Comme beaucoup, je n’y croyais plus à cet hypothétique nouvel album de Snoop Dogg produit par Dr Dre. Jusqu’à ce qu’il déclare à la radio en 2023 que Missionary est en cours d’enregistrement. Pourquoi Missionary? « Parce que mon premier album s’appelle Doggystyle » a répondu du tac-au-tac notre porteur de la flamme olympique pour les JO de Paris 2024. Logique. Mais qu’implique ce changement de position? M’en fiche, j’étais excité ce matin du 13 Décembre 2024 comme un gamin qui découvre son cadeau de Noël en avance. Et puis après deux écoutes perplexes… Bordel, ordure de Père Noël, faut que j’appelle le SAV, remboursez ! « Croyez en vos rêves » que les gens disent, bah pas tout le temps…
Attendre ce douzième album de Snoop, 24 ans après Tha Last Meal pour voir accolé la mention ‘produced by Dr Dre’, une rencontre historique entre Death Row Records et Aftermath, pour ça. Sérieusement les mecs. OK l’instrumental de « Shangri-La » qui re-joue le même sample de « Stake is High » des De La Soul, c’est la méga-classe à Las Vegas, il manque la bouteille de champagne à 1000 euros. Et c’est vrai que le charmant single « Gorgeous » (avec Jhene Aiko) avait l’air prometteur avec sa qualité premium luxe. Le banger « Outta Da Blue » est OK, avec toutes ces références old school. Le reste, c’est l’incompréhension la plus totale. On en a rien à faire de Tom Petty et la country de « Last Dance With Mary Jane », que Sting rejoue « Message in a Bottle » de Police sur « Another Part of Me », ça ne m’intéresse putain de pas. Et en plus c’est chiant à écouter.
La faute à qui? Snoop Dogg est dirigé par Dre, et ses performances sont plus que honorables. Le fond de ma pensée est que Dr Dre et son ICU (réanimation, NdT, plutôt bien trouvé comme nom) en ont trop fait. C’est d’une qualité incroyable, mais beaucoup trop travaillé au point que les samples rejoués ne semblent n’être plus des ersatz. Alors sur l’album Casablanco de Marsha Ambrosius, c’était absolument somptueux comme résultat. Sur Missionary c’est exaspérant, c’était inutile d’aller jusque-là. C’est ce perfectionnisme qui est bien tout le problème à mon avis. Même retrouver 50 Cent et Eminem sur « Gunz Smoke », les plus gros vendeurs d’Aftermath Records, paraît totalement superficiel et hors de propos. Qui s’en fout d’eux deux aujourd’hui? Je lève les deux mains. Attendez deux minutes, mais malgré le respect que j’ai pour Method Man, je ne comprends pas sa venue sur « Skyscrappers ». C’est cool de l’entendre sur Dr Dre (lui aussi a eu des occasions manquées par le passé), mais WTF. Quelle déception.
Alors que Snoop semblait repartir du bon pied avec Death Row artistiquement parlant avec son album BODR et WAWG du Dogg Pound, Missionary est la douche tiède qui devient froide parce qu’il n’y a plus d’eau chaude dans le ballon. Où sont ses potes rappeurs de Long Beach? Qui sont Stalone et FAT MONEY? Quelques titres ont réussi à trouver un peu de grâce à mes oreilles, comme « Fire » avec Cocoa Sarai et ses accents reggae, ainsi que « Sticcy Situations » avec ses relents de gangsta-rap pre-G Funk (merci le piano d’Isaac Hayes). « Pressure » est sympa aussi, c’est juste affligeant d’arrêter certaines chansons avant trois minutes. Le pire, c’est qu’en réécoutant Missionary des mois après, impossible de m’en satisfaire et pourtant je suis très bon public. Les couplets de Dr Dre qui montrent toujours la très bonne entente avec Snoop n’y remédient pas non plus.
En gros : on s’en fout d’avoir du caviar, des instrus plaqués or et des musiciens qui ont vingt ans de bouteille. On veut du cul, du sale, du non-censuré, du porno sans protection, du gangsta-rap (pas masculiniste si possible, on est en 2024), qui tire à boulet rouge sur le système, des rutilantes Cadillac sorties des ghettos de L.A., des flows qui puent la weed, des intrus qui samplent grassement (en améliorant tel ou tel partie), de la p-funk à gogo, ou du funky tout court même. Ou a minima un produit semblable à Compton de Dr Dre sorti en 2015, ça c’était très bien. Mais Snoop & Dre ne sont plus dans cet état d’esprit-là manifestement. Ils ont beaucoup trop attendu et amplement dépassé le point de non-retour.
Alors effectivement, utiliser une capote auditive est préconisée (comme c’est habilement illustré faut le reconnaître), même si ça bande mou même après deux cachetons de Viagra. Parce que, bon sang, c’est quoi cette saucisse? Missionary est comme son nom l’indique, bel et bien trois-quarts d’heure d’un assoupissant missionnaire. Titan-ique, à défaut d’être titanesque.
LA NOTE : 10/20


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