Fin octobre 1995 sortait Dogg Food du Dogg Pound. Le Dogg Pound, ce sont deux types de L.A.: Kurupt, un cracheur de rimes hors-pair originaire de Philadelphie, et Daz Dillinger (ex Dat Nigga Daz), cousin de Snoop Doggy Dogg, rappeur et producteur non-crédité chez Death Row, le sulfureux label rouge sang sur lequel ils étaient signés. Le Dogg Pound fait parler d’eux très tôt sur les sorties estampillées du dessin de l’homme sur la chaise électrique : séparément sur The Chronic, puis réunis sur Doggystyle par Snoop. Impossible de les louper sur ces deux oeuvres légendaires qui ont régulé le gangsta rap de Los Angeles au début des années 90.
On est en 1995, le G Funk domine le rap game malgré la forte résistance du côté de New-York City. Pire, la Westcoast entre en guerre contre la côte East avec leur boss Suge Knight à la manœuvre contre Bad Boy Records, 2Pac venant de se jeter dans la bataille couteau entre les dents et voilà le clip provocateur de « New York New York », venus pour tout casser. Les ingrédients? Des textes rap crus comme de la viande fraîche, mélange d’argent, de weed, de crimes et de violence, de cul sans protection, sur des prods conçues par Daz (et DJ Pooh un peu). C’est criminel et explicite, pour ça que ça plaît tant. Dr Dre? Il mixe ces ingrédients avec maestria. Snoop q? Il veille sur la mauvaise graine nonchalamment comme un bon parrain. Officieusement, c’est le 3e homme du groupe.
C’était ça la mentalité de leur gangsta-rap, celle de chiens de la fourrière, agressifs et en rut, prêts à mordre pour survivre dans leur « Reality » qui nous paraît surréelle, fidèles aux Crips jusqu’à la mort (sur label dirigé d’une main de fer par un Bloods…, AMBIANCE). Dogg Food sort quasi du même moule que The Chronic et Doggystyle, et mérite sa place à côté de ces chefs d’oeuvre, ne serait-ce que pour « Let’s Play House », « I Don’t Like To Dream About Gettin Paid » avec l’immense Nate Dogg, « Smooth »… On enchaine bombe sur bombe (« ass p**** », musique de boule ce track). « Let’s Play House » que le rappeur YG samplera vingt ans plus tard (manifestement très inspiré par le son du DPG…). Merci au toucher de clavier unique de Daz qui fera après le départ de Dre quelques belles heures de Death Row (sur All Eyez On Me, Tha Doggfather notamment). Avec « So Much Style », la conclusion bien stylée, c’est le cas de le dire.
Autre note : les vrais faux-interludes radio de DJ EZ-Dicc (disparu en 2016) pour l’émission radio W Ballz, un personnage récurrent sur les grands albums de rap westcoast (en général, c’est bon signe quand il apparaît dessus). Score: n°1 des ventes à sa sortie, double-platine pour ce dangereux duo en à peine 3 mois, sans support de la maison de disque Interscope. Dogg Food a mis la pâtée au rap game. Et Death Row régnait sans partage avec Suge Knight, main de fer dans un gant de velours…
LA NOTE : 20/20


Postez vos avis!