Skillz « The Million Dollar Backpack » @@@1/2


Question à un million de dollars : pour qui Skillz ghostwrite-t-il ? Pas de réponse. J’ai le regret de vous informer que jamais il nous l’avouera ouvertement, ses employeurs occasionnels également ont des clauses de confidentialités. N’essayez pas d’éplucher les livrets d’album hip-hop ou r&b tel un rat de bibliothèque des années durant, vous ne trouverez nulle part son nom en tant que parolier ‘fantôme’ inscrit autre part que sur ses disques ou lors de ses featurings. Le ghostwriter à temps partiel le plus célèbre de la planète gardera son secret jusqu’à la tombe. Skillz préfère mettre ses compétences de lyriciste option punchliner à son propre compte.

Et dire qu’avec tout le beau monde avec qui il a collaboré le long de sa carrière, il aurait encore pu être plus médiatisé que ça. À l’époque de From Where ?!?, où il se surnommait Mad Skillz, il côtoyait le collectif Da Basement, à savoir Timbaland, Missy Elliott et Magoo, il aurait pu ensuite embrasser une brillante carrière comme Mos Def au sein du label Rawkus, il aurait pu faire mieux avec Confessions of a Ghostwriter qui récupérait des morceaux du bootleg I Ain’t Mad No More (qui a suivi l’avortement de son contrat avec Rawkus Records), Skillz aurait pu capitaliser son rapprochement avec les Roots et Jazzy Jeff, il aurait pu faire un très bon éditorialiste avec rétrospectives annuelles The Rap-Up 200-something, mais il a préféré opter pour une ligne de conduite personnelle et suivre son propre chemin, avec sur le dos son Million Dollar Backpack (Koch Records). 

Afin d’enrichir le plus possible cette critique, je me suis servi du livret du CD contenant des anecdotes de Skillz track par track. Pour son introduction très jazzy, qui de mieux que DJ Jazzy Jeff pour la lui offrir ? Le MC n’utilise pas un micro pour l’occasion, mais un porte-voix pour lancer son projet sur une ligne de contrebasse apportée par Smurf. Ensuite « Where I Been », proposé par Jake One, nous emmène dans une vibe laid-back presque californienne, avec des notes de piano ensoleillées et un refrain chanté. La teinte de Million Dollar Backpack correspond à ce type de chansons, un brin mellow comme « (For Real) He Don’t Own Me » avec un refrain féminin cette fois et produit par Bink, ou à moitié r&b comme « My Phone » et « It’s Alright », deux titres produits par Fusion Unlimited. De la ‘feel-good music’ comme il l’appelle lui-même, sympa et tranquille. On ne manquera pas d’évoquer les différents extraits de ce disque, à commencer le street-banger « Act Like You Don’t Know » avec le rageux Freeway (dispo depuis le Printemps 2007), un gros concours de punchlines sans omettre de name-droppings, au même titre que « I’m Gon’ Make It » et « Sick » (produit par Kwamé), à l’origine un freestyle qui a buzzé sur Internet. « So Far So Good » se cantonne dans un style légèrement soulful et down-tempo, invitant Common et Talib Kweli sur la version remix. 

Une partie de l’album est réalisée par un certain Khari Ferrari du groupe Nouveau Riche. Sur « Yeah Ya Know It » et « Hip Hop Died », où Skillz donne son sentiment sur le fait qu’on dit que le hip-hop est mort depuis quelques temps, on remarque une ressemblance avec le style des Roots, acoustique et organique. On comprend vite comment ça se fait lorsqu’on sait que cette formation (incluant Dice Raw) est affiliée aux Roots, en participant notamment sur Game Theory. Khari a également conceptualisé « Crazy World », qui fait très musique de défilé avec ces tambours et ces gros cuivres. En parlant des Roots, il ne sont pas très loin non plus, ses principaux représentants figurent sur « Hold Tight » featuring Black Thought, sur un instrumental qu’il a cédé à Skillz et qui se trouvait sur un CD d’instrus de ?uestlove & James Poyser. 

Voilà en gros ce qu’il y a à dire sur le troisième album de Skillz. J’ai oublié de signaler l’absence de son pote Nottz, trop occcupé à vendre ses beats à droite à gauche. C’est sûr que le MC a préférer opter pour des beats pas très péchus au lieu de bangers qui l’auraient poussés au maximum de ses capacités. Si on apprécie les ambiances posées et estivales, nul doute que Million Dollar Backpack vous plaira. Après quoi, on peut reprocher un artiste de ne pas se donner à fond et d’être passé à côté d’un truc plus ‘street’, mais on n’a pas à lui dire comment il aurait dû concevoir son disque, il fait ce qu’il a envie et prend note des réactions de son public en amont. Ce qu’il faut retenir de Skillz, ce sont avant tout ses textes, avec toujours un humour un peu grinçant ou des phrases bien sarcastiques truffées de name-droppings, c’est pour son écriture qu’on le préfère. 

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