Common « Like Water For Chocolate » @@@@@


A l’aube du 3e millénaire, Common a pris un tournant dans sa carrière. De rappeur ‘hungry’ (affamé) avec son classique Resurrection et ses collaborations avec No ID (qui deviendra plus tard le mentor de Kanye West), le rappeur de Chi-town s’est grandement assagit et s’est rapproché du collectif des Soulquarians, rassemblait des figures du hip-hop et de la nusoul (James Poyser, ?uestlove, Roy Hargrove, Jay Dee, Badu, Bilal…). Imaginez déjà un fond d’instrumentaux jazzys et gavés de soul contemporaine pour accompagner le flow clair et la force des mots de Common Sense.

Chronique réécrite le 26 Juillet 2014


Si Common a perdu son Sense en chemin, ses propos ont pris un sens beaucoup plus positif, moins street mais socialement plus engagé pour la cause afro-américaine en sortant des frontières de sa ville de Chicago. Il faisait désormais parti de la caste très appréciée des rappeurs dit ‘conscients’, le côté spirituel en plus. La liste des invités ne fait que renforcer la nouvelle ligne directrice de Like Water For Chocolate : Mos Def, Black Thought des The Roots, Jay Dee, Macy Gray, Bilal, Dwele, Slum Village, Cee-Lo, Jill Scott… Bref parmi les meilleurs représentants du mouvement nusoul et du mouvement hip-hop autour des années 2000, dignes descendants des Natives Tongues ou fils et filles spirituelles des grands chanteurs de Soul.

Retour aux origines, « back to the roots », au commencement de ce quatrième opus en compagnie de Femi Kuti avec le tribal « Time Travelin’ », une revisite de l’afro-beat, dédicace au grand Fela Kuti. La personne qui l’a fortement influencée sur ce chef d’oeuvre n’est pas présente, mais Common lui a consacré l’un des plus belle déclaration d’amour rap : il s’agit d’Erykah Badu, à qui le rappeur écrit cette belle déclaration d’amour qu’est « The Light », chanson qui lui a permis d’être nominé par la suite aux Grammy Awards, avec son magnifique refrain – un sample du magnifique « Open Your Eyes » de Bobby Caldwell. La présence de la chanteuse sur le crémeux remix de Dilla vient confirmer d’autant plus leur alchimie musicale.

Avec Like Water For Chocolate, Common s’émancipe et prend du recul par rapport à ses précédents albums (dont l’inoubliable One Day It’ll All Make Sense) mais paradoxalement, son message est bien plus profond et universel. Il mène son rap à un niveau au dessus. «The revolution will not be televised/ The revolution is here » introduit son standard « The 6th Sense » sur une production de DJ Premier très inspirée (et ces scratches des Mobb Deep!), un superbe message d’espoir pour la communaté noire. Les plus belles chansons restent certainement « A Song for Assata » avec un refrain signé Cee-Lo, morceau dédié au Black Panther Assata Shakur, et « Geto Heaven pt 2 » : son air de flûte enchanteur, son piano et ses violons nous ouvre les portes du paradis. Elle contraste assez bien d’ailleurs avec la première version plus teintée de mélancolie avec l’angélique D’Angelo. Un autre chanteur, plus discret mais pas moins important, semble aujourd’hui indispensable à Like Water for Chocolate, j’ai nommé Dwele, que l’on peut entendre sur le relax « Nag Champa« .

Des ailes ont poussé sur le dos de du porte-parole des ghettos de Chi-Town. Il a beau être plus sage et posé, il n’hésite pourtant pas à montrer les crocs en matière de emceeing (« Heat », « Cold Blooded » ou encore « Payback is a Grandmother » sur un sample de James Brown naturellement), surtout pour réveiller les vieilles rancoeurs sur « Dooin’ It », en particulier envers Ice Cube :
« You wasn’t saying you was a thug before Pac came
Ten years ago you had a high top trying to be like Kane
Then Snoop released and it became a G thang
Claim sets, your city ain’t got gangs
Niggas hate you, they ain’t paying you no attention
In a circle of faggots, your name is mentioned
With six degrees, I separate MC’s, from a business man that’s good
From a nigga that was raised or just lived in the hood
From what a nigga says to what’s understood
Keep my shit tight like them boys in « The Wood »
Dick is always hard like the « Boyz in the Hood » »

C’est comme ce dialogue avec MC Lyte sur « A Film Called (Pimp) », la scène d’une histoire d’un pimp et tournée en comédie par nos deux protagonistes. Une façon très habile de détourner la vision machiste du Hip Hop et l’image de la femme. Common se pose plein de questions flatteuses sur la gente féminine d’ailleurs sur « The ? », justement avec des questions qui font mouche (« Why does girls look so good in the summer ? »). Le respect des valeurs avant tout se passe par le respect des gens.

Voilà, tout. Like Water For Chocolate est un classique du genre et Common réussit un crossover stylistique de façon remarquable. On ne peut que féliciter non seulement ses qualités de rappeurs sur tous les points, aussi bien techniques que textuelles, sans oublier le travail fantastique à la production, J Dilla (RIP), Questo et James Poyser principalement. Un des grands albums de l’année 2000 assurément.

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