Mariah Carey « E=MC2 » @@


Je ne vous ai jamais raconté l’écoute de l’album de Mariah Carey en avant-première. Et pour cause, le fait d’en donner mon avis parfaitement subjectif en aurait fait une de mes pires critiques officielles, le genre d’article bien cassant (limite bête et méchant) qui m’aurait valu quelques ires. J’avais déjà fait savoir dans divers commentaires que E=MC2  n’était rien d’autre qu’un album de r&b complètement insipide. Mais pour comprendre comment en suis-je arrivé à scander qu’on devrait destituer Mariah de son titre de diva de la pop/r&b (je vois Christina Aguilera reprendre ce statut), il faut vraiment que je vous donne mes impressions à froid lors de cette séance d’écoute. En lisant le papier du tracklisting (que j’ai gardé en mauvais souvenir), je me remémore ce que j’ai vécu comme un supplice.

Il faut que vous sachiez au préalable avant de lire cette mauvaise expérience (plutôt qu’une chronique à proprement parler) que j’ai bien aimé Mariah Carey à ses débuts. Quand j’étais gosse, j’avais son disque Music Box (que je garde toujours d’ailleurs). Je kiffais beaucoup ses collaborations avec les rappeurs, que ce soit avec ODB, The Lox (sur le remix « Honey »), les Bone Thugs N Harmony, etc… et je vous avoue sans mal que j’ai franchement adoré Rainbow, quand elle avait enfin fait un un disque r&b en entier. Ensuite Glitter, j’ai retenu quelques bons titres (encore avec des rappeurs) mais j’ai farouchement renié son nanar de film, préférant en lire des critiques à se tordre de rire. Summum de la niaiserie, Charmbracelet. Le mal était fait, Mariah Carey est devenue pour moi le stéréotype incarné de la princesse des contes de fée modernes, le truc super cucul-la-praline englué dans de l’eau de rose. Puis il y a eu la réconciliation sur Emancipation of Mimi, où j’ai retrouvé la Mariah que j’apprécie et qui n’en fait pas trop. Maintenant j’espère que vous voyez où je me situe préférentiellement.

 

C’était début Mars au Studio de la Seine (à Paris, inutile de préciser). Après avoir patienté près d’une heure et demie, je suis convié dans un studio d’enregistrement avec d’autres collègues. Avant de commencer la session d’écoute, on nous promet à demi-mot une évolution artistique qui va nous plaire et que « ça va être fantastique, vous allez voir ». Youpi. Le manager américain poursuit la présentation en tenant à préciser que ce que nous allons écouter n’est pas la version finale et que le mixing allait peut-être encore changer (l’album sortait le 15 Avril, NdR). Ouch. Ce message codé signifiait en gros que l’ordre des chansons pouvait être modifié et que si c’est nul, on vous aura prévenu. Mauvaise augure. Cramponné dans le fauteuil (non j’exagère voyons, j’étais crispé), j’ai subi pendant une heure quelque chose que je craignais le plus : la Mariah Carey fleur-bleue qui m’horripile. Et la production… une catastrophe monumentale. The-Dream & Tricky Stewart font du Jermaine Dupri, les Stargate (les producteurs de Ne-Yo) font du semblant de Jermaine Dupri et Jermaine Dupri fait du Jermaine Dupri, mais son instru de « Love Story » est – je dois admettre – vraiment innovante. Dommage que le texte soit le scénario d’une love story d’adolescents totalement bateau. A vrai dire, trois choses m’ont surpris sur cet album : cette prod de JD, le couplet de Young Jeezy (sur le « Side Effects » de Scott Storch) et la présence de DJ Toomp (mais juste sa présence). Pour cacher mon désarroi qui s’affichait à chaque rictus déformant ma face apathique, je lisais les paroles de ses nouvelles chansons. Oh mon Dieu, c’est tellement beau ce qu’elle écrit que je me suis imaginé en train de me rouler tout nu dans l’herbe et cueillir des bouquets de marguerite. 

 

Passé ce léger moment d’inattention (un peu honteux certes), je me concentre (du moins je m’y efforce) sur « That Chick ». Haha, et me voilà sur mes grands sabots (bah oui je suis sagittaire…), victorieux, avec la preuve incontestable que j’ai raison de mes clichés, celui de la star célibataire typique arrivant sur la quarantaine et habituée des régimes minceurs (sous Photoshop comme sur ses pochettes) et qui fait agir son pouvoir séducteur sur les hommes beaux, très très riches et peut-être romantiques. Mais oui mais c’est de l’humour s’insurgent ses fervents défenseurs. Difficile de croire que c’est du second degré. Moi ce qui me fait rire, c’est quand elle dit dans la presse qu’elle est vachement prude ! Surtout quand elle porte des jupes ras-des-fesses avec le décolleté plongeant en l’imaginant battre des paupières. Ou sinon une bonne blague bien crade à la fin du repas en famille du Dimanche midi. Et puis elle l’a finalement trouvé son prince charmant, le faux-rappeur Nick Cannon, le mec qui anime l’émission Wild’n Out sur MTV. Parmi tous les rappeurs avec qui elle s’est acoquinée depuis plus de dix ans, elle se marie en fin de compte avec Nick Cannon. Mauvaise publicité je vous dis. Quoique, les couples rap/r&b sont à la mode après les mariages de Nas et Kelis et Jay-Z et Beyonce. Bref, passé ces potins, j’en reviens à ma séance de torture (c’est qu’une hyperbole, NdR). Plutôt que de chercher une excuse pour quitter poliment le studio, je me voyais passer en revue les morceaux pour une éventuelle chronique odieuse : Damian Marley brade son talent sur « Cruisin’ » (vu son immense talent, il sauve ce morceau trop creux), le classique « For The Record » de Brian-Michael Cox (plus inspiré avec sa muse Mary J Blige) est correct sans plus, le quiproquo de « Bye Bye » reprend des gimmicks de Jeezy, et le  « Migrate » produit par Danjahandz (prévu pour être un des prochains singles) démontre que Mariah a évolué… du point de vue du vocabulaire. Par contre je ne me souviens pas de la prestation de T-Pain, peut-être parce que c’est la même que toutes celles qu’il a faites jusque-là. Allez, encore « Last Kiss » histoire de ramasser les roses fanées et je pourrais rentrer chez moi.

