Un des leaders de l’underground de Philly livre son premier album solo après quinze ans de carrière souterraine. Il est le MC impérial des Jedi Mind Tricks, au sein desquels il a écrit ses lettres de noblesse, et général de l’Army of Pharaohs, on le surnomme Louis Doggs, Vin Laden ou encore the Pazmanian Devil : Vinnie Paz, 31 ans. Mieux vaut tard que jamais comme on dit, l’occasion se présentait alors qu’il vient d’ouvrir son label Enemy Soil afin de pouvoir régner sans partage dans le milieu indie hip-hop en s’affrichissant de Babygrande Records. Avec un album très personnel et typique, Season of the Assassin va souffler un vent sec et glacial en toutes saisons.
Une introduction plus vingt morceaux saignants, le grand frisson, pas la peine de prendre la température. L’assassin verbal de l’« official pistol gang » débute triomphalement ce premier solo avec « Beautiful Love », hardcore sur le beat avec son flow de bulldozer, en y allant avec des « Monster’s Ball », titre de la track suivante. La scène de Philly est à l’honneur pour servir ce roi de l’undergroud local, comme Beanie Sigel sur le meurtrier « Kill’em All » (pléonasme vérifié) et les ‘both bearbs’ Freeway et Jakk Frost qui nous souhaitent bienvenue à « Pistolvania » (qui absorbe le sang comme des serviettes vania haha). Puisque Ill Bill est de la partie, les Heavy Metal Kings se réunissent une nouvelle fois sur « Brick Wall », avec Demoz au refrain, accompagné d’un sample de hard rock, et R.A the Rugged Man livre de son côté un couplet à la hauteur du personnage, énorme, sur « Nosebleed », avec ce flow époustouflant comme s’il catapultait son flow en apnée. Les Clipse aussi font honneur à Vinnie Paz avec de grosses perfs des frangins de Virginia Beach sur « Street Wars » et, plus surprenant, Paul Wall (oui le Paul Wall de Houston avec ses dents diamantées qui a subi une chirurgie de l’estomac).
Vinnie Paz en solo, c’est un peu comme les Jedi Mind Tricks sans Stoupe (volontairement absent de cet opus j’imagine), et il frappe fort (« Righteous Kill », « WarMonger » ou encore « Drag You To Hell »), capable de détruire des blocks entiers avec ses lyrics cuirassés et son débit de bâtard. Son don pour la narration est un de ses points forts, il en use sur le poignant « Keep Movin On » sur lequel il raconte plusieurs destins tragiques : l’ouvrier qui perd son travail et finit à la rue avec sa femme et son bébé, le sien lorsqu’il perce dans le rap dans les années 90 et celle d’un soldat américain qui revient au pays avec une jambe en moins. Les productions de Season of Assassin sont celles que l’on attendait, à savoir des sonorités dans l’esprit des Jedi Mind Tricks, moins violentes, mais toujours ces notes de piano glacées comme un pluie verglacée qui nous transperce jusqu’à la moelle, quel que soit les producteurs, que ce soit MoSS, 4th Disciple, C-Lance, DJ Kwestion, Bronze Nazareth (« Role of Life »)… La liste se rallonge avec l’apport substantiels de grands noms de la prod, comme Lord Finesse, Fizzy Womack (ou Lil Fame je me répète), Da Beatminerz (« Bad Day », très bon morceau), DJ Muggs qui donne une touche bluesy à « No Spiritual Surrender » avec Sick Jacken au refrain, et même Madlib pour un « Aristote’s Dilemma » des plus énigmatiques. Vinnie racle n’importe quel instru sans distinction.
Toujours est-il que Season of Assassin déflagre les sous-sols des quartiers de Philadelphie, un thriller ghetto avec des cuts très caractéristiques comme « End of the Day » (Block McCloud impressionnant sur le hook), « Ain’t Shit Changed » et sa touche de synthé, « Street Wars » avec les Clipse, « Kill’em All », « Bad Day », « Nosebleed » rien que pour le couplet de R.A., et pour finir le mélancolique « Same Story » avec la chanteuse trip-hop Liz Fullerton. Âmes sensibles s’abstenir.

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