Chroniques Rap, Soul/R&B, Electro…

Lloyd Banks « The Course Of The Inevitable 1, 2 & III » @@@¾


Y a-t-il une vie après le G Unit? C’est vrai qu’aujourd’hui, le groupe de 50 Cent n’est plus qu’un lointain souvenir, histoire folle d’une ascension fulgurante et de la dégringolade tout aussi vertigineuse d’un empire. La carrière de 50 est en stand-by indéfini, préférant se tourner vers la télévision et sa série Power qui cartonne. Sans leader, plus de G Unit, c’est aussi simple que ça. Suite à quoi, Lloyd Banks a quitté la formation en 2018, après 15 ans de loyaux services au moins. L’occasion idéale pour lui de repartir de zéro en indépendant et confronter son talent à l’épreuve du temps et à armes égales de ses pairs. Passant le cap de la quarantaine, le rappeur du Queens s’est lancé dans une trilogie qu’on a accueilli à bras ouverts et au nom évocateur : The Course of the Inevitable.

Il aurait pu disparaitre du système comme Young Buck ou pantoufler comme Yayo mais non, Banks n’a pas raccroché le micro, il est trop passionné. Avant de me lancer dans la réécoute des trois albums d’affilée, je m’étais dit que deux paragraphes par album seraient nécessaires mais en les réécoutant à la suite, c’est tellement constant et homogène que parler de la trilogie dans son ensemble fait sens. Le premier volet paru en 2021 montre une photo de la main de Lloyd Banks papa tenir celle de sa petite fille. Les priorités du rappeur ne sont plus celles de Lloyd Banks dans sa fougueuse vingtaine, le succès et les projecteurs font partie du passé, aujourd’hui il faut continuer d’exister, de travailler, de montrer qu’il a toujours faim, parce qu’il faut bien se nourrir. La réputation demeure mais le compte en banque se remplit moins vite que dans les années 2000.

C’est d’ailleurs cette réputation qui lui a permis d’attirer vers lui les rappeurs les plus dangereux de l’underground actuel, comme Roc Marciano, Freddie Gibbs, Jadakiss et Styles P (la hache de guerre est enterrée avec les D-Block et c’est super cool), Dave East, 38 Spesh, Ransom ou ce vieux briscard de Method Man. Personne ne sera étonné de voir quelques personnalités de la clique de Griselda comme Benny The Butcher et Conway, eux qui se sont bien inspirés du G Unit pour lancer leur came. D’ailleurs le type de prods bien boom-bap new-yorkais rappelle pas mal le style de prods de chez Griselda, ce côté sombre comme son timbre de voix, et c’est comme ça tout le long de ces 4e, 5e et 6e albums solos. L’ambiance actuelle n’est pas au beau fixe faut dire. Cartune Beatz est l’artisan derrière la majorité des prods et il s’en tire avec les honneurs, bons travaux. L’ensemble est très cohérent, Banks a su choisir ses prods pour avoir divers types de samples ou de vibes, et proposer différents flows pour la passion du sport.

Avec COTI (pour abréger), Banks remet toute sa crédibilité en jeu et parvient à la reconquérir sans trop de problème grâce à son écriture et une constance infaillible. Ses efforts paient et sans avoir besoin de faire un banger par-ci ou un cross-over r&b par là (« Fell In Love » est le maximum qu’il ait fait dans le style). A aucun moment il ne cède à cette tentation, Lloyd reste concentré sur sa trame très street, des thèmes à la mode, le traffic tout ça, avec un mental d’acier. Il aurait mérité d’avoir d’autres pointures de la prods à ses côtés (je pensais même à DJ Muggs, Daringer, Alchemist), néanmoins saluons son choix de donner sa chance à des prodos méconnus qui le resteront certainement. Et comme je disais plus haut, il y a de belles choses qui ressortent, même de la noirceur.

L’intervention de Tony Yayo qui arrive comme une tape sur le dos fait plaisir même s’il donne plus l’impression d’un tonton bon à raconter des anecdotes. Il y a beaucoup de densité dans ces presque trois heures de rap (réparties sur deux ans), une solide trilogie dont le point finale se conjugue avec une légende du Queens, Cormega. Lloyd Banks ne sort pas des albums souvent mais quand il le fait, il ne fait jamais les choses à moitié et c’est ce qu’il vient de parfaitement démontrer. Quand on écoute les trois The Course of the Inevitable d’affilée, et qu’on ressort l’esprit dur et maussade, on ne peut qu’imaginer le résultat s’il avait voulu upgrader les instrumentaux.
LA NOTE : 15/20.

Postez vos avis!