2Pac « Pac’s life » @@@


Au début, il devait sortir cette année 2006 un album commémoratif en l’honneur du triste anniversaire des dix ans de la disparition de Lesane Crooks alias Tupac Shakur aka 2Pac ou encore Makaveli. On parlait d’un double-album même, avec son lot de rumeurs habituelles comme entre autre la participation exclusive de Dr Dre… Et comme un malheur n’arrive jamais seul, un malencontreux concours de circonstance a voulu que Death Row (le ‘label rouge’ californien qui a dominé le rap game durant les années 90) fasse son dépôt de bilan ce mois de Septembre 2006, survenu après quelques sombres affaires judiciaires. Curieux hasard n’est-ce pas. Mais depuis quelques temps déjà c’est la société Amaru qui détient les masters de 2Pac et non plus Suge Knight. Quelque part, c’est rassurant de voir que Afeni Shakur, la mère du défunt rappeur, a pu s’approprier les droits des œuvres inédites de son fils et non plus le baron du gang des Bloods. En contrepartie, depuis ce droit de succession pourrait-on dire, la génitrice en question est devenue une redoutable femme d’affaire (disques, ligne de vêtement Makaveli Branded,…) et présidente de multiples associations portant le nom de Shakur. C’est pourtant la seule personne qui puisse posséder la légitimité d’user du nom de Tupac, apparentement familial oblige.


On ne va pas rappeler le scandale et la polémique qu’avait suscité deux ans auparavant Loyal To The Game produit par Eminem. Quoique, si. Prenez un grand artiste décédé qui survit tant bien que mal à travers l’héritage de sa musique et un MC/producteur (blanc de surcroît) super à la mode, cela résulte en gros en ‘best of both worlds’ foireux, autrement dit une collaboration honteuse pour ne pas dire carrément hérétique. Soyons honnêtes, l’association des noms 2Pac et Eminem, telles des marques déposées, suffisait amplement à rendre ce produit commercial, plutôt que de créer une véritable œuvre posthume et sincère, un successeur de Better Dayz digne de ce nom. C’est dégueulasse, mais c’est comme ça. Le million de consommateurs étaient-ils des fanatiques de 2Pac et/ou des groupies d’Eminem ? Souhaitons-leur d’avoir apprécié ce disque à sa juste valeur : 15 euros pour un bout de plastique gravé. Maintenant cherchons un responsable à ce fâcheux dérapage : Afeni ? Elle supervise la réalisation des albums depuis Resurrection. Après tout, c’est sa mère, celle-là a qui était destiné le superbe « Dear Mama », elle aurait pu mettre son veto et empêcher de commettre l’irréparable. Haut responsable du label Amaru, son investisseur et distributeur, Interscope. Rien à faire contre cette machine qui gère et décide qui fera quoi et qui sera sur l’album. Ce qui crée des débats houleux une nouvelle fois, et soulève de nombreuses questions inutiles : aurait-il collaboré avec tel ou tel rappeur de son vivant ? Ces rappeurs (étant des fans de 2Pac à l’origine) méritent-ils tous de poser leurs couplets à côté des siens, surtout lorsqu’on s’appelle 50 Cent par exemple ? Toutes les réponses possibles et imaginables seraient erronées d’avance pour la simple et unique raison que si Tupac Shakur était de ce monde, probablement que son frère ennemi Notorious BIG le serait aussi, et dès lors le Hip Hop à cette date serait totalement différent de celui que l’on connaît actuellement. Sous cette hypothèse, qui peut se permettre de spéculer les affinités entre 2Pac et les personnalités d’aujourd’hui ? Absolument personne, sauf 2Pac lui-même. Et c’est comme ça depuis que Death Row a perdu la main sur sa poule aux d’or : tout le monde s’arrache l’image de Tupac Shakur comme des vautours bienveillants au point qu’elle déteint inexorablement. La situation est grave et personne ne donne l’air d’en avoir conscience : nous sommes tous en train de tuer une seconde fois une légende !

