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Rapsody « God Gotta Afro & Gold Hoops » @@@@@


Je l’annonce tout de suite : God Gotta Afro & Gold Hoops de Rapsody est l’album hip-hop US de l’années 2026 pour moi. Il n’y a aucun débat possible, personne ne me fera changer d’avis. Dit simplement, il secoue les tympans, il est plein d’idées, il remet les idées en place, il fait vibrer comme réfléchir, il donne de l’énergie, il part en exploration musicale et à chaque morceau, je suis là genre « waooow ». La musique est d’abord une question de ressenti et quand on se sent pleinement conquis et séduit par un album tout entier, c’est gagné.

C’est dans le rythme légèrement futuriste de « Free Yo Mind », suivi plus tard du quasi drumless « Never Break », que Rapsody aborde ce cinquième album référence très afro-centré, aux influences soul/jazz les plus profondes et spirituelles. « Ain’t No Way » fait même appel à la chorale sud-africaine KARABO YA MORENA et Adam Blackstone aux percussions. Le hip-hop demeure la culture centrale qui agglomère le tout, old school/new school comme sur « God Gotta Afro » avec son refrain enfantin avec sa rythmique très 80s, de vraies cowbells (pas celles programmées sur les Roland 808) et ses synthés post-modernes. Cette veine hip-hop basique et ultra-efficace cette fois avec des synthés lancinants qui font tourner la tête en bourrique, on la retrouve plus tard sur « You! » (avec … DJ Whoo Kid du G-Unit).

Se pose là cet utime coup de coeur qu’est « Apple Juice », un vibrant hommage au couple Angie Stone et D’Angelo, disparus en 2025 à quelques moins d’intervalle. Le travail des voix, que ce soit Rapsody qui chante (et bien) ou Mr Porter, l’apport de Karriem Riggins aux caisses et James Poyser aux claviers (ces orgues…), j’ai failli avoir la larme à l’oeil tellement cette magnifique chanson et son thème retranscrivent parfaitement l’atmosphère chaleureuse de la néosoul. Le frisson et le coeur qui fond sont réels. Et ce n’est pas fini, la piste a une ‘partie secrète’, avec des xylophones, sur fond d’ambiance jazzy et cool avec un clin d’oeil à Midnight Marauders des Tribe Called Quest. « OMG! (An Ode to Sun Ra » est un autre carrefour entre plusieurs mondes en une seule et même vibe jazzy et solaire, avec l’artiste sud-africane Nomisupasta et un petit mot de la fin de monsieur George Clinton en personne.

La puissance des messages de Rapsody prend une autre dimension dès lors qu’elle affine sa plume, notamment sur « Black Love », pouvant compter sur un couplet impressionnant de Malice des Clipse (il peut gagner la palme du featuring de l’année haut la main). La seconde partie de l’album gagne en émotion avec « Abandoned Me », sobre avec son piano, « Pretty Bird/Way U R » jazzy encore, et enfin « Joyful » qui embaume les coeurs avec ses choeurs gospel et cette énergie communicative. Le final avec Rapsody qui chante, c’est une fois de plus pour appeler notre sensibilité. C’est dire la variété de cet album, aucun morceau ne rate sa cible, beaucoup de sensations de toutes sortes sans temps morts, pour s’achever « Act II : Bloodline / Growing Older » avec la chanteuse et flutiste Amber Navran de Moonchild. Notez l’allusion aux Outkast avec « Growing Older » qui conclut l’album comme ce fut le cas avec ATLiens il y a trente ans.

God Gotta Afro & Gold Hoops est majoritairement conçu par Denaun Porter a/k/a Mr Porter, qui s’est enfin métamorphosé en grand producteur qu’il a toujours rêvé d’être, il le prouve là. Celui qui a appris aux côtés d’Eminem et Dr Dre est en mission sur cet album, il a cette VIBE. Et son travail sur les voix, y compris la sienne, est fabuleux. Maintenant je l’imagine porter un grand boubou à motifs colorés haha. Ce n’est pas l’unique producteur non plus, outre Groove et BLK Odyssy (qui a marqué sa patte sur le précédent album Please Don’t Cry), monsieur Madlib est de la partie en signant « The Peejays » (l’autre façon de dire ‘projects’) et le jazzy « Black is Beautiful ». On fait le voeu que l’EP MadRaps paru en 2025 aboutira à d’autres projets plus substantiels.

God Gotta Afro & Gold Hoops de Rapsody fait partie de ces albums comme il en existe deux ou trois par décennie, qui concilient à la fois un hip-hop riche et fusionnel avec ses origines musicales, très bien construit, avec de le grandeur d’âme et de la conscience, et ce petit quelque chose de spécial, de créatif qui le rend immédiatement intemporel. Dans la lignée des Like Water For Chocolate de Common, The Cool de Lupe Fiasco, To Pimp a Butterfly de Kendrick Lamar… Après Eve, encore un grand album de rap signé Rapsody, qui se pose en héritière naturelle de Lauryn Hill et Queen Latifah. Bravo madame.

LA NOTE : 19,5/20.

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