Après la trilogie Weatherman qui s’est étalée entre 2007 et 2018, Le rappeur Evidence est entré dans une nouvelle phase de sa carrière solo. Sans nouvel album des Dilated Peoples en vue, le rappeur de L.A signé chez Rhymesayers a démarré en 2021 une série d’album nommée Unlearning. Avec le second volume paru en 2025, il était temps d’en parler et tirer des enseignements.
Les deux premiers morceaux de Unlearning Vol.1, « A Better You » (produit par ce cher Alchemist) et les bonnes caisses de « Start A Day With A Beat » conçu par lui-lême, nous indiquent clairement dans quel état d’esprit EV était lors de l’enregistrement de l’album. Pas une phase d’amélioration, ni une remise à zéro, le rappeur-producteur à la plume acérée se déconstruit, d’une certaine manière. Ce n’est pas qu’une traduction du titre de l’album, c’est réellement un processus dans lequel il est entré sur le plan professionnel, qui passe aussi par une remise en question de ses choix, dans la façon d’approcher la musique. Cela s’entend de manière flagrante dans la sélection des beatmakers, et des beats forcément, parmi des têtes connues comme Nottz, Khrysis, le rare Mr Green, mais aussi ceux qui façonnent les sorties indés du moment comme Daringer (Griselda), V Don, et d’autres noms plus méconnus encore (EARDRUM, Sebb Bash). Les guests aussi font partie de cette frange-là : Navy Blue, Conway et Fly Anakin.
Plusieurs fois j’ai haussé les sourcils en découvrant l’originalité des caisses utilisées, la curation de quelques drumless beats, l’éventail de samples séquencés, manipulés et la façon dont ils sont placés. Un florilège de sonorités souvent inattendues. Sur le plan de la texture sonore, de la recherche, Evidence n’est pas loin d’une réinvention. Le terme de ‘revisite’ peut sembler approprié mais je n’irai pas jusqu’à dire ‘déstructuré’. Un morceau comme « Won’t Give The Danger » marque les esprits. L’attention portée à ses lyrics permettent de comprendre le processus qui a permis d’en arriver à ce résultat-là. Je retiens particulièrement ceux de « All of That Said » :
« When I was payin’ engineers to over-mix
Just wanted to stay in the
Studio with older kids (You know?)
Be a soldier, get a task and then attack it
And then I start to pass it and
Serve the rappers in my bracket
I admit I wasn’t first in line
I took it slow and did my
Best through the worst of times
I don’t waste words so the verse will rhyme »
Il ne semble pas y avoir eu de déclic mais en changeant ses habitudes-là, Evidence a réussi son pari en sortant de sa zone de confort. Ce qui nous impose aussi de sortir de la nôtre et notre façon d’appréhender cet album imparfait, risqué, parfois accidenté et d’une incroyable cohérence. La sincérité d’Evidence nous touche beaucoup aussi. Il y a pas mal de leçons à tirer de Unlearning Vol.1 qui s’achève sur « Where Do We Go From Here ». Etonnant comment on peut créer quelque chose de presque nouveau avec les mêmes outils et procédés.
Le volume deux est sorti quatre longues années plus tard, en 2025, comme quoi Evidence n’a pas que le flow qui est ‘slow’, il est maître de son temps, et je ne parle pas de la météo cette fois. Quoi que, « Rain Every Season » (avec ALC au mic) me donne tort sur ce point. On retrouve ici quelques-un des producteurs du volume 1, avec d’autres têtes comme le fameux Conductor Williams dont la patte perso se fait bien sentir sur « Stay Alive ». Alchemist est plus présent à la prod aussi. D’ailleurs, à quand la suite des Step Brothers avec le poto Alchemist? Je m’impatiente !
Je m’égare. Sur ce volume 2, les instrus sont modérément plus accessibles, moins singuliers dira-t-on, ce qui rend l’écoute plus aisée en comparaison. Pas mal de samples de voix et mélodieux, un peu soul aussi. Là où Evidence se creuse plus la tête, c’est sur la remise en cause de vieilles habitudes, attitudes, sa façon de voir les choses (« Define Success », « Laughing Last »). Se ré-assembler autrement, comme ce puzzle sur les pochettes de ces deux albums.
En écoutant Evidence, on a cette nette impression qu’il est en mode survie vis-à-vis de son travail et l’état actuel du business du rap indé, et cela impacte son écriture, la façon de gérer ses prods… Il y a quelque chose de très poignant quand on l’écoute, comme s’il se confessait auprès de nous en décrivant l’envers de son décor, avec des mots et des formulations qui visent juste. Son rapport avec la musique surgit de manière très concrète, c’est son gagne-pain pour lui et pour Enzo, son enfant qu’il élève seul depuis le décès de sa compagne il y a quelques années. Mais il n’est pas seul sur ce volume 2, il y a ses fréquents collaborateurs comme Blu, Domo Genesis, Alchemist naturellement ou encore Larry June. Donnons à Evidence de la force !
LA NOTE : ENTRE 16 ET 16.5/20 ENVIRON.


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