Jay-Z « American Gangster » @@@@1/2


Première semaine de Septembre 2007, bureaux de Def Jam Recordings
Minuit passé et je suis encore debout dans mon bureau, au 42e détage de ce building situé sur la 8e Avenue, là devant la surface vitrée qui m’offre une vue panoramique sur la métropole new-yorkaise by night. Cet après-midi, je venais d’assister à la projection privée du film American Gangster avec mon pote Denzel Washington, dans le rôle de Frank Lucas, un grand boss du traffic d’héroïne durant les années 70 à Harlem. Après le film, j’ai eu plein d’idées qui se bousculaient dans ma tête, avec la nostalgie de mes grands classiques Reasonable DoubtBlueprint,… Je me rassieds sur mon trô… hum, fauteuil massant en cuir, et je dicte oralement avec la commande vocale de mon mac – je suis Jay-Z, je n’écris jamais mes textes – un e-mail groupé à la Carter Administration pour donner rendez-vous demain après-midi, afin de trouver un bon plan marketing pour mon concept d’album inspiré du film de Ridley Scott. Avant de partir, je finis par commander un lot de cigares cubains sur Internet.

18 Septembre 2007, dans les embouteillages, Manhattan, 4 pm.
Le week-end dernier, pour trouver l’inspi, je me suis rematé quelques vieux films et d’autres trucs : Scarface, King of New York, la trilogie Le Parrain, l’épisode 2 de Heroes,… En repensant à mon occulte passé de dealer, je regarde vaguement au travers de la vitre teintée de la Maybach, mon bureau roulant, qui me conduit à mon loft chercher Beyonce. Les affaires reprennent : ce matin, Kanye West battait 50 Cent au Billboard, moi je lui pique la vedette sur son remix de « I Get Money – Forbes 1,2,3 ». Sacré 50, que ce soit dans les charts ou sur le podium des plus grosses fortunes du rap game, tant que je serai là, il sera toujours second ! Mon iPhone© tout neuf sonne sans cesse : des SMS de Rihanna, Diddy me propose de parler projet à sa résidence dans le Connecticut (assez douteux comme rencard), Pharrell veut produire mon premier single, alors que l’annonce officielle de la sortie d’American Gangster devant la presse ne se fait qu’après-demain ! Pour éviter l’entourloupe, je lui ai suggéré mon idée de Blue Magic, avec écrit en majuscule « si tu l’ouvres, je te mets en bonus track! » 

Même jour, Club 40/40, 10pm
Notre chauffeur nous ouvre la porte et B (encore en train de s’affairer sur son immense décolleté) glisse ses cuisses en dehors la première, je la suis de près jusqu’à l’entrée du 40/40. J’aperçois au carré VIP un vieil ami, smoking Versace, cigare en bouche et bouteille de Moët à la main, Beanie Sigel. Lâchement abandonné par ce traître de Dame Dash, depuis je l’ai repris sous mon aile. La soirée passe tranquillement, jusqu’à ce que le DJ Just Blaze balance le bootleg « Ignorant Shit » en plein mix. Damn, mais qu’est-ce que… Je traverse le dancefloor. « What the fuck ? C’est mon exclu! », Just retire un écouteur, et fait mine de rien entendre en levant ses mains comme s’il n’y était pour rien. « On refait ce son à la fin de la semaine ! » Il me fait un clin d’œil approbateur en levant son pouce. Pas sûr qu’il ait bien entendu ce que j’ai dit. Un peu énervé, je reviens vers Beanie : « En studio vendredi ! » Lui non plus n’a pas trop compris. C’est mon côté spontané. Déjà deux titres de prévus sur le tracklisting.

Week-end suivant, Diddy’s Mansion, 3pm
J-20 avant le bouclage de l’album. Puffy me reçoit chez lui pour le petit-déjeuner, peignoir, chaussettes et claquettes d’une marque de luxe. Des restes d’une party bien arrosée décorent sa résidence (bouteilles de champ’ non finies, des strings flottant dans la piscine intérieure, des billets de 100$ qui traînent…). Il est visiblement tout excité de travailler avec moi, m’exliquant – en mâchant deux croissants à la fois – qu’il a gardé tout une collection de samples de soul des seventies dans ses archives et que les Hitmen sont dans le coup. Tout de suite les mauvais souvenirs de Volume 1 refont surface mais ce bougre parvient  à me convaincre de travailler avec son équipe. J’embarque quelques CDs d’instrus sous la main histoire de pas trop traîner, j’ai un BBQ avec Denzel ce soir. Rendez-vous pris en studio la semaine prochaine.

