Depuis un an et demi, tout le monde ne parle que de lui : Drake. Quand je dis tout le monde, c’est la presse, les grands noms du rap et bien sûr les fans transis devant ce canadien de 23 ans qui cultive déjà un certain narcissisme. Alors que l’EP So Far Gone s’approche du disque d’or aux US, sort Thank Me Later, un premier album qu’il a conçu « comme si c’était son dernier » et pour « plaire à vos copines ». Cela veut tout dire. Il a beau détenir la mixtape de l’année de 2009, être le protégé de Lil Wayne, un hit (« Best I Ever Had »), ses lyrics du remix de « Forever » immortalisés (« Last name ‘ever’, first name ‘greatest’ ») et faire partie de la team hype des Young Money millionnaires, Drake n’est pas un phénomène, ni l’auteur d’un classique, ni de l’album de l’année.
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Si son succès est promis, le battage médiatique et l’engouement qu’il a généré restent exagérés au possible. Je n’ai pas envie de faire comme tous ces magasines (Vibe, Pitchfork…) qui cherchent (choisissent? chouchoutent?) les talents de demain et les encense pour revendiquer ensuite engranger les gains de leur pari. Je n’ai pas non plus envie d’acclamer Drake parce qu’on nous dit à tort et à travers qu’il s’agit du futur du rap et pour suivre le groupe. Si je campe sur ma position, ce n’est pas non plus pour former une opposition, ni crier à l’imposture, ni par obstination ou ‘hating’, ce n’est pas du tout ça, il faut un moment arrêter de raconter des conneries et d’en avaler. Drake est « surbuzzé », Drake n’est pas l’égal d’un Jay-Z ou d’un Nas, Drake est un ancien acteur de série-télé qui joue son meilleur rôle : celui de rappeur/chanteur. XXL a peut-être eu raison de ne pas le figurer sur la cover des Freshmen de 2008. #isaidit
Drake ‘chantotune’ « I want this shit forever mine » sur « Forever », il donne la suite sur « Over » où il clame « I’m doin’ me » avec une fausse modestie due à sa notoriété foudroyante. Se revendiquant backpacker – enfin ça c’est qu’il dit – le rappeur canadien se défend plutôt bien en tant que lyriciste, à commencer par la première piste « Fireworks » avec la gracieuse compagnie de Alicia Keys, puis « Show Me A Good Time » (sur une production de Kanye West, No ID et Jeff Bhasker qui manque d’harmonie) ou encore « Miss Me » avec son boss Lil Wayne, avec qui il partage son flow en garde alternée (comme dirait @therealMilie). Ses textes sont fournis, pour compenser un manque de trucs intéressants à dire : les femmes, son succès, son succès auprès des femmes et des egotrips sur son succès auprès des femmes.
La pochette est cheap. Un amateur sur Photoshop pourrait la conceptualiser : image en noir & blanc, calque rouge ombré, décalage, floutage, étiquetage du nom et du titre… Une opération qui dure 2 minutes. Et le contenu? La suite logique de So Far Gone, c’est-à-dire un trip reproduit à partir de 808 & Heartbreak de Kanye : de l’électro-r&b spleen comme les Boards of Canada avec l’autotune de série, en plus lisse et plus soft et avec les mêmes producteurs que sa fameuse mixtape (Boi-1da et Noah ’40’ Shebib). Thank Me Later commence par la fin (donc le meilleur?), un feu d’artifice pour Drake et Alicia sur « Fireworks » qui cède à l’ennui latent de « Karaoke » et « The Resistance » qui s’inpire étrangement de « Say You Will » (première track de 808’s & Heartbreak). Summum du chiantisme (un néologisme est réellement nécessaire) profond : les six minutes à rallonge de « Shut It Down », avec en prime la voix de fausset de The-Dream pour que l’anesthésie dure jusqu’au bout de cette platitude absolue. Très peu d’émotions et quelques bâillements. C’est étonnant de voir comment Drake a réussit à extrapoler ce que je pensais être un exercice de style fortement inspiré de la dernière ‘oeuvre’ (ou plutôt parenthèse musicale) de Kanye West qu’il admire tant. Il n’y a pas d’innovation là-dedans, puisqu’il suit une direction lancée son idole habillée par Louis Vuitton et qui selon moi, finira dans une voie de garage. Il n’a pas créé son propre univers musical comme Kid Cudi.
Un exercice de style devenu grandeur nature alors et super-produit évidemment, avec les contributions de – tadadam, suspens – Kanye West (pour le soft « Find Your Love »), Swizz Beatz sur la très bonne première moitié de « Fancy » feat T.I, et Timbaland (le old Timbo svp) sur le final « Thank Me Now ». C’est stupéfiant de voir à quel point la voix de Drake est différente selon s’il rappe (avec un accent à la Weezy) ou chante avec l’autotune (curieux de l’entendre chanter sans qu’on rigole). Seul il se débrouille quand même pas mal, mais ça n’arrive pas très souvent sur Thank Me Later. Alors quand il y a des invités comme Jay-Z, il est systématiquement éclipsé sur « Light Up ». Et la faute de goût n’est jamais loin, comme ce sample d’Aaliyah très mal utilisé sur « Unforgettable » featuring Young Jeezy, c’est impardonnable. La poupée gonflée Nicki Minaj lui donne la réplique sur « Up All Night » qui tient le message suivant : ma team Young Money c’est la meilleure et je roule pour elle. Classique. Comme cette apparition obligatoire de Lil Wayne pour le seconder (ou le renvoyer au second plan, c’est selon le point de vue) sur « Miss Me », qui ressemble au titre le plus hip-hop de l’album.
C’est qu’il a l’art d’agacer à trop s’y croire, c’est ça la critique principale. Je ne déconne pas, c’est lui-même qui a dit récemment qu’il fait du ‘real hip-hop’ en laissant sous-entendre par la suite qu’il est plus dope que tout le reste. A mes oreilles, Drake ne répond pas à la définition de « vrai hip-hop », ni de hipster-hop ou de quelconque catégorie inventée, rien à foutre que des rappeurs l’encensent. Entre nous, on savait tous que cet album ne serait ni bon, ni mauvais et qu’on en fait beaucoup trop à son sujet. Il a simplement de la chance d’en être arrivé là et il en profite de son heure de gloire.

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