Phat Kat « Carte Blanche » @@@@1/2


Depuis la disparition tragique de J Dilla, la scène underground de Detroit unie dans le deuil se serre les coudes pour combler le vide laissé, ce qui se traduit par un foisonnement de sorties d’artistes rappeurs ou producteurs qui l’ont connu ou côtoyé, afin de perpétuer l’héritage musical qu’il nous a légué. Évoluant dans l’ombre des Slum Village, Phat Kat aka Ronnie Cash fait partie de ce groupuscule qui a longtemps gravité autour de Jay Dee (depuis Welcome 2 Detroit pour être précis), et par conséquent de ces privilégiés qui bénéficient de ses instrumentaux posthumes tant convoités. S’ajoutent à la réalisation de son second album, Young RJ et le rookie Black Milk (formant à eux deux les BR Gunna), ainsi que Nick Speed. La crème des orfèvres que la ville natale de la Tamla Motown ait pu enfanter si l’on puit dire.

 

Le résultat ne se fait pas prier, autant le dire d’emblée, Carte Blanche est une grosse ogive sortie tout droit des trottoirs et coins sombres de Motor City. La première partie du disque est massive et dévastatrice, particulièrement « My Old Label » et « Cold Steel » avec un Elzhi époustouflant comme d’habitude, jusqu’à « Vessels » où se mélangent le coffre puissant de Truth Hurts au refrain et le flow hardcore de Phat Kat. Verbalement, le MC manie les jeux de mots avec aisance et le mot ‘concession’ n’a pas sa place dans son vocabulaire, jonglant sur des productions en béton armé. Car en plus d’apprécier les derniers travaux de J Dilla, ses autres disciples (notamment Black Milk dont certains voient en lui son digne successeur) assurent la relève, chacun apportant ses contributions de haute facture. Les beats sont lourds, les basses amplifiées caractéristiques, sur lesquels s’accordent des mélodies oppressantes, des ambiances pesantes et glaciales, la meilleure démonstration étant « Nightmare » en duo avec Guilty Simpson. Les seuls instants de douceur se résument à « Lovely », accompagné par la charmante voix de Melanie Rutherford, histoire de montrer une autre facette de Phat Kat autre que son cœur de pierre goudronné. Il s’agit là d’un rare exemple réussi de morceau hip hop viril contourné par du r&b.

 

Intuitivement, le spectre de J Dilla planant au-dessus de Carte Blanche aurait pu nous faire croire qu’il était question ici d’un Nième hommage au producteur défunt. Oui et non, Phat Kat ne pleure pas son ancien ami le long de l’album, la façon la plus honnête pour lui de faire honneur à la mémoire de Dilla étant d’utiliser à bon escient sa musique en concevant un album plus que solide et brut, grâce à son style félin, à la fois instinctif, incisif et maîtrisé.

 

(chronique écrite le 2 Mai 2007 sur Rap2K.com)

Une réflexion sur “ Phat Kat « Carte Blanche » @@@@1/2 ”

  1. Album Gigantesque.
    Je trouve qu’il n’a pas pris une ride depuis sa sortie.
    Malheureusement je crois qu’il n’a jamais sorti d’autre album après celui-ci.

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