Lil Wayne « Tha Carter V » @@@¾


Rendez-vous compte, Carter IV était sorti il y a sept ans, un bail. Ce n’était heureusement pas le dernier album de Lil Wayne, mais depuis l’infâme I Am Not A Human Being 2 en 2013, l’hyperactif best rapper alive (après Jay-Z) s’est mis en retrait, menacé par des attaques cardiaques à répétition et d’autres soucis de santé qui ont nécessité des séjours hospitaliers. Sans parler de la situation pourrie par la séparation avec Cash Money Records, un divorce qui est entré par la case justice en 2015, avec Birdman dans le rôle du père indique qui n’a pas hésité à menacer la vie de son fiston. Et dire qu’au début des années 2010, la machine YMCMB était intouchable…

Pour éviter d’être suspendu à une longue décision de justice, Weezy a sorti quelques projets histoire de faire acte de présence, comme l’exclu Tidal Free Weezy Album et ColleGrove en collab avec 2 Chainz. Carter V était toujours prévu, relançant au passage le buzz avec l’annonce de sa re-connexion avec son producteur de toujours Mannie Fresh. Mais au fur et à mesure que les mois défilaient l’album s’inscrivait dans la liste d’arlésiennes… jusqu’à ce que le rappeur obtienne gain de cause contre Cash Money en juin dernier. Soulagement, une page s’est enfin tournée, place maintenant au chapitre V de Tha Carter.

Quand on démarre sans attendre la lecture de Carter V avec le premier des 23 (!) morceaux, on entend les mots d’une mère à son fils, ceux de Jacida Carter que l’on peut voir sur la pochette. Séquence émotion avant d’enchaîner sur le très bon « Don’t Cry« , avec une apparition post-mortem du très talentueux et tumultueux XXXtentacion. Plus qu’une surprise, un symbole. Wayne gracie le jeune garçon assassiné d’un « rest in paradise », ce lien effectué avec la génération actuelle a un goût très amer. Curieusement, Lil Wayne n’accentue plus sa voix aigre d’extra-terrestre comme autrefois et ça se confirme par la suite. À la place, il déploie une panoplie de flows et des schéma de rimes assez dingues, comme sur « Let It Fly » (avec un transparent Travis Scott à côté) et « Dedicate » (qui sample du 2 Chainz et un extrait de Barack Obama le citant), ou alors des concepts de malade comme « Mona Lisa » avec un Kendrick Lamar qui réalise un numéro tout à fait incroyable.

Weezy a le chic pour s’exécuter sur des bangers efficaces, tel ce « Uproar » produit par Swizz Beatz. En réalité ce bâtard de Swizzy ne s’est pas cassé le cul, il a bêtement recyclé l’instru de « Special Delivery« , ajouté ses ad-libs, s’est crédité et récolté l’oseille et les lauriers. Un authentique acte de piraterie. Dans le genre « je sample du rap », « Dope Niggaz » avec Snoop Dogg fait très fort en séquançant le classique « xxxplosive » de Dr Dre et le pire c’est que ça fonctionne pour un espèce de remix. Lil Wayne a d’autres tueries dans le jean slim, mais pour suivre la tendance il a fait appel à DJ Mustard (« Open Safe« ) et Zaytoven sur le terrible « Problems« . Mannie Fresh? Présent ! Que sur deux morceaux, le titre rap/r&b conventionnel « Start This Shit Off Right » (avec Mack Maine et la divine Ashanti) et « Used 2 » qui méritait d’être plus lourd. La magie entre eux deux a quelque soucis techniques pour être recréée. Dans l’ensemble les tracks cross-overs sont loin d’être désagréables, surtout si on se penche sur « Dope New Gospel » avec son ex-meuf Nivea et le potentiel single « Famous » avec sa fille Reginae. Reste cette impression d’entendre à la fois les voix de Drake et Young Thug avec son autotune coincé dans les cordes vocales (le constat de sa vie perso « Mess« , « What About Me« ). En parlant de Drake, il aurait bien pu figurer sur « Dark Side of the Moon » aux côtés de Wayne et Nicki Minaj (au chant), pour reformer le trio Young Money qui a dominé au début des années 2010.

Alors comme ça plus personne n’attendait Tha Carter V? Ho ho, mettez des lunettes et lisez les scores de streaming. Plus concrètement, Lil Wayne a repris sa place de n°1 au BillBoard 200. Pourtant déclassé de l’actuel top10 par des rappeurs plus populaires, avec la jeune génération qui a pris le contrôle et des figures de proue comme Kendrick Lamar, Future et J.Cole, on se demandait tous, s’inquiétait même, comment il allait revenir. En fait, comme du mouvement Black Lives Matter, il s’en fiche éperdument de tout ça, l’ex-poule aux oeufs d’or de Cash Money calcule rien et fait son truc comme il a toujours fait et ça marche.

Et comme à son habitude, Lil Wayne fait tout en mode freestyle, c’est pourquoi il n’a jamais sorti de grands albums, bien que les II (le meilleur) et surtout le III (un des plus gros succès commercial rap des années 2000) sont objectivement historiques. Pour une fois, les instrus ont été depuis très longtemps bien sélectionnés, rien de réchauffé comme on aurait pu légitimement le craindre (quoique les samples de rap là…). Cela n’enlève pas à Carter V sa composition semblable à un best-of d’inédits suffisamment au dessus du lot pour ne pas finir sur une banale mixtape. Avantage : vous pouvez écouter ce disque en lecture aléatoire. Pour l’anecdote, sachez qu’un français s’est glissé dans les crédits, le parisien Prince 85 ! Au-délà de toutes ces considérations, Lil Wayne rassure et reprend ses droits. Son retrait a finalement eu des bienfaits sur lui, il n’est plus tout à fait le même homme qu’avant, en fait, il est devenu plus… humain.

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