J’ai failli zapper ce troisième album de Ciara. Pour être honnête, je m’en fichais au départ. Je ne gardais pas un grand souvenir de ses deux premiers disques, superficiels et commerciaux. Mais je me suis fait avoir. C’est en écoutant le jingle hebdomadaire du Grand Journal sur Canal + que j’ai découvert son nouveau single sans savoir quel était le titre et qui en était les interprètes. J’aimais bien, c’était rythmé, dans un style funk neo-eighties. Réponse sur le plateau de l’émission : « Love Sex Magic » de Ciara avec Justin Timberlake en featuring. La chanteuse y a fait un bref passage le temps de quelques questions inintéressantes et d’une danse du ventre improvisée pour la promo de son nouveau CD, Fantasy Ride. Ravi par ce hit qui fera un tabac dans les clubs non-fumeurs, j’osais espérer que cet album soit du même acabit. Au moins j’aurais essayé d’y croire…
Direction Deezer où Fantasy Ride est mis en avant et déjà une lueur d’appréhension fait surface dans ma conscience de chroniqueur dès la première piste. Une impression temporairement suspendue avec « Love Sex Magic« , produit par les Y’s, une équipe de production réunissant entre autre Justin et Mike Elizondo, bassiste et producteur pour Dr Dre. Il faut dire que Ciara n’a pas lésiné sur les moyens puisqu’elle a fait appel à eux, Danjahandz, The-Dream & Tricky Stewart, Rodney Jerkins, Ne-Yo, Polow Da Don,… Wow, paie tes fabricants de tubes ! Sont-ils à la hauteur ? Oui, assurément : cet album est truffé de tubes, dancefloors ou mièvres, au choix, il n’y a qu’à piocher au hasard ses gros doigts dedans (« Never Ever« , « Turntables« ,…). Mais avec ou sans Lil Jon et Jazze Pha (dont elle s’est affranchie), cet album souffre du même défaut que les précédents : c’est superficiel au possible, light et Ciara, bien bonne chanteuse, n’a pas de voix, de coffre. Et lorsqu’elle essaie, c’est la cata. Exemple terrifiant sur « High Price« , Ciara se prend pour chanteuse lyrique, c’est affreux. Heureusement que Ludacris sauve ce morceau génétiquement Dirty South avec ses grosses basses électroniques. C’est bien d’avoir essayé de se démarquer de la concurrence (Keri Hilson et compagnie) mais lorsque ce n’est pas le cas, ce disque ressemble à tout ce qu’il sort aujourd’hui dans le r&b, sans plus d’originalité.
Et encore, il faudrait que ce qui sort des enceintes ressemblent à du r&b… Dernière infraction en date, « Work » avec Missy Elliott – comme si Ciara cherchait à renouer avec les personnes qui ont participé à ses premiers succès -, une tentative frauduleuse de copiage d’eurodance, comme il se fait malheureusement de plus en plus souvent aux States. Danjahandz, le compositeur de ces mélodies techno, devrait sérieusement songer à retourner regarder dessus l’épaule de Timbaland pour réapprendre à faire des instrus r&b. Même constat avec « Turntables« , il reprend la même rythmique que pour « SexyBack« , « Gimme More » de Britney et « SuperHuman » de Chris Brown qui se retrouve en feat sur ce titre aux allusions douteuses. (Vilain Chris, il veut rendre jalouse Rihanna !). Encore un hit éventuel mais dans le genre éphémère que l’on réécoutera dans quelques années en se demandant – non sans rire – c’est quoi ces espèces de chants en fond sortis d’un film Disney. Alors ça, plus les chants lyriques et le « Never Ever » avec Young Jeezy qui se transforme en Shrek quand il pousse la chansonnette. Pas de doute, on nage en pleine fantasie, vive le concept…
Regardons les choses en face, regardons ses clips : Ciara est jeune, jolie et sexy, entourée des poids lourds du r&b contemporain et de bons chorégraphes, des critères suffisants pour vendre des disques. En pratique, on écoute sans adorer. Une déception de plus au compteur, exception faite de « Love Sex Magic« .

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