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Ghostface Killah « Supreme Clientele » @@@@@


Début 2000… c’était… il y a plus de 20 ans, déjà. Autant dire : jadis. On se fait vieux n’est-ce pas? Le Wu-universe était entré dans sa phase 2 après leur double-album Forever, avec une seconde salve d’albums de RZA (son premier solo sous l’alias Bobby Digital), Method Man (Tical 2000 : Judgement Day et Blackout! avec Redman), Raekwon (Immobilarity), Ol’ Dirty Bastard (N**** Please) et notre ami Ghostface Killah avec ce Supreme Clientele. Par rapport à Ironman, c’est un peu plus un album solo « solo », c’est-à-dire sans ‘featuring les copains’. Mais toujours avec RZA aux commandes.

Il est dit en coulisse que Supreme Clientele est, d’une certaine manière, le ‘blueprint’ de The Blueprint de Jay-Z sorti un an plus tard. Ce dernier aurait été jaloux des saveurs soul à la fois street et rutilant du membre du Wu. Mais d’où vient cette magie? ça reste un mystère, c’est la somme de plusieurs éléments. Le début de l’enregistrement se fait en 98 et l’histoire raconte que Ghostface a écrit certains titres emblématiques comme « Buck 50 » ou « Nutmeg » en Afrique, au Benin plus précisément. « Nutmeg », d’ailleurs, est produit par… son barbier (surnommé Black Moes Art). Entre ça et la sortie de ce second album, il passe quatre mois au trou, à Rikers Island. Cumulant tentative de vol et port d’arme illégal, il aurait dû prendre six, ça aurait pu être pire.

L’ombre de RZA plane sur ce chef d’oeuvre, mais pour une fois, il ne produit pas tous les instrus de l’album. D’ailleurs, comment s’est-il tant renouvelé sur cet opus? Bah disons que son studio a été inondé et qu’il a perdu une grosse partie de ses beats enregistrés sur disquettes (y compris tout ce qu’il avait créé pour le premier album d’Inspectah Deck…). C’est la merde et il a donc tout repris de zéro. Sur Supreme Clientele, il partage le taf avec JuJu (des Beatnuts), Carlos Broady et le disciple Allah Mathematics (le gars qui a dessiné le logo du Wu).

Au dos du boîtier du CD, on compte 14 tracks. Alors que lorsque on met le CD, c’est le nombre de 21 pistes qui apparaît. La différence ? les nombreux interludes placés au beau milieu de titres mythiques comme « Apollo Kids », « Buck 50 », « Ghost Deini », le banger « Cherchez La Ghost » avec ce bon vieux U-God… ou encore ce « Child’s Play » qui aurait pu être du MF Doom avant l’heure. Le « Wu-Banga 101 » deviendra aussi une expression. Autant de joyaux que ce que Ghostface pouvait porter sur lui. Même ce morceau inquiétant comme « Stroke of Death », avec ce sample très ‘quick & dirty‘ où l’on entend un scratch bien dégueu qui ramène le disque en arrière (le sampleur était cassé?), comment imaginer aujourd’hui Supreme Clientele sans ce titre? Tout est extraordinaire, et crasseux à la fois. Quant aux perfs de Ghost? Juste : wow. Son goût immodéré pour le clinquant qui va comme un gant de velours avec son charisme, ce qui tranche comme une lame affutée avec son flow très offensif, dans un style flamboyant, le tout sur des nappes de Soul. Il devient l’alter-ego Tony Starks.

Naturellement, on retrouve en renfort une partie de la troupe du Wu-Tang (U-God, Raekwon, GZA, Cappadonna, Masta Killa, Method Man…) mais aussi Redman sur « Buck 50 ». Et du sang neuf, puisque Ghost laissait sa chance à la jeune garde sortie des rues de New-York, comme 60 Second Assassins, Solomon Childs, Superb (oui c’est un vrai blase). J’espère avoir répondu à la question plus haut. Supreme Clientele, c’est comme le vin qui porte un grand nom, qui avec l’âge… vous voyez où je veux en venir.

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