D’autres questions restent cependant en suspend : avait-il réellement l’intention dans la suite de sa carrière de créer son propre label, quitter Death Row, ou changer définitivement de pseudonyme pour devenir Makaveli ? Les réponses sont là aussi six pieds sous terre. Et tant pis pour ceux qui croient dur comme fer à sa résurrection, c’en est devenu des poissons d’Avril. Par contre, sortir chaque année un nouveau disque posthume de 2Pac, ce n’est pas une blague bien que ce soit parfois de mauvais goût. Cela tient du record à vrai dire, puisque jamais autant un artiste n’a eu une discographie post mortem aussi impressionnante que celle de 2Pac. En 2005 était sortie la compilation The Rose vol.2, Automne 2006 se trouve dans les bacs Pac’s Life (Amaru/Interscope/Polydor). Mais quand est-ce que la série va s’arrêter ? Pourtant il y a bien là une nouvelle sortie de Pac dans les bacs. Long soupir. Une fois de plus les sentiments sont partagés, c’est libre à vous d’écouter les vôtres, de sentiments. Voyons voir ce qui compose cet Nième album posthume : treize titres que l’on réduit très vite à neuf. Explications : on ôte deux remixes (ceux de « Untouchable » feat Krayzie Bone et « Pac’s Life »), un titre en deux version (« Playa Cardz ») et un morceau coupé en deux parties (« Sleep » et « Don’t Sleep »). Côté production, LT Hutton apporte une touche Westcoast qu’il partage avec Sha Money XL (le producteur affilié au G Unit), ainsi que des contributions singulières de QD3 (« Soon As I Get Home »), EDI (« Don’t Sleep ») et Swizz Beatz qui remixe « Untouchable », à moins que vous préférez l’originale pour une histoire de goût (ou d’éthique dira-t-on). Ce qui blase au passage, c’est de s’apercevoir que ces instrumentaux tout neuf remplacent ceux qui étaient initialement réalisés par Johnny J et Daz Dillinger. Du côté des featurings, le choix pourra paraître hasardeux et sera une source de vives discussions puisque nous avons droit à une flopée de rappeurs sudistes en vogue (Ludacris, Chamilionnaire, Young Buck, T.I. et Lil Scrappy), ou des chanteurs r&b (Ashanti, Carl Thomas et Keyshia Cole), et des jeunes talents comme Nipsey Hussle et Jay Rock. Les mines se décrisperont en voyant les fidèles Outlawz (Yaki Kadafi, Hussein Fatal, EDI, Young Noble…), les vieux amis des Bone Thugs N Harmony, Big Syke et … Snoop Dogg ! Depuis la mort de Tupac, personne ne l’a aperçu sur un de ces albums, normal à cause des vives tensions avec Death Row. Cette fois, Snoop pose un couplet mémorable en guise de bel hommage sur le « Pac’s Life (remix) ». De plus, la chanson est sympathique et se laisse écouter. Le tableau paraît relativement de meilleur augure.

Pac’s Life a une filiation directe avec Better Dayz puisque le morceau éponyme (dont on préférera le remix comme vous aurez pu le voir) reprend un couplet de « This Is The Life I Lead » paru en 2002. C’est le serpent qui se mord la queue. « Sleep » et « Don’t Sleep » sont des reprises de Don’t Go 2 Sleep, l’EP secrètement enregistré à l’époque entre Makaveli et Daz Dillinger, sauf que le morceau « Don’t Go To Sleep » a été tronqué en deux parts pour faire avec ces moitiés les deux titres cités. Idem pour « Dumpin’ », remis à jour avec Hussein Fatal et la star des mixtapes, Papoose. Ceci rappelle la bataille juridique qui a malmené Daz Dillinger en 2001, alors qu’il était sur le point de sortir ce format court sur son label D.P.G. Recordz. Afeni a tenté de récupérer et stopper les ventes puisqu’elle détient les copyrights de toutes les compositions de son fils sous ses différents pseudonymes, sans parler de Death Row qui a profité de la situation pour tenter de récupérer les enregistrements car le label possédait les licences de Tha Dogg Pound et Dat Nigga Daz. On aurait dit des vautours qui s’arrachent la carcasse d’un cadavre. Voilà pour la petite histoire, ceci expliquant pourquoi Afeni Shakur a réenregistré les deux (trois…) morceaux en question sans les instrumentaux de Daz. Joli recyclage. Pareil traitement pour les smooth « Playa Cardz », sauf que cette fois le couplet de 2Pac est identique dans les deux versions : ‘female’ (avec Keyshia Cole) et ‘male’ (avec Ludacris et Keon Bryce). Cela compense les chansons jetables (« Whatz Next » et « International »), à moins que vous conceviez 2Pac en train poser sur des tempos Dirty South.

C’est une initiative louable que de faire perdurer la mémoire de son artiste rappeur d’enfant en faisant du copier/coller de sa musique. Pac’s Life reste par-dessus le marché un semblant d’album de (dé)compositions de Tupac, une sorte de palimpseste, et ne donne pas une entière satisfaction bien qu’il soit objectivement et globalement écoutable comparé à son déloyal prédécesseur. Pour être honnête, il est difficile de juger un tel disque, c’est pourquoi on utilisera un joker en reprenant une célèbre parole de 2Pac : seul Dieu peut le juger. Maintenant, y aura-t-il d’autres opus ? Un best-of de ses albums posthumes tant qu’à faire ? Ou une superproduction style 2Pac Duets – The Final Chapter comme pour Biggie, en reprenant des morceaux de sa discographie parue de son vivant pour se racheter de l’arnaque Nu-mixx Klassics ? Pourrait-on ne pas simplement le laisser reposer en paix ?

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