont été revues à la baisse, pas le choix, ce n’est pas avec les royalties de son premier album éponyme que Joe Budden aurait continué de faire bouillir la marmite. C’était sa seule option pour perdurer dans le rap game et malgré une attitude qui lui fait terriblement défaut, c’est tant mieux pour lui. Quatre ans à galérer pour enfin écouter Padded Room, le deuxième album de Joe Budden. Mais je vous préviens, c’est pas marrant du tout.

Pour mettre les choses à plat immédiatement, un gouffre sépare cet album et Joe Budden avec ses productions tubesques de Just Blaze. « Now I Lay » (prod. Blastah Beats) est une grosse entrée en matière qui marque les esprits grâce à une sacrée performance de Joe Budden. Ceux qui doutaient de son réel talent de MC à ses débuts avaient tort de le sous-estimer. La fête est définitivement finie, on ne rigole plus, la facette Jumpoff c’est loin derrière. Elle refait momentanément surface sur « The Future » (prod. Klasix), unique morceau club de l’album sur lequel Joe enterre la hache de guerre avec The Game. Les beefs aussi, c’est du passé et cette collaboration sur fond de mélodies de synthétiseurs (qui rendrait jaloux n’importe quel one-hit-wonder) prête à croire que cette période de crise est propice aux réconciliations. Il n’y a qu’à écouter les couplets de Game et Joe pour comprendre qu’il ne s’agit pas d’une simple entente de façade pour créer du buzz mais un geste de paix.

Pourtant Joe Budden ne semble pas connaître la paix intérieure, la pochette est là pour nous le rappeler où l’on voit le rappeur muselé portant une camisole de force. « If I Gotta Go » fait froid dans le dos, des textes sinistres et un beat mélancolique entre boîte à musique et sample de rock qui laissent entendre que Joe n’a pas l’esprit tranquille. Il s’exprime librement sur ses pensées qui le torturent, les multiples choses qui le frustrent sur ce titre-là, « Blood On The Wall », « In My Sleep », « Do Tell » et le très triste « I Couldn’t Help It ». On entre dans une dimension psychologique, dans la phase de dépression de Joe, de quoi nous ficher le bourdon quand on l’écoute broyer du noir et cracher sa rancoeur envers  le monde. Toute cette longue période où le rappeur a été mis sur la touche l’a affecté à ce point, sans compter les déboires personnels qu’il a subi. On marche avec lui le moral dans les baskets, ses lyrics n’ont jamais été aussi agressifs et sombres qu’aujourd’hui. C’est troublant d’entendre les confessions et la détresse d’une personne en mal de vivre, comme c’est le cas sur « Do Tell ». C’est rare d’entendre des rappeurs parler de ce qui ne va pas dans leur tête, d’habitude ils ouvrent leur coeur (et généralement ça donne un son r&b mièvre) ou leur portefeuille (et ça devient bling-bling). Joe Budden est très fort pour décrire ses émotions et ses songes qui le rongent et lui minent le moral, ceci grâce à des récits criant de réalisme et son flow qui convient parfaitement à la situation.

Hormis « Happy Holydays » feat Emmany, l’autre piste relativement ‘positive’ de Padded Room, l’ambiance générale oscille entre austérité, mélancolie et sons axés rock, comme « Don’t Make Me » (prod. Moss) et surtout « Adrenaline » feat Drew Hudson (prod. Dub B) qui se trouve être une vraie chanson rap/rock véner (Kevin Rudolf feat Lil Wayne c’est de la pisse de moule artificielle à côté). « Adrenaline » rajoute franchement une dose d’énergie diabolique après le « I Couldn’t Help It » sans beat sponsorisé par les pompes funèbres. Drames sur fond de piano et de violons, conversation imaginaire avec le Tout-Puissant sur instru fantomatique (« Pray For Me »), tout n’est que désespoir et fatalité dans la vie de Joe Budden. De quoi se tirer une balle. Il se passe même un truc chelou sur « Exxxes », comme si cette track était hantée par l’esprit de 2Pac, surtout vers le second couplet.

Si vous avez écouté le même album que moi, vous vous rendez bien compte que Padded Room n’a strictement rien à voir avec le festif Joe Budden plein de hits et de storytelling. Il ne nous viendrait même pas à l’idée de se l’écouter en boucle avec une bande de potes, c’est trop personnel. On savait que Joe avait des tendances dépressives mais quand il en conçoit un opus entièrement noirci d’ondes négatives, ça se transforme en séance de psychanalyse qui peut sapper le moral de certains listeners (à moins d’être déjà dépravos comme il faut). « If I Gotta Go », « I Could’nt Help It », « Do Tell »… parmi d’autres morceaux révèlent la face cachée fragile et ultra-sensible de Joe Budden, celui qui vit dans un monde sans bonheur, sans sourire, sans joie et qui voit presque tout en noir (ou alors gris très foncé). On ne sait pas quoi penser de tout ça, c’est la première fois qu’on écoute un album de rap composant avec de tels sentiments de mal-être. Ce n’est pas comparable avec une sortie de Necro par exemple, Joe Budden n’est pas trash et dérangé, il faudrait remonter à 7th Day Theory de Tupac pour retrouver des ambiances similaires.

Heureusement que « The Future » feat The Game nous change les idées et que la bonus track « Family Reunion Remix » feat Fabolous, Ransom et Hitchcock apporte une dose d’anti-dépresseur pour effacer notre tête d’enterrement causée par l’écoute de Padded Room.

 

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Tech N9ne tour dates listed on since Jul 2012.

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  2. achipeachope dit :

    Salut Sagittarius, désolé ce commentaire n’a pas grand chose à voir avec l’article, mais je voulais te prévenir.

    J’ai ecouté le dernier album d’oxmo tout à l’heure, une pépite !

    Si tu ne l’as pas encore écouté, je te l’conseil ;)
    Yeah

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  3. escobar56 dit :

    Padded Room est un album que j’ai beaucoup apprécié (Il faut dire que Halfaway House nous avait bien préparé).
    C’est vrai que Joe Budden apparait très perturbé mais ca ne fait que rendre l’album encore meilleur. « Don’t Make Me » est une bombe et les finaux « Pray For Me » et « Angel In My Life » cloturent le disque à merveille.

    Dans ce début d’année très très calme, Joe Budden nous livre un des meilleurs crus.

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