Archives du mot-clé Rahki

SYD « Fin » @@@@½


Elle détenait depuis plusieurs semaines ce qui pourrait bien être, sans vouloir trop s’avancer, le meilleur album soul/r&b de l’an 2017, ce qui rendait tout le monde excité d’impatience. Elle en est navrée pour vous madame Kehlani, navrée aussi pour toi l’ami Matt Martians qui l’a doublée d’une semaine avec ta très bonne sortie solo, navrée de vous éclipser de la sorte. Mais pas désolé. Elle, la personne dont il est question, c’est la chanteuse/auteure/compositrice/DJ star du groupe The Internet : Sydney Bennett, que l’on a d’abord connue comme Syd the Kyd au sein des Odd Future, et maintenant Syd tout simplement. Avec les multiples sens que l’on peut attribuer au titre de ce premier essai en major, Fin n’est qu’un début.

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Ab-Soul « Do What Thou Wilt. » @@@


Regardez-le bien dans les yeux sur la pochette car ce n’est pas tous les jours que le Black Lip Pastor se sépare de ses lunettes de soleil qu’il pleuve qu’il neige ou qu’il vente. Ce n’est pas pour une histoire de style ou de coquetterie qu’Ab-Soul porte constamment des lunettes de soleil, mais à cause d’une hyper-sensibilité à la lumière. Et avec le temps, il n’y a pas que sa vue qui s’est assombrie, Do What Thou Wilt. est un album incolore.

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Hodgy « Fireplace: TheNotTheOtherSide » @@@@


Que reste-t-il des Odd Future le groupe ? En 2010 c’était le collectif à suivre absolument avec leurs titres fracassants « Sandwitches » et « Radical« , cette bande de post-ados anti-conformistes et que l’on comparait facilement au Wu-Tang. Aujourd’hui quasi démantelé, cela n’est plus qu’un souvenir joyeusement cauchemardesque, n’en reste plus qu’un label, une marque de fringue Golf Wang (lancée par Tyler), et des membres ou groupes qui s’éloignent par la force des choses. Cette année on a eu l’opportunité d’écouter les débuts en solo de Domo Genesis et maintenant Hodgy (sans le Beats) avec cet album au titre un poil insolite, Fireplace: TheNotTheOtherSide. 

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Kendrick Lamar « To Pimp a Butterfly » @@@@@


Aout 2013, le couplet de Kendrick Lamar sur « Control » de Big Sean crée un énorme séisme qui a secoué tout le rap américain comme cela n’est pas arrivé depuis très longtemps. Son but : devenir le numéro 1, en se couronnant lui-même Roi de la Côte Est. Culotté, sans parler du name-dropping, suscitant des réactions de toute part. Et après, « que de la gueule » ? Détrompez-vous, To Pimp a Butterfly est l’oeuvre d’un artiste qui a les épaules d’un leader-né, une oeuvre plus Noire qu’il n’y parait. Il n’y a qu’à regarder la pochette renversante de l’album pour le comprendre.

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Vous ne prendrez pas sa liberté de penser…

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Il est encore difficile de prendre la mesure une semaine après sa sortie -avancée d’une semaine- du potentiel immense de ce second album en major de K dot, et il faudra bien plusieurs mois, voire plusieurs années pour se rendre compte de son impact, déjà très important, à tous les niveaux, culturel comme commercial en battant des records de lecture en streaming notamment. Ce qui est certain, c’est que le rappeur de Compton est parti dans une dimension bien plus vaste, musicalement comme sur le plan socio-politique. L’idée de To Pimp a Butterfly a germé après la sortie Good Kid, m.A.A.d. City qui l’a propulsé comme le prince incontesté de la Westcoast. Le succès à gérer, la pression qui devient plus écrasante, puis le contexte très tendu aux Etats-Unis avec ces bavures policières envers des afro-américains qui ont embrasé les rues comme les esprits de toute une communauté, parallèlement à une résurgence de l’histoire de l’esclavage.

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On perçoit un début de réponse à la formule « To pimp a butterfly » dès le premier morceau « Wesley’s Theory » (en référence à l’acteur Wesley Snipes inculpé pour évasion fiscale), lorsque raisonne un sample de soul « every nigger is a star ». Kendrick Lamar porte sa vision de l’industrie du divertissement qui fait miroiter monts et merveilles pour l’attirer et mieux l’influencer, le système qui lui répond dans le second couplet. Entre les deux versets, les bons conseils de son mentor Dr Dre lui viennent en aide. Kendrick Lamar expliquera à la fin du disque le sens de cet album, de la formule « to pimp a butterfly », par le fait que le système veuille détourner le talent d’artistes afro-américains, vu métaphoriquement comme un papillon. Je reviendrai plus tard sur ce dernier track « Mortal Man« , parce qu’il se passe franchement quelque chose d’incroyablement surréaliste et hautement symbolique sur ce morceau.

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Comme pour GKMC, To Pimp a Butterfly suit un ou plusieurs fils conducteurs, avec des thèmes récurrents pour apporter une cohérence et de la matière à ses propos. Sur Good Kid m.A.A.d. City, c’était les tribulations d’un adolescent avec ses homies, sa vie au milieu des gangs et sa copine Sherane. Ici la coqueluche d’Aftermath raconte le parcours et les conflits intérieurs qu’il a connu pour ne pas être tenté par le diable, ses excès et ses tentations. En parallèle, il entame un texte qu’il complète au fur et à mesure, utilisant un temps de parole dans les dernières secondes de certaines pistes, et dont les premiers mots qui reviennent sont « I remember you was conflicted, misusing your influence… » On ne connaîtra que le texte entier tout à la fin aussi, un texte qui résume parfaitement son récent vécu et son état d’esprit, ce après le morceau « Mortal Man« . Le rappeur fait aussi référence à Lucy (sur « For Sale?« ), une personnification de Lucifer. Mais avant d’aller plus loin, Kendrick Lamar ré-affirme son statut de roi à qui on veut couper les jambes sur « King Kunta » (en référence à l’esclave Kunta Kinte qui a fini un pied coupé) avec ces vers :

« I made it past 25 and there I was/ A little nappy headed nigga with the world behind him/ Life ain’t shit but a fat vagina/ Screamin’ « Annie are you ok? Annie are you ok? »/Limo tinted with the gold plates/Straight from the bottom, this the belly of the beast/From a peasant to a prince to a motherfuckin’ king »

Petit à petit le californien se retrouve confronté aux péchés et aux démons qu’entraînent cette sensation de pouvoir sur « Institutionalized » et ce que cela implique d’un point de vue psychologique lorsque la conscience s’en mêle sur « These Walls« , pour qu’au final cette ivresse lui fasse tourner la tête et sombrer dans l’alcool et la dépression sur « u« . Le rappeur termine des rimes aux larmes quand sa conscience (moment où il prend une voix bizarre) s’adresse à lui, comme c’