Outkast « Speakerboxxx & The Love Below » @@@@@©


Les Outkast ont mis les pieds dans un sanctuaire réservés aux demi-Dieu de la musique, celui du panthéon de la black music, rejoignant bien entendu les légendes du rap mais aussi de la soul, du jazz et du r&b. Depuis 1994, ils ont osé révolutionner et expérimenter un hip hop dont les ouvertures et les possibilités d’évolution quasi infinies leur ont permis de progresser de façon exponentielle d’album en album, avec à chaque fois des scores de ventes croissants pour compenser le risque entrepris.

Cette fois, ils sont allés très haut, très loin, jusqu’aux confins de la galaxie. Les Outkast se sont dédoublés pour livrer deux galettes magiques, regroupés sur un double album qui n’en pas réellement un. En réalité, le concept est plutôt l’alliance de deux albums des deux artistes respectifs : Big Boi et Andre3000. C’est un compromis jamais-vu, car à la base, cela devait être leurs deux albums solos, prévus chacun de leurs côtés. Mais au final, par un coup marketing ou idée lumineuse, il nous a été plus jouissif de nous faire profiter de ces deux opus sous un seul nom, une seule unité, l’un des meilleurs albums de hip-hop de ce troisième millénaire : Speakerboxxx & The Love Below des Outkast, premier album rap au monde sacré Album of the Year 2003 aux Grammy Awards et disque de diamants aux Etats-Unis.

Passons en revue le premier disque qui n’est autre le chef d’oeuvre de Big Boi, Speakerboxxx. D’emblée, l’introduction est surprenante et annonciatrice du contenu de l’album : un mélange de rap et de funk d’avant-garde à la sauce sudiste. C’est aussi la réunion de deux époques : un hommage au passé (avec l’usage de l’indémodable boîte à rythme 808) et au futur, puisque Big Boi garde un train d’avance sur la production actuelle (même encore de nos jours). Andre3000, Mr DJ et Boi lui-même ont produit dans sa Boom Boom Room cet album assez inspiré de leur classique Aquemini. Les invités de renoms : Jay-Z, Killer Mike, CeeLo, Sleepy Brown, Ludacris et Lil Jon. Speakerboxxx démarre par une accelération foudroyante avec ce fameux uptempo de génie « GhettoMusik« , avec ce beat ultra-speed, électronique, saturant les tympans autant que leur bombe « B.O.B.« , avec quelques zones de ralentisseurs lorsque les ponts de sample de Patti Labelle viennent adoucir par moments cette décharge sonique. On en re-demande !

Speakerboxxx alterne rap aux tendances rock (« The Bust« , le tube « Flip Flop Rock » avec Jay-Z et Killer Mike au mic) et tempos sudistes accrocheurs grâce aux bombes « Temple Of Boom » featuring Konkrete, Big Gipp et Ludacris, et le crunk « Last Call » avec le fou furieux Lil Jon et ses Eastside Boyz. De quoi faire péter les subwoofers. Changement de décor, avec des ambiances soirées chics et festive sur fois d’instruments cuivrés avec le hit glamour plein de swag, « The Way You Move« , et « Bootie« , Big Boi accompagné de son serviteur, le crooner Sleepy Brown, ou à l’inverse introspective avec le très mélancolique « Reset » avec Cee-Lo et Khujo des Goodie Mob. Big Boi impressionne par son flow, sa versatilité et son écriture, capable de traiter de la mésentente d’un couple avec plus ou moins d’humour (« Unhappy » et « The Rooster« ) , ou de se poser de question sur sa propre existence sur le très funk bien gras « The Church« . On décoche aussi un sourire lorsqu’il fait rapper son garçon Bamboo sur l’interlude du même nom.

Premières conclusions : Big Boi place la barre très haute avec cet album excellement exécuté. La preuve que cet homme à lui seul peut faire évoluer le genre sans l’aide de son alter égo Andre, sauf à la production afin de conserver leur univers musical si grandiose. La démonstration est parfaite, la concurrence atomisée, Speakerboxxx est une référence haut de gamme en matière de Hip Hop Dirty South.

Diagnostiquons à présent, The Love Below d’Andre 3000. 19 titres géniaux et ultra-originaux avec pour thème principale une histoire romantique, celle d’une personne en mal d’amour qui finit peut-être par la retrouver de la manière la plus imprévisible qui soit. Imprévisible d’ailleurs, c’est ce qui nous arrive aux oreilles. Des morceaux tous aussi différents et extraordinaires les uns des autres, où se déroule une love-story riche en rebondissements, aux frontières du Hip Hop les plus extrêmes qui soient! Tous les genres y passent, dans le désordre : jazz, électro, rap, soul, blues, voire genre totalement inconnu, catégorie alien. Et autre remarque importante : Andre chante sur la majorité des chansons, et même très bien, pouvant changer facilement d’intonation et jouer avec sa voix. Cet artiste est le plus incroyable que l’on puisse connaître, avec un don d’écriture inné, doué de romantisme, de philosophie et de poésie, quitte à la comparer à Michael Jackson ou Prince, sa source d’inspiration.

Suivez la flèche du cupidon flingueur de « Happy Valentine’s Day » et vous trouverez l’amour pendant des ballades magnifiques qui sortent de l’ordinaire (« Prototype« , l’acoustique « Take Of Your Cool » en compagnie de la charmante Norah Jones). Les sonorités étaient absolument inédites à l’époque et plus que jamais actuelles, futuristes mais pas trop, expérimentales en étant accesssibles à tous, avec un côté rétro pas du tout kitsch, pour ensuite varier selon les plaisirs : sensuellement funky fresh comme ce « Behold A Lady » et populairement entraînantes, il suffit de voir comment a cartonné le tube universel « Hey Ya« , ou alors tribale et orchestrale tel que « Pink & Blue« . Andre 3000 est époustouflant de créativité, il se crée même des personnages musiciens comme Johnny Vulture. Et si à l’époque les rumeurs parlaient d’une séparation, les deux Outkast se rejoignent pour parler de ces « Roses » qui n’en ont pas l’odeur mais seulement la couleur.

De son imagination à la création, il n’y a qu’un pas long d’une année-lumière. On tombe sous le charme de « Vibrate » et son beat inversé, apportant un côté mystique à cette chanson sur le rôle de l’homme sur Terre, « She Lives In My Lap » avec ses scratches des Geto Boys et la participation de l’actrice Rosario Dawson pour raconter l’histoire d’un couple qui s’attire et se repousse en même temps, le pluvieux « She’s Alive » qui précède le conte funèbre « Dracula’s Wedding » featuring Kelis. Et ce n’est pas terminé puisqu’il se prend la peine de revisiter « My Favourite Thing » de John Coltrane à la sauce drum’n bass… Pas étonnant que l’auteur de The Love Below conceptualise Dieu comme une femme.

Cet album s’achève par l’unique morceau rappé d’Andre, « A Day In The Life Of Benjamin Andre« , le récit incomplet de son autobiographie, du début des Outkast à 2003 en passant par sa relation avec Erykah Badu. Cette personne est un visionnaire qui a inspiré toute une génération de hipsters, The Love Below est un album à part dans l’industrie du disque, une démonstration de pur génie musical.

Pour la conclusion, il vous suffit de relire l’introduction. Les mots manquent pour parler de ce grand classique de musique urbaine contemporaine.

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