Comme beaucoup de ‘freshmen’ (Asher Roth, Blu, Wale, Kid Cudi…), B.o.B connaît une success story de plus en plus courante : il passe de l’anonymat à un nom qui circule sur Internet par le biais de vidéos, morceaux gratuits et compagnie qu’il diffuse sur la toile afin de créer son buzz et afficher son style. B.o.B, lui, est un bébé des OutKast. Puis il finit par être repéré par la presse spécialisée avant d’être pris sous l’aile d’une star ou un grand producteur qui va lancer sa carrière. Dans son cas T.I le signe sur Grand Hustle et le lance sur « Top of The World », un des extraits de Paper Trail. Quelques mixtapes, apparitions télé et infos lâchées au compte-goutte plus tard, les fans qui ont parié sur lui sont sur le qui-vive et son premier album the Adventures of Bobby Ray pète les scores dans les charts. Ne s’est-on pas emballé un peu trop vite ?
Numéro 1, c’est à cette place que s’est d’abord classé son single « Nothin’ On Me » avec un nouveau venu, Bruno Mars. Pour deux artistes méconnus du grand public, c’est une belle prouesse. Une prouesse confirmée par une place numéro 1 de Adventures of Bobby Ray pour son démarrage. Du calme, je vais sortir des chiffres. B.o.B a vendu aux US 84 000 copies. Asher Roth en a écoulé près de 100 000 et Wale 80 000 pendant leurs premières semaines. Kid Cudi je n’en parle même pas, il a survolé les débats. Comme pas mal de ses camarades de la génération de hipsters, B.o.B a tenté d’élucider une équation qui consiste à trouver un juste milieu entre rap et un autre genre musical. Son choix s’est porté sur des mélodies pop et pop/rock. Et en plus il sait chanter, jouer des instruments, et bien, comme il nous le prouve sur le premier morceau « Don’t Let Me Fall », composés de guitares et pianos. S’ensuit le fameux single « Nuthin’ On You » et le très bon « Past My Shades » avec un couplet de Lupe Fiasco (en forme) sur un instru de Crada (qui a participé à Man on the Moon de Cudi). En écoutant le type d’instru et son flow, on devine bien que Speakerboxxx & The Love Below a remplacé la Bible sur sa table de chevet, surtout l’album d’Andre 3000.
Le second extrait « Bet I » avec son patron T.I et Playboy Tre est l’un (si ce n’est le) seul beat sudiste, accompagné d’une mélodie de synthé entêtante afin de conserver un trait particulier le long de l’album. Autrement son alter-ego Bobby Ray prouve sa versatilité en changeant d’orientations pop, du rythme entraînant de « Magic » à la balade grattée « Lovelier Than You » qui tente de s’apparenter à du Wyclef Jean, autre référence incontournable en matière de mélanges des genre. Pratiquement tout l’album suit un contrôle qualité, jusqu’aux guests, Janelle Monae et même Eminem de présent sur « Airplanes part II ». Que du beau monde !
Toutefois, malgré mon large esprit d’ouverture, the Adventures of Bobby Ray n’est finalement pas ma tasse de thé. J’osais espérer du son plus ATL. B.o.B fait du rap, sa musique pop nous dit le contraire. Je ne critique pas cette démarche artistique, certes qui manque de repères, surtout pour quelqu’un qui essaie pour un premier album d’établir une musique urbaine éclectique pour ne pas dire fichtrement cross-over, tout en restant street-crédible. Kid Cudi était parvenu à cet exploit. L’autre jour on m’a demandé sur Formspring ce que j’avais contre la pop. À vrai dire rien tant que c’est créatif ou anglais, en gros quand ça sort du formatage habituel. Seulement, il faut comprendre que le rap-pop n’est pas une mutation ou une évolution du rap, c’est quelque chose de différent avec un effet indésirable : la musique pop peut contenir un puissant répulsif anti-puriste hip-hop. Vu que je suis un puriste qui s’ignore aux goûts divers, ça explique pourquoi je préfère passer mon chemin, indifférent.

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