Génialissime, c’est le terme qui me sort de la bouche quand j’écoute BORN LIKE THIS. Rien que la couverture qui ressemble à une affiche d’exposition culturelle imaginaire sur des civilisations occultes, à cheval entre très anciennes cultures disparues il y a plusieurs siècles et SF spécial super-héros… ou devrais-je dire super-vilains ! Le titre de ce troisième (véritable) album – où l’on remarque au passage que DOOM a perdu son préfixe ‘MF’ durant ces années de hiatus – repris d’un film de Charles Bukowski, que l’on entend proférer des paroles apocalyptiques tiré de son poème « Dinosauria, We » sur le morceau « Cellz ». A l’heure où les Iron Man, Spider Man ou Hulk cartonnent dans les box-office, il était temps que Daniel Dumile revêt son masque de métal pour semer le désordre et le chao… pour notre plus grand bien.
Qu’est-ce qu’a bien pu comploter MF Doom durant ces deux années de silence ? Nul le sait réellement mais ce grand retour paraît assez machiavélique pour ne pas avoir été calculé au hasard. Pour cet album qui a nécessité pas moins de trois ans d’enregistrement d’après mes estimations, DOOM a fait exceptionnellement appel à deux autres producteurs (autre que son alter-ego Metal Fingers) : le regretté J Dilla et Jake One du label Rhymesayers (fournisseur pour De La Soul, G Unit, Prodigy et Freeway). Contrairement à ce que beaucoup spéculaient, il n’y a pas pas la moindre participation de Danger Mouse ou de Madlib. Sur son testament, Dilla lui a légué (en accord avec Nature Sounds) deux beats pour concevoir l’improbable « Gazzillion Ear », où les sirènes pleuvent sur ce mix en trois parties entre les orgues de « Dig It » et des éléments de la bande originale du film « Midnight Express » pour « Phantom of the Synth », placé en partie centrale de cet instru abracadabrantesque. On ne s’attardera pas sur « Lightworks » que l’on connaît déjà, tellement c’est dingue comment ces instrus conviennent à l’univers comico-SF de MF Doom. De son côté, Jake One place quatre beats dont « Microwave Mayo » et « Ballskin » que j’apprécie particulièrement car Jake a complètement su s’adapter à l’univers phonique du rappeur masqué.
Les critiques iront dire que MF Doom a recyclé des beats de Special Herbs 9 & 0 pour BORN LIKE THIS (plus précisément « Hyssop » et « Coca Leaf »), mais en cette période de crise, vaut mieux récupérer du très bon matériel plutôt que de le gaspiller non ? Comme ce « That’s That » et son air de violon est amusant à l’écoute, surtout quand DOOM chantonne vers la fin « Can’t it be I stayed away too long / did you miss this rhymes when I was gone ». Oh que oui ! Pareil pour « Angelz » featuring Tony Starks aka Ghostface Killah, track découverte sur la compilation Natural Selection et qui préfigurait une fabuleuse rencontre entre The Ghost & The Mask. Sans suite aujourd’hui hélas mais on y croit encore.
L’ambiance cinématographique et l’univers des comic-book est presque omniprésente sur ce disque, que ce soit sur « Angelz », « Yessir » (samplant le célèbre « UFO » des ESG) avec un couplet de Raekwon, terrible comme à son habitude, le cataclysmique « Cellz » ou l’attaque des « Supervillainz » avec Kurious, Slug, Mobonix, ainsi que ses équipiers Cat-Girl, Prince Paul dans la peau de Filthy Pablo et Posdnuous des De La dans le rôle de P-Pain, le méchant pas-beau à l’autotune ! Le son de DOOM a quelque peu évolué il est vrai : avoir pris son temps lui a permis de prendre soin de ses vinyls en soufflant dessus pour retirer la couche de poussière superficielle et de compléter avec des beats finement ajustés. Ceux qui l’attendaient depuis le temps au tournant trouveront de quoi nourrir leur déception. Son flow est sans surprise toujours off-beat et atypique, tel un slammeur au flegme british contant des mythes parfois abstraits. Son schéma de rime n’a pas changé non plus mais son débit plus rythmé qu’auparavant, ce qui apporte une autre physionomie à ses morceaux. Je me ferai des ennemis en allant annoncer qu’en gardant ce niveau de lyricisme, DOOM peut faire pâlir un certain Lil Wayne. Mos Def pense comme moi.
Ce n’est pas tous les jours qu’on attend fermement le grand retour d’un grand méchant pour rétablir l’ordre dans un hip-hop indie qui récupère tous les ex-rappeurs mainstreams déclassés. En dépit de quelques faiblesses dues à un manque de renouvellement dans son style (surtout après un long moment de silence), son originalité a su demeurer unique et absolument inimitable. La nouveauté, c’est que DOOM a su se réinventer très subtilement au niveau de la production, quitte à faire appel à d’autres partenaires, et dans sa manière de poser tout en conservant son monde qui lui est propre, des lyrics alambiqués aux références culturelles riches dosés à l’humour acide (dans le genre j’aime bien « Rap Ambush » et « Cellz »). Tout ça fait que le retour de notre vilain préféré n’en est que plus jouissif en cette période de dépression. On en revient à cette morale qu’il faut combattre le mal par le mal. Il est resté tellement unique comme mystérieux personnage au point que l’entendre sur un titre laid-back ‘normal’ comme « Absolutely » le rend encore plus étonnant, attachant et imprévisible.
Cette chronique contient des samples de textes tirés de l’article « MF Doom tel qu’il est, en cinq mots », publié sur Streetblogger.fr.


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