Après Stillmatic, Nasir Jones mondialement connu sous le blase de Nas s’est élevé en God’s Son pour (tenter de) surpasser son rival Jay-Z. Petit retour en arrière, en 2001. New-York, les Twin Towers s’écroulent le 11 septembre et les nouveaux titans Jay-Z et Nas se livrent une bataille sans merci pour le trône laissant vacant après la mort de Biggie Smalls : Stillmatic vs Blueprint, « Ether » vs « Takeover »… 2002 Jigga sort son double-album Blueprint² et Nasir réplique avec God’s Son en décembre.
Le titre ‘God’s Son’ peut paraître prétentieux, mais c’est une façon de répondre au surnom ‘Jayhovah’ (l’autre nom du Christ) de Jay-Z; pour le MC du Queens, la hache de guerre n’est pas enterrée, et sur le plan personnel c’est pas la joie : il venait de perdre sa mère. Perso j’ai mis du temps à réaliser que cet album était une énorme bombe car je n’avais toujours pas fini de digérer Stillmatic, qui était son nouveau classique pour moi. C’est truffé de morceaux cultes, à commencé par « Get Down » et son célèbre sample de James Brown. Puis « Made You Look » avec son sample de voix d’indiens qui font genre « heeey Naaas » en phonétique, cette basse monstrueuse. Quel coup de génie de Salaam Remi encore (un des principaux maître d’oeuvre de cet opus). On est « shook », c’est le cas de le dire.
Bon OK, au début j’ai trouvé le beat inversé de « Zone Out » totalement dégueulasse mais aujourd’hui mon avis a évolué. Puis rebelote avec le single « I Can » et ses chœurs d’enfants, sample de Lettre à Elise de Beethoven et son message d’espoir, le tour de magie est joué. Il est vrai qu’il avait été taxé à la fin des années 90 de rappeur ‘bling bling’ mais depuis Stillmatic, Nas est revenu à ses fondamentaux. Ici ça passe par trois collabs avec Alchemist (dont « Book of Rhymes », « Mastermind »), atmosphère bien QB, comme ce qu’il faisait pour les Mobb Deep peu de temps avant.
Eminem est présent aussi sur l’album, mais uniquement en tant que producteur sur « The Cross » (du Em et Luis Resto tout craché). Pour Eminem c’est tout bénéf : il a produit pour ses idoles Nas et Jay-Z et les a même évité sur la BO de 8 Mile (séparément, inutile de préciser, trop tendax). Autre collaboration inattendue : « Thugz Mansion », le duo posthume avec 2Pac (qui ne le portait pas spécialement dans son coeur comme on le sait…) dans une version acoustique à la guitare d’une douceur insoupçonnée (elle est aussi dispo sur l’album posthume Better Dayz).
La collab’ avec Em’ et ce montage avec ‘Pac sont là aussi comme des échos à Jay-Z qui a rappé sur une prod d’Eminem (« Renegade » sur Blueprint) et le sample de 2Pac pour le tube « Me & My Girlfiend ». On sent comme une profonde rancœur chez Nas, de l’amertume, un manque de reconnaissance. Les analogies ne s’arrêtent pas là : alors que Jay-Z officialisait sa liaison avec Beyoncé, Nas s’était épris de la très farouche et géniale chanteuse Kelis, que l’on peut entendre sur le nocturne « Hey Nas » (bien vu le sample de Kenni Burke). A propos de Kelis, Nas a tenté une collab avec les Neptunes en 2003, ce qui a donné « The Flyest » issu de la BO du film Drôles de Dame. Anecdotique sans doute. En tout cas, Nas aura collaboré avec Alicia Keys en premier, c’est la chanteuse-pianiste qui a d’ailleurs composé le morceau « Warrior Song ». On découvrirait presque un soupçon d’émotions sur le titre final « Heaven » avec un flow pressé, et qu’il dédicace à sa mère défunte.
Dans sa battle avec Jay-Z, God’s Son est une sorte de 2e round mais avec plus de hauteur, alors que Jigga de son côté passait à autre chose (un ultime album, développement de son label, différentes business et préparation de sa « retraite »). A sa sortie, on a de nouveau entendu encore le même refrain avec God’s son qu’avec d’autres albums de Nas : les « gnagnagnas le choix des instrus ». Mais aujourd’hui, avec le recul et plus d’objectivit, on apprécie pleinement cet album tel qu’il est et on ne l’imagine pas autrement. Pas parfait, loin de là, mais hyper important tout de même.
LA NOTE : 17/20.


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