Fat Joe « The Elephant in the Room » @@@


Pour des raisons qui me dépassent, Me, Myself & I avait réussi à plaire à ceux qui attendaient Joey Crack au tournant, sauf moi. Personnellement, comme peu d’autres, je n’ai pas été convaincu d’un pouce par l’authenticité de cet album. D’abord par le principe de ramener New-York avec des instrus de producteurs de Miami, un Scott Storch en perdition et des feats pas du tout Eastcoast (Lil Wayne et The Game). Et puis en plus par son ambiance générale terne, presque inexistante à mon sens. Je ne l’ai écouté attentivement que trois fois puis je l’ai revendu sans regret le surlendemain.

Elephant in the Room c’est une autre affaire (et pas une mince). J’ai eu l’opportunité d’écouter ce 8e album de Fat Joe dans les locaux d’EMI-Virgin France, avec dans mon backpack des espérances et de franches attentes. Je ne suis pas du genre à oublier un rappeur dès que sa discographie plonge dans la médiocrité, des fois qu’ils pourraient créer la surprise avec du bon gros son ou un renouvellement approuvé par le public. Je suis allé à cette séance d’écoute exclusive avec une appréhension tenace : le prologue « I Can’t Tell » bien mièvre, le street-single « Crack House » (avec l’apparition dispensable de Weezy) et le monstrueux « 300 Brolic », qui m’a fait très plaisir, m’ont laissé sur un pronostic des plus mitigés. A la sortie, je m’étais trompé de peu.

Nota : La chronique aux airs de reportages inspirée de cette listening-session que j’avais écrite auparavant* était la plus objective possible de ma part, et pour cause, j’avais juste résumé les avis (souvent unanimes sans être forcément celui de la majorité des auditeurs) de chacun. J’y avais fait d’ailleurs volontairement abstraction de la hache de guerre déterrée avec 50 Cent peu avant l’arrivée dans les bacs du niveau CD de cet éléphant du hip-hop new-yorkais (la métaphore fait sourire). J’ai donc juste épuré sommairement mon article original en y gardant ma perception des choses.

Elephant in the Room démarre très classiquement par « The Fugitive », un morceau d’introduction (produit par Streetrunner) comme toutes celles auxquelles nous a habitué le Don jusque-là. En gros, sans surprise. Seconde piste et changement de brutal de décor avec « You Ain’t Sayin’ Nothing ». L’instrumental s’inscrit dans une veine trap muzik, avec Dre au refrain qui se la joue Young Jeezy (les Cool & Dre sont connus pour ne pas développer leur propre son) et un couplet désuet de Plies juste là parce que c’est le rookie sudiste peu cher. Dans tous les cas, ça ne correspond pas au Fat Joe que j’imaginais, au contraire. En ce qui concerne le titre : serait-ce une sorte de réponse à Kanye West qui rappe « Can’t Tell Me Nothing » ? Allo? Bon peut-être que c’est juste une phrase laissée en l’air. Passage express par le street-single « The Crackhouse », en pressant le bouton ‘fast forward’ dès Lil Wayne se met à chantonner (trop de featurings tuent les featurings). Avec Danjahandz à la production de « Cocababy », ce n’est rien d’autre qu’un banger (avec le refrain féminin et tout et tout), dont la seule originalité est son beat exotique. Ensuite bouchez vos oreilles car « Get It For Life » (feat Poo Bear) est une production de DJ Khaled, qui ne manque pas de scander son slogan « we the best »  à qui aime le croire (c’est sa méthode Coué). Quand je me rappelle de « Beat Novacane » sur All or Nothing, ça me conforte dans l’idée que c’était son dernier gros skeud… La suite est passable (dont ‘skipable’), « Drop » avec Swizz Beatz, est très fadasse (non sans blague) et n’a rien de sautillant. Deux titres successifs à zapper les yeux fermés. Pour résumer cette première moitié, il y a de tout et du n’importe quoi, peut-être des trucs de bons à prendre et d’autres à jeter. Moyen moins pour cette partie.

C’est assez déroutant de s’apercevoir que le single « I Won’t Tell » (feat J Holyday) est visiblement produit par Sean C & LV, surtout si on compare ce morceau crossover par rapport à leurs instrus pour American Gangster de Jay-Z et Big Doe Rehab de Ghostface Killah. Pour l’anecdote, Joey Crack avait pensé à inviter R Kelly mais le choix s’est finalement porté sur le chanteur du « Bed ». Tant mieux pour lui. Après ce morceau r&bisé, The Elephant in the Room quitte les latitudes tropicales pour migrer vers la froideur de la Big Apple avec « K.A.R. ». Le magistral « 300 Brolic » arrive juste après, avec du grand Fat Joe que j’apprécie, du gros son sur fond de musique classique produit une fois encore par le duo de Hitmen (qui se font pardonner grandement de leur insignifiant « I Won’t Tell » ). La présence de Scott Storch m’a étonné (surtout depuis son silence radio à cause de son embrouille avec Timbaland), et la track qu’il réalise l’est tout autant. J’ai ravalé ma langue pour cette fois, « Preacher On a Sunday Morning » (feat Poo Bear à nouveau) est très bonne, avec un sample de guitare utilisé à la manière d’un Just Blaze (je surnomme pas Scotty le caméléon pour rien). Le finish est estimable, avec cette collaboration Bronx-Bronx sur « My Conscience », KRS One jouant le rôle la voix du ‘Hip Hop’ (rôle qu’il incarne d’habitude avec un égo démesuré), bien que l’instru lâché par Alchemist n’ait absolument rien d’extra. Enfin, le meilleur pour la fin comme on dit, l’album s’achève sur une prod de DJ Premier à l’ancienne, avec « That White ». Je suis content que malgré un ensemble peu convaincant, la conclusion est encourageante pour l’avenir. Malheureusement je crains que cette seconde moitié made in New-York ne soit guère un exploit. C’est correct sans plus.

L’unique chose de bien que je retiens de ce 8e LP de Fat Joe, c’est qu’il est en forme, qu’il varie son flow et qu’il semble revenir en bonne voie. Quoi qu’il en soit, j’attends toujours mon album de Fat Joe 100% NY.

(*écrite à la mi-Mars sur Rap2K)

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