Chroniques Rap, Soul/R&B, Electro…

Redman « Muddy Waters too » @@@@


L’arlésienne. Quinze ans de processus, d’attente, d’annonces ‘coming soon’ chaque année, de reports incessants, au point qu’on n’y croyait plus trop, qu’on se disait que ça ne serait pas grave si finalement ça finit dans une armoire. Beaucoup de rappeurs se sont cassés les dents en voulant réaliser la suite digne de ce nom d’un de leur grand classique. Très peu y sont parvenus, on pense en premier à Raekwon avec Only Built For Cuban Linx 2, et sans 100% de RZA à la prod. La pression de fou que ça peut foutre. Mais Redman, 54 ans, n’a jamais baissé les bras, n’a jamais renoncé à mettre sa carrière entre parenthèses, il n’a jamais lâché le micro comme il n’a jamais lâché la weed. Et Muddy Waters too, arrivé pile pour Noël 2024, été accueilli tel un heureux événement.

Un très généreux cadeau même : 1h21 de musique, ça rentre pas dans un CD (80min maxi). Mais on s’en fout c’est génial, cet album existe, les petits joies simples de la vie. Red a même réactualisé la pochette de Muddy Waters version plus ou moins 2024, la même pose à l’étage d’une baraque mal entretenue mais moins boueuse, avec un écran plat à la place de la vieille TV cathodique. En 2015 il avait sorti le petit album MudFace pour faire patienter mais rétrospectivement la frustration n’en a été que plus forte. C’est presque un soulagement de voir que son objectif a été atteint, enfin. « Da Fuck is Goin On » et « Whuts Hot » rassurent immédiatement, Redman qui sans effort montre qu’il n’a pas rasé les poils de la bête. C’est comme si on reprenait directement depuis son solo de 2007 Red Gone Wild (on oublie la daube presents Reggie en 2010), sauf qu’il s’est écoulé 17 piges (putain). C’est bête, mais revoir tous ces skits, son orthographe du tracklisting bien caractérstique, ce sont des petits riens et ça fait vraiment plaisir, il me suffit de peu.

Cela va être un peu long de passer en revue les 32 (!) pistes (et encore il y a eu plein de titres mis de côté…) donc je vais essayer de revenir sur quelques moments forts. La première constatation qui a peut-être un peu calmé mes ardeurs était le fait que Erick Sermon n’était présent que sur une seule prod (« Dont You Miss » qui fait appel à notre amour passé pour le hip-hop), alors qu’il était le responsable de l’ambiance sonore emblématique de Muddy Waters ‘un’. C’est ce bon vieux Rockwilder qui le remplace et partage les prods avec Reggie Noble. Notre ancien hitmaker s’avère être un très bon choix car il dynamise l’album partout où il passe, à commencer le single « Jersey » (avec ses influences house music), le festif « Hood Star » (en compagnie de madame Faith Evans svp) ou bien « Pop Dat Trunk ». Mais Redman pète la forme également sur le très cool « Dynomite » (feat Sheek Louch) et « Booyaka Shot ». Il a même son freestyle « Dont Wanna C Me Rich » avec ce sample de « Lucien » des Tribe Called Quest remanipulé par le confidentiel Theory Hazit.

Parmi les gros titres, on peut citer le cypher « Lite It Up » avec des anciens comme Naughty By Nature, l’ex-star de la NBA Shaquille O’Neal, Lords of the Underground, Artifacts mais aussi des anciennes comme Heather B, Rah Digga, Queen Latifah et Lady Luck. La parité est respectée. Pour faire old school à donf, l’intro de « Rappers Delight » est passé en boucle (le sample s’arrête avant la basse). Ce mec a la même faim et la même énergie qu’à ses débuts, son humour et sa franchise habituelle. En parlant d’humour, que ça fait plaisir d’entendre le personnage de DJ Say Whaaat?? et ces skits drolatiques, deux en particulier. « Obama Stick Up » sur lequel le comique Affion Crockett incarne l’ex-président americain commettre un hold-up en plein speech et « My Weed’s Been Taken » qui est un pur sketch court. Pour compléter le tableau, impossible de faire un album de Redman sans Method Man (« Lalala »), ni sans « Soopaman Luva », episode 7. Prêt à tout pour sauver la veuve dont le mec n’a pas encore claqué : « if Donald Trump kidnap you/I’ll kill him » avant de venir à la rescousse de… Michelle Obama. Du pur délire. Autre chose à rajouter : Snoop Dogg (qui retrouve une fois de plus le Funk Doc pour parler « Kush »), KRS-One, une prod de Rick Rock…

L’information principale est que Redman reste 100% fidèle à lui-même, présent pour ses fans et il a grave assuré sur cette suite. Il nique tout, ça change pas. C’est juste ce qu’il nous fallait et j’en suis très très content. Trop vieux? Pff. Au final, ça valait la peine d’attendre tout ce temps. C’est comme si on arpentait des rues que l’on a pas visitées depuis des lustres, ces endroits où l’on a usé nos semelles par le passé et avait nos habitudes. Bon, maintenant, on fait quoi? Blackout 3? How High 2? Allez les gars, on y croit.

LA NOTE : 16,5/20

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