Quand je songe -non sans nostalgie- aux belles heures du label (d’excellence) new-yorkais Rawkus Records autour des années 2000, je pense forcément à ses deux co-vedettes Mos Def et Talib Kweli, et pas seulement à leur album des Black Star sorti en 98. J’avais aussi évoqué avant le Covid, sur X/anciennement Twitter (il y a une éternité?) le sublissime classique Black on Both Sides, premier album solo de Mos Def qui fait référence aujourd’hui dans nos coeurs. Logiquement ça devait ensuite être le tour de Talib Kweli, mais pas encore en solo puisqu’il s’est associé à un autre recrue très talentueuse, le producteur de Cincinnati dénommé Hi-Tek. Le nom de ce binôme ainsi formé : Reflection Eternal. Titre de l’album : Train of Thought. Nous sommes en Octobre 2000.
À chaque fois que je pense à ce skeud: que des souvenirs chaleureux, l’excitation de la découverte que ce fut alors que je bourgeonnais en ado, le bonheur que ça m’avait procuré. Ravivé à chaque fois que je le réécoute. Comme un amour de jeunesse. Quand on a le CD chez soi entre les mains, ou maintenant les plateformes de streaming, autant y regoûter quand on veut. Car à chaque nouvelle écoute, même si on l’a écouté des dizaines de fois, on découvre encore des trucs auxquels on a pas fait gaffe avant. Ou redécouvrir simplement… les joies simples… La beauté douce-amère de « Too Late » et « Memories Live », le tonitruant « Move Something », la complémentarité avec Mos Def sur « This Means You », le comique Dave Chapelle en ouverture, combinaison bestiale avec le hardcore californien Xzibit et la hi-kickeuse Rah Digga du Flipmode Squad… Le groove moelleux de « The Blast » (avec l’unique rap de Hi-Tek), le retour aux sources « Africa Dream », mais par dessus tout l’alchimie unique entre l’empreinte sonore forte de Hi-Tek et le rap conscient de Talib. C’est juste : trop beau.
Tiens, encore un peu de richesse de ce trésor : des feats des De La Soul qui apportent de la joie sur « Soul Rebels », le vétéran Kool G Rap, et même de nos Nubians nationales sur les bonnes vibes de « Love Language ». Même sa durée/nombre de tracks est un facteur ultra positif, ça s’écoute les 4 saisons, comme on mange des pizzas 4 saisons. A la question existentielle shakespearienne du refrain de « Eternalists » alors que plus de vingt bougies sont soufflées : « In this journey you’re the journal I’m the journalist / Am I eternal or an eternalist? » Le temps y répondra. Toujours est-il que cet album est tellement parfait à sa manière que leur seconde ré-union avec Revolutions Per Minute (RPM) en 2010 paraît presque anecdotique en comparaison… Pas le même alignement de planètes, pas la même époque, ni émulation… reste cette alchimie entre Talib et Hi-Tek.
LA NOTE : 19,5/20


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