Capone-N-Noreaga « The War Report 2 : Report The War » @@@@


Les audiences de Channel 10 lancé l’an dernier par Capone-N-Noreaga après neuf années de séparation (ponctuées par autant de street-albums foireux et de balais derrière les barreaux pour Capone) n’ont pas été au beau fixe. Le plus important était de passer le message selon lequel le duo de LeFrak est sorti de son silence radio avec un album satisfaisant.

Pour booster leur médiatisation, les C-N-N se sont associés avec H2O Records, à travers la personne estimable de Raekwon, et même Busta Rhymes pour livrer la séquelle de leur classique War Report. Sachant que Raekwon, co-producteur exécutif de War Report 2 donc, avait réussi haut la main son pari avec Only Built 4 Cuban Linx 2, j’étais en droit, en mon coeur de puriste, d’en attendre autant de Report the War (le sous-titre de ce 4e LP) de Capone et Noreaga, au moins à la hauteur de l’engouement suscité par cette suite très anticipée.

Entreprendre la suite d’un classique est un exercice périlleux. D’abord, un classique n’est pas forcément un album parfait, il faut des paramètres aléatoires comme le contexte de sa sortie, la réputation des protagonistes, à fortiori les retours des critiques et surtout cette capacité à marquer les esprits. Mais pour qu’une suite soit digne, il suffit de revenir aux fondements, aux bases. C’est le point crucial. Il est évident que le Hip-Hop d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui des années 90, Capone & Noreaga ont fait du chemin depuis et pas forcément dans les bonnes directions (d’ailleurs ça a duré combien de temps le mouvement reggaeton?). Ce que je veux dire concrètement, c’est qu’on ne peut pas recréer artificiellement les conditions du premier classique, c’est impossible.

Mais bon, on se remonte les couilles, on sort dans la rue, on sort les crocs, on lâche des beats meurtriers qui plantent le décor de briques et de béton et c’est reparti comme en 40. Re-bienvenue dans le Queens, au coeur de l’information, comme si ce quartier sensible de New-York nous était dangereusement familier. C’est d’ailleurs un habitué de QB, Alchemist, qui démarre les hostilités avec « Pain ». L’atmosphère est lugubre, peu salubre, tendu, on attendait pas moins du beatmaker qui transforme du bitume en or. J’avais fait remarquer dans la chronique de Channel 10 (http://wp.me/pgdzR-In) que les deux partenaires de rime ont rehaussé leur jeu lyricalement parlant, là ils sont revenus à leur meilleur niveau depuis… The Reunion quoi. Scram Jones prend la relève et ses sons font froid dans le dos, la connexion avec les Lox sur « Bodega Stories », errant tous les cinq dans une ambiance glaciale, et « Dutches vs Phillies vs Bamboos » featuring Raekwon, très hood également avec un sample de voix tremblante et fantômatique que Stoupe n’aurait pas renié. Tout est véritablement hood-centré comme le répète Nore sur « My Attributes ».

La liste des feats est assez prestigieuse pour un album mais l’heure est loin d’être à la fête. Bien sûr il y a des semblants de tracks mainstream comme « Hood Pride » avec Faith Evans et « The Corner » feat Avery Storm mais qui n’enlèvent en rien le fond et la lourdeur des beats. Raekwon est présent à trois reprises, normal c’est lui qui produit mais ce n’est pas une raison pour faire des couplets au rabais. Quand Rae s’investit comme sur « The Reserves » (prod. Tha Bizness) ou « Dutches vs Phillies vs Bamboos », il se donne comme s’il remettait ses talents de emceeing en jeu. « The Oath » est l’une des plus grosses bombes de l’album, l’association avec Rae et Busta Rhymes est mortellement mafieuse. Et peu importe si la présence de Nas sur « With Me » est là comme pour présenter comme une unité de façade (si on veut vraiment être mauvaise langue), on ne boudera pas notre plaisir de cette réunion entre habitants du Queens sur une prod typique de cette banlieue, tout comme « Thug Planet » avec Imam Thug et Musaliny.

Maintenant, quand j’écoute les C-N-N entre eux (« Favor for a Favor », « Live On Live Long pt2 », « Scarface » et les repentances sur les tombes des disparus sur « Obituary »…) je n’ai plus cette image ridicule de Noreaga dans ses clips reggaeton et ses rimes sans inspiration et cette appréhension du travail mal foutu de Capone comme pour ses street-albums. Quand les C-N-N parlent du hood de manière sérieuse, ça ne rigole plus, on ne danse plus et leur crédibilité regrimpe en flèche. En tout cas ils pourront remercier Raekwon et Busta pour les avoir dirigé. The War Report 2 est 100% street et rien d’autre, une suite digne, du rap authentique, bien que je ne le classe pas comme un ‘classique’. Hé non, ce n’était pas qu’un effet d’annonce finalement.

Un commentaire Ajouter un commentaire

Postez vos avis!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.