J’avais dit que je reformaterai quelques-uns des threads que j’ai pu écrire sur Twitter et Bluesky. Ce qui ne me semble pas une mauvaise idée dans la mesure où cela permettra de rendre plus accessible mes écrits.
Quel est le meilleur album solo de Redman? Et pourquoi son troisième, Muddy Waters? Retour-rapide de la VHS le 10 décembre de l’an de grâce mille-neuf-cent-quatre-vingt-seize. Une année de transition pour le rap, entre l’âge d’or et une ère de platine, plus mainstream. A cette époque, Redman était la vedette de chez Def Jam, avec son frangin d’une autre mère Method Man, LL Cool J et le californien Warren G. Le célèbre label n’était pas en grande forme financière et Redman n’était pas le plus vendeur du catalogue. N’empêche, ses premiers disques Whut?? Thee Album et Dare iz a Dark Side étaient certifiés classiques (et or, accessoirement). Et ce sera aussi le cas de Muddy Waters.
Muddy Waters qui n’est pas une référence au chanteur de Blues, zéro lien. Muddy Waters c’est pour les hip-hop heads THE ALBUM de Redman, son classique, de par son style, sa texture musicale, tout ce qui fait qu’on kiffe ce rappeur, qui est aussi le rappeur préféré de grands MCs comme Eminem et Black Thought. Comme ses précédents opus, c’est le rappeur-producteur Erick Sermon, moitié des légendaires EPMD, qui réalise le gros de l’album avec des basses bien grasses qui font ronronner les enceintes. L’autre ingrédient de l’album, le doux parfum de la weed. D’ailleurs si vous en trouvez un sachet parterre, « Pick It Up » sans scrupule.
C’est aussi l’album par où la longue amitié avec Method Man va débuter. On voit apparaître le rappeur du Wu-Tang dans le clip du très funky « Whateva Man » en mode Blues Brothers du ghetto. Mais pas en featuring! Pour ça, c’est sur « Do What You Feel » que ça se passe, sur un instru signé… Pras Michael des Fugees (source : crédit de l’album). Toute la personnalité de Redman s’exprime pleinement sur cet album emblématique, y compris son humour qui se traduit par de nombreux skits qui deviendront sa marque de fabrique made in Brick City. D’autres rappeurs suivront plus tard son exemple, notamment Ludacris.
Les beats sont infectés par la funk et le rappeur du New Jersey nous régale avec son flow et ses métaphores comme sur « Rock Da Spot », « Da Bump » et « Yes Yes Y’all ». Il produit aussi la track « Creepin » qui préfigure déjà le style de son futur produit Doc’s Da Name 2000. Impossible d’esquiver la collab avec le Def Squad (le trio qu’il forme avec E Double et Keith Murray), ni les mésaventures de ce coquinou de « Soopaman Lova » (episode III), qui reprend le même sample que « One Love » de Nas. Pour « Smoke Buddah » le sample est naturellement celui de « Mary Jane » de Rick James, ça se sniifffff… euh, sent très vite.
A noter aussi deux productions de Rockwilder (dont le très bon « Case Closed »). C’était bien avant qu’il fabrique des bangers en-veux-tu-en-voilà sur mélodies de synthés et devienne le hitmaker de la bombe atomique « Da Rockwilder ». Vraiment, c’était un autre style en 96. Vraiment Muddy Waters est un pur kif auditif qui sent à plein nez le chanvre et les bouches d’égout des rues rouges de New Jersey City. Et je ferai tourner volontiers mon CD à qui veut l’écouter, comme on passe un oinj pour faire profiter les potes.
La note : 19,5/20


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