Cormega « Born & Raised » @@@@


La patience est la mère de toutes les vertus me dis-je souvent quand je ronge mon bureau. Cet album solo de Cormega était tellement attendu qu’on l’avait presque oublié sur la liste d’attente. Parce qu’entre The True Meaning et Born and Raised il s’est écoulé quand même sept longues années et qu’entre temps Mega s’est éparpillé entre divers projets : la compilation de son label Legal Hustle,l’édition de son premier enregistrement The Testament et le DVD de Who Am I avec sa bande-son. La sortie de ce disque s’est faite sur le tard et l’annonce de l’arrivée au dernier moment forcément ça n’aide pas. Pas de souci, il suffit de regarder le prestigieux casting de producteurs : DJ Premier, Large Professor, Pete Rock, L.E.S., soient les producteurs de Illmatic ! Je continue : Easy Mo Bee, Havoc, Nottz, Ayatollah, DR Period, Khrysis et Buckwild… Presque tous des monstres sacrés du beatmaking qui ont largement contribué à la splendeur du hip-hop des années 90. Comment rester patient avec un tel arsenal et un MC surdoué ?

L’avènement de cette troisième venue vous est présenté dans une double introduction par une Légende du Hip-Hop, le vénérable Marley Marl. Ce n’est pas tous les jours que le fondateur de Cold Chillin’ se déplace pour supporter un des meilleurs représentants des projects du Queens. Cormega a toujours su rester fidèle à sa banlieue, en relatant les faits et méfaits qui s’y produisent avec son flow léger et agressif, et des textes jamais surréalistes. Dans cette optique, comme vous l’avez vu, Cormaga a collaboré pour ce disque avec les producteurs de Illmatic de son voisin Nas, chef d’oeuvre parmi les chefs d’oeuvre rap qui a forgé l’identité sonore du Queens avec les albums des Mobb Deep. Même L.E.S. répond présent à la réalisation de « Girl », un morceau dur et guerrier sur fond de bruits de bris de glace et de flingues qu’on charge. Dans cette logique, il est naturel de retrouver en plus Havoc à la production, comme sur « Love Your Family », morceau étonnement calme sur les valeurs familiales, et au micro de l’excellent « Define Yourself » avec Tragedy Khadafi, lui aussi un authentique produit de l’environnement hostile de Queensbridge, et un sample de piano très bien exploité par DR Period.

Un tel pool de producteurs ayant de quoi nous rendre complètement hystérique, on avait déjà vu ça sur Politics As Usual de Termanology avec le résultat mi-figure mi-raisin qu’on connaît. Ce qui fait la différence, c’est le MC : Cormega évolue à un niveau supérieur à Terma. Même avec les beats d’un Pete Rock fatigué (« Live and Learn » souffre aussi d’une mauvaise prise de voix) ou d’un Nottz sans inspi (« What Did I Do »), ou pire le « Get It In » avec ce riff de guitare maladroitement étouffé par Easy Mo Bee (un des concepteurs de Ready To Die de BIG) et un Lil Fame qui semble se trouver à 10 mètres de son micro, Mega sauve les meubles dignement par des refrains efficaces et des lyrics répondant à la définition de ‘what’s real’. C’est évident que les producteurs ont pris de la bouteille et n’ont plus la vigueur d’antan, même Buckwild en charge du choc des titans sur « Mega Fresh X » concentrant des vétérans comme Parrish Smith (EPMD), Grand Puba (Brand Nubian), KRS-One et Big Daddy Kane, et Cormega qui trouve aisément sa place au milieu de ses aînés. De toute façon, sans instru, Mega nique tout (« One Purpose »).

Un qui n’a pas mollit par le poids des années, c’est bien Primo. Son travail sur « Make It Clear » et « Dirty Game » est retentissant. Il y a tout ce qu’on attend d’une connexion de cette ampleur et ce que ça implique : un beat lourd et solide qui sent la rue, auquel s’accorde un flow ininterrompu et des vérités pas toujours bonnes à entendre. « Journey » servi par Large Pro est tout à fait honorable, et que dire de cet édifiant « The Other Side », par son ambiance incroyable et ce solo de saxophone typiquement new-yorkais.

On ne boudera pas notre plaisir. Le hip-hop new-yorkais renaît de ses cendres durant quelques instants grâce des titres comme « Make It Clear », « Dirty Game », « The Other Side » ou encore « Define Yourself ». C’est tout ce qu’on puisse souhaiter de mieux pour 2010, que les rappeurs continuent sur cette lancée, poursuivre les efforts entrepris par des albums tels que celui-ci, Tha Blaqprint, Blackout!2 ou Double Barrel. Soyons optimistes, ça finira par revenir, et pour de bon.

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. seprette dit :

    je trouve ta chronique un peu elogieuse, tu es amoureux ou quoi !!!
    avec ce casting, je m’attendais à un gros classique et ce n’est clairement pas le cas.
    3 @ grand max aurait suffit.
    peace

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  2. Crazy Horus dit :

    Retour de Cormega straight from QB avec un album convenable qui ne casse pas des briques, ça reste du bon son quand même. J’ai surtout apprécié le travail de Primo et de Large Pro. En tout cas on voit que Khrysis est productif cette année !

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  3. ^harry dit :

    super chronique sa donne envie ou est ce que tu te les procurer ?

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    1. Sagittarius dit :

      Je l’ai écouté sur Spotify pour le moment

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