Fin septembre 2007, Studio Daddy’s House, 1am
Toute l’équipe écoute les masterings de mes morceaux enregistrés avec Diddy et Sean C & LV, avec Young Guru mon ingé son. Je ne suis pas peu fier de mes performances et de mes idées qui prennent forme. Mon flow a repris du poil de la bête, inspiré et fluide, sur des productions qui recréent l’atmosphère du film, l’ambiance des 70s, grâce à ces échantillons de Barry White, Marvin Gaye, les Little Beaver, Rudy Love & The Love Family… Les Hitmen ont rejoué les sons en live pour un meilleur aperçu, des backs vocaux ont été rajoutés,… Le rendu est remarquable, il n’y a qu’à s’écouter le soulful « American Dreamin’ », « Sweet » typé blaxploitation, un « No Hook » froid et pluvieux,… pour s’imaginer l’ambiance de mon concept, à mi-chemin entre la bande-son et un album classique. J’ai deux morceaux favoris : « Party Life », super « fly », et « Say Hello » qui illustre clairement mon délire d’American Gangster. Après concertation, « Roc Boys » sera le prochain extrait.

Lundi 8 Octobre, salle de pause de Def Jam, 10pm
J-5. Le week-end était cool, on a fait un dîner entre amis avec Nas et Kelis samedi. Le soir après on s’est fait une séance studio avec Nasir, juste pour se faire plaisir pendant que nos femmes se mataient Desperate Housewives. Les deux kings de NY à nouveau réunis sur un gros son gavé en orgues, ça s’appelle « Success » et c’est signé No I.D. Gobelet de café en main ce matin-là, je regarde mon clip « Blue Magic » passer à la télé sur MTV et BET. Entre temps, je vois des fantômes apparaître sur mon écran LCD pour me dire du mal, comme LL Cool J (un vétéran syndiqué chez Def Jam) et mon ex-partenaire Damon Dash qui se fait de l’argent de poche sur mon dos avec ses copines des Dipset. Mon Blackberry est saturé de messages vocaux : Pharrell (comment a-t-il eu mon numéro perso ? et en appel masqué le salopard) m’a laissé une douzaine de messages en absence avec l’instru de « I Know » en boucle et Jermaine Dupri (qui loge dans cet immeuble) s’est fait sous-traiter un beat avec Bilal. J’appelle ma secrétaire (avec « Umbrella » en guise de musique d’attente le temps qu’elle décroche) : « Marilyn, comment s’appelle déjà ce jeune rappeur trop fan de moi qui se prétend être le ‘best rapper alive’ ? J’aimerai qu’il fasse un morceau sur mon quartier en échange d’un autographe. » Lil Wayne qu’il s’appelle. Entre temps j’appelle Ad-Rock des Beastie Boys pour négocier moi-même le sample qui fait « Hello BROOKLYYYYYYYN ».

Vendredi 12 Octobre, Shawn Carter’s Office, 4pm
Mon album est bouclé à temps. Je soumets la tracklisting à la Carter Administration pour une ultime séance d’écoute. Tout le monde est ravi par cet ensemble cohérent, sans véritables singles, et qui captive par son ambiance au fur et à mesure de sa progression, comme un polar à l’intrigue ficelée. Quelques heures plus tard, les news ont filtré et XXL balançait la tracklisting trois semaines avant la sortie mondiale prévue pour le 6 Novembre. La promo va pouvoir battre son plein, tapis roulants chez MTV et compagnie,… Comment expliquer aux gens ce vilain morceau que Lil Wayne m’a refilé (no disrespect), comment me prendre au sérieux après avoir bossé avec Diddy (no offense),… Ce furent les questions de ce débriefing. Mais avant d’aller voir les médias et la presse, je dois aller voir mon tailleur pour me refaire ma garde-robe. Tournage du clip de « Roc Boys » la semaine prochaine.

Mardi 13 Novembre, Apollo Theatre, 10pm
Je suis le King, assurément, en égalant le record d’Elvis Presley. Et dire qu’il y a quatre mois encore, je devais expliquer à la sécu que je n’étais plus à la retraite (ils ne m’ont pas vu venir ce coup-là). Et là j’y repense : quelle super idée j’ai eu de m’inspirer d’American Gangster pour en profiter pour sortir un nouvel album… Artistiquement et commercialement, c’était un sacré bon plan. La réalité me rattrape vite, je jette furtivement un œil au set de ce soir pendant que DJ Clue chauffe la salle. J’entends que les gens m’appellent, le public me réclame. Je mets mes les lunettes de soleil, allume mon micro, et monte sur scène sans plus attendre. Great Hova.

– D’après une idée originale de Raging Bull –

(chronique écrite le 15 Novembre 2007 sur Rap2K.com)

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