 

Ouf, c’est fini. « Alors, vous en avez pensé quoi ? » nous demande-t-on. Joker. J’ai esquissé une moue. Mais une question m’obsède : que signifie ce titre E=MC2 ? Et qu’on ne nous dise pas un éclair d’intelligence de la part de la chanteuse. Réplique sans réponse : « hum I don’t know ». Frustant. Voilà que j’en arrive à ma conclusion : ce nouvel album n’est rien d’autre qu’un simple album de r&b conventionnel, celui d’une simple starlette du r&b. C’est fade quoi, du rhythm’n blues un brin surannée, à l’image du « OOC (Out of Control) » produit par Swizz Beatz, et TPI (‘trop pas intéressant’ pour faire comme Yelle). Et pis faudra qu’elle arrête de la jouer la petite jeunette effarouchée un jour, bien qu’elle représente un fantasme pour pas mal de mecs. Personnellement, j’ai passé l’âge de baver devant les positions lascives et les petites tenues en lingerie de clip de « Touch My Body ». Mariah Carey a beau s’émanciper comme elle le prétend, je ne trouve pas qu’elle se bonifie avec le temps car jusqu’à aujourd’hui, sa discographie ne contient pas le fameux album de la maturité. C’est cruche, je vois pas d’autres mots ou de formulations assassines. Le pire c’est que les médias l’encensent sans arrêt, mais vive le désenchantement après l’écoute. Qu’on ne fasse pas semblant de faire comme si on n’avait rien remarqué, elle a juste pris les producteurs à la mode pour raconter des histoires d’amourettes interminables et des romances de comptoir VIP, genre « si t’es friqué et que tu roules en Lamborghini, je poserai mes grosses cuisses sur ton lit baldaquin et on n’aura pas d’enfants. » 

 

Au bout du compte, j’ai quand même vu à sa sortie qu’il y avait deux titres supplémentaires par rapport à ce que j’ai entendu (« I Stay In Love » et « I Wish You Well » que j’écouterai sans doute pas de sitôt), il n’empêche, ça ne m’a pas redonné envie d’y jeter une oreille (surtout pour que ça ressorte de l’autre côté). Et puis j’ai enfin su plus tard ce que signifiait E=MC2 , ça veut dire Emancipation = Mariah Carey au carré. Ah d’accord… 

5 réflexions sur « Mariah Carey « E=MC2 » @@ »

  1. Les ballades me manquent aussi un peu mais moi, si je reste fan de Mariah Carey, c’est parce que je me sens grandir avec elle. Elle prend peut-être des risques en changeant de style, en s’exposant aux ragots en se mariant avec son « cadet de rappeur à la con », on passe aussi par là en grandissant…

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  2. it de conquérir un nombre plus important de personnes, mais par celui de se raconter avec plus de liberté, avec plus d’aisance. Et je pense que Mariah Carey le fait très bien . Ce qui l’écoute en tant que femme et artiste le comprennent mieux.

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  3. Bonjour!
    J’ai essayé de me retenir mais…là, je peux pas. Je suis tombée sur ce site au hasard et bon, je vais daigner accorder une importance à votre jugement, en tant que « personne qui a assisté à l’avant-P de l’album ». Mon avant-P à moi, c’était aujourd’hui. Et je trouve que vous y allez un peu fort. Bye bye est bien, I wish you well…même si à un moment, le vocabulaire est limité, -çà encore, faut vérifier _, je pense que c’est assez original. Un artisite n’est pas « émancipé » juste par le fa

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  4. Ou est passée la Mariah Carey de Rainbow?
    Franchement, chacun de ses albums l’éloigne de mes chanteuses favorites.
    Je préfère qu’elle fasse des chansons pop/rnb à la Leona Lewis, plutôt que de se la jouer hip-hop sans succès.

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  5. Assez d’accord avec ce qui est dit bien qu’étant victime d’une société de consommation très bien ménée j’aime bien quelques morceaux sur l’album. Mais c’est vrai qu’avec un peu de recul… c’est nul à chier et totalement creux.

    Elle raconte toujours la même chose ou alors, se lance dans un genre qui ne lui va pas (cf « Migrate » par exemple). Je préfère quand des rappeurs l’accompagnent et qu’elle garde son rôle de chanteuse pop/r’n’b, comme sur le remix de « Honey » (feat. Ol Dirty Bastard). Sur « Migrate », elle veut prendre la place d’une rappeuse mais ça le fait pas du tout je trouve.

    Je suis également tout à fait d’accord quand tu dis que l’album de la maturité n’est pas arrivé et se fait de plus en plus attendre… Usher nous bassine avec sa maturité sur chaque album ; MC, elle s’émancipe… Perso, j’attends un changement chez les deux artistes.

    Je ne suis donc pas convaincu mais jeune donc j’adhère un peu quand même :P ^^

    « Personnellement, [je n’ai pas tout à fait] passé l’âge de baver devant les positions lascives et les petites tenues en lingerie de clip de « Touch My Body » » loool !

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