Common « Finding Forever » @@@@½


Pourquoi Common peut-il prétendre être une légende de Chi-town après quinze années d’activisme Hip Hop ? Premièrement, parce qu’il fait partie des pionniers de la scène de Chicago : Il figurait parmi les Unsigned Hype en 1991. Deuxièmement, le MC a su s’entourer durant sa brillante carrière des meilleurs artistes et producteurs hip-hop/soul, et une discographie remarquable décrite par une progression constante qui n’a fait que consolider ce statut au fil des années, tout en restant proche du ghetto et pas loin du mainstream. Troisième et dernièrement, simplement parce qu’en plus d’être un excellent MC, tant sur le plan de l’écriture que du flow, l’aura de Common inspire l’authenticité, l’humilité et surtout l’humanité.

Chaque étape de sa carrière musicale s’est effectuée par palier, avant d’entamer une évolution artistique dans chacun des habillages qu’il a arboré. Je m’explique : à son classique Resurrection a succédé l’introspectif One Day It’ll All Make Sense, le très apprécié hybride Hip Hop/Nusoul Like Water For Chocolate de sa période Soulquarian a évolué vers un Electric Circus à l’univers psychédélique et rock/soul, et maintenant ce Finding Forever qui s’épanouit dans la continuité de Be, en poursuivant son édifiante collaboration avec Kanye West. Le nom de baptême de ce nouveau chef d’œuvre (n’ayons pas peur des mots) est une désignation pour ‘quête de perfection’, et celle de vouloir laisser son empreinte à jamais dans l’histoire du Hip Hop. Pour reprendre les propos de Common, c’est aussi une manière de rendre hommage à son ami J Dilla aka Jay Dee : son souvenir et sa musique resteront toujours dans nos mémoires.

Finding Forever commence et l’enchantement se produit dès les premières secondes. Une fois accueilli au septième ciel, Kanye West ouvre les portes de « Start The Show » sur un air de violon divin avant que notre orateur Common fasse sa présentation au micro sur cet instrumental décoré par quelques synthés et de la harpe. « The People » accorde une message universel, portant la voix minorités visibles (pour reprendre notre expression franco-française) sur une production incroyablement étoffée, avec un souci de finition rarement atteint. Pour équilibrer avec quelque chose de plus épuré, « Drivin’ Me Wild » ne garde que l’essentiel : des notes de pianos, un beat rythmé par des tambours et une voix cristalline qui survole dessus le flow de Common, avec en supplément la participation de la chanteuse brit-pop Lily Allen. Vraiment très joli.

Impossible de parler de cet album sans évoquer « So Far To Go ». Certains connaissent déjà cette superbe ballade avec D’Angelo car elle figurait sur The Shining de J Dilla, mais personne ne privera son plaisir de la retrouver sur Finding Forever, elle est réellement attachante. Kanye West fait un clin d’œil à sa façon au producteur défunt sur « Break My Heart », qui rappelle un peu le style de prod qu’avait Jay Dee sur Like Water For Chocolate. Kanye en mode rappeur lâche quelques couplets aux côtés de Common sur « Southside ». Si niveau égotrip, les deux compétiteurs se valent (Comm’ échappe un « Back in 94 they called me the Chi-Town Nas »), un des deux a de meilleurs capacités que l’autre en matière de MCing et vous savez de qui on parle. Reste que grâce à Kanye West et Common, la scène Hip Hop de Chicago n’a jamais été aussi effervescente que maintenant.

Plébiscité par le monde du Hip Hop depuis ses réalisations pour Nas, The Game et Talib Kweli, la présence de Will.I.Am ne nous provoque plus cette fébrilité communicative, au contraire. Ici, il produit « I Want You », une chanson d’amour dont seul Common a le secret : un récit qui sent le vécu et qui par conséquent nous interpelle tous, nous rappelle des sensations, des souvenirs ou des sentiments. « U, Black Maybe » (en compagnie de la voix de basse de Bilal) revient sur un des sujets qui tient à cœur à Common, relatif à son engagement pour la cause afro-américaine et pas seulement, le tout servi sur une production jazzy-soulful impeccable qui débouche sur une outro parlée.

La pièce du boucher est décernée d’emblée à « The Game », incontestablement un des meilleurs morceaux Hip Hop mainstream sorti ces dernières années. Le beat est dans esprit old school point de vue confection et usage du sample, genre vieux classique rap indémodable, et Common n’a plus qu’à écouler son flow hardcore et ses textes chargés en punchlines. Pas de refrain chanté pour cette fois, puisque exceptionnellement ce sont les mains du légendaire DJ Premier qui l’assurent. Comme on dit, des gestes valent parfois bien plus que des paroles. Sauf quand il s’agit d’opérer un duo virtuel avec Nina Simone sur « Misunderstood ».

C’est une tradition maintenant, chaque album de Common s’achève par une déclaration de son père ‘Pops Lynn’, faisant la transition avec le gospel fédérateur « Forever Begins ». La fin de l’écoute en initie une nouvelle autre… et vient l’heure de l’inéluctable comparatif avec Be. Pour faire bref, à la magie et l’effet de découverte de BeFinding Forever compense par sa richesse et sa finition impeccable. Common et Kanye ont pu se parfaire leur symbiose sur pas mal de points, l’effet de nouveauté en moins, ce qui n’enlève rien à la fraîcheur du binôme. L’avenir sera radieux !

(chronique originale écrite le 3 Août 2007 sur Rap2K.com)

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