Mac Miller « The Divine Feminine » @@@@


Les rappeurs blindé de thunes n’ont plus le temps de parler des difficultés de la vie, que ce soit dans les quartiers ou dans une famille sans le sou, des efforts à fournir pour s’en sortir, etc… Avec un ascenseur social menant vers les sommets, leur lifestyle change du tout au tout avec les chiffres qui s’accumulent sur le compte en banque. Comme le disait Rakim « Hip Hop ain’t where you from, it’s where you at ». Et quand tu te trouves à toucher les nuages, subitement devenu capitaliste ultra-libéral, ce sont les mêmes sujets qui viennent, ces réponses à « que vais-je faire de toute cette oseille » : acheter des grosses bagnoles de luxe, inviter des postbad instagrameuses et parler d’amour/sexe. Le rappeur de Pittsburgh Mac Miller y consacre tout son quatrième album, se sentant l’âme d’un poète transi d’amour, tel un Julien Clerc casquette à l’envers chantant « wesh meufs, je vous kiffe« .

Dans un contexte où la lutte contre le sexisme et les inégalités hommes/femmes deviennent un réel enjeu social, il fait bon pour certains mâles de rétrécir leurs burnes et d’avoir un tant soit peu une part égale de considération envers le sexe opposé, notamment dans le rap qui est plutôt dont les textes souvent misogynes et homophobes sont pointés du doigt. Plutôt que d’entrer dans de vains débats, quelques-uns ont répondu par l’Amour. Andre 3000 a été le premier à faire le grand saut avec The Love Below il y a treize ans, et voilà qu’aujourd’hui Mac Miller se prend à son tour une flèche dans la fesse gauche et découvre qu’entre ses poumons, il y a un muscle qui bat la chamade à chaque fois qu’une belle femme rencontre son chemin et injecte son corps caverneux de sang quand celle-ci n’est pas très habillée au détriment de l’irrigation du cerveau. Résultat, il a conceptualisé un album où il met « la chatte sur un piédestal ».

Les premières secondes d’écoute de « Congratulations » semblent indiquer que nous approchons les portes du paradis, quand Mac Miller se met à chanter son amour, emporté par ce lot de sentiments qui le rendent à la fois léger et confus. Piano, violons, Bilal, que faut-il de plus pour succomber au charme de ce titre d’ouverture? La réponse sur le titre suivant, le single « Dang! » qui charme avec les lyrics d’un Malcolm désarçonné prêt à tout pour désamorcer les situations amoureuses parfois compliquées, la voix d’Anderson .Paak et l’instrumental soul/jazz/house signé POMO. Pas de doute que la vibe lounge permettra une réconciliation sur oreillers. « Stay » avec son groove chaleureux (avec les trompettes qui rappellent le projet Surf de Chance the Rapper) et l’érotique « Skin » (produit par le très talentueux JMSN) valent plus que la plupart des titres de r&b à la mode, c’est dire à quel point le cross-over est réussi. Et il va plus loin encore en s’aventurant dans la nusoul avec « Planet God Damn« .

Un point à mi-parcours pour affirmer, et tout le monde sera d’accord là-dessus, que le choix des invités est au poil. C’est aussi certain que ce  sentiment que Mac Miller n’est pas loin de bailler pendant qu’il rappe (à moins ce que ce soit l’inverse). Les incontournables Anderson et Kendrick Lamar, dispo sur le dixième et dernier titre (Bilal lui aurait-il donné des cours de chants pour « God is Fair, Sexy Nasty« ?), le trappeur bluesy Ty Dolla $ign qui complète comme il faut le  « Cinderella » (produit par un DJ Dahi inspiré au point d’achever par un solo de guitare électrique, le coup classique pour mettre de l’intensité), le mystique Cee-Lo sur « We » dont la touche Dungeon Family imprègne toute la soul de cette chanson… Toutes leurs contributions ont un caractère essentiel, même sa petite amie Ariana Grande ne tue pas la vibe de « My Favorite Part« . Il y a ceux que l’on entend, et ceux qu’on ne voit pas mais qu’on peut deviner derrière les instrus. En dehors de ses collaborateurs habituels (les I.D. Labs, Frank Dukes…), JMSN est éclatant, c’est une chose, mais entendre les claviers de Dam-Funk sur « Soulmate« , c’en est une autre de bien plus enthousiasmante.

Les dernières minutes donnent la parole à la mère de Mac Miller pour parler de l’amour qu’elle a voué à son mari, une façon de boucler la boucle et donner la morale de l’histoire. Pour le fond, Mac Miller n’est pas devenu féministe, The Divine Feminine révèle chez lui ses défauts inhérents aux individus mâles, mais il y travaille. En soi le concept du thème de l’amour sous différentes coutures n’est pas l’idée du siècle de la part d’un rappeur, c’est surtout très bien exécuté, cohérent et fort plaisant. Prévu pour toutes les saisons, The Divine Feminine est un album qu’on aime un peu, beaucoup, passionnément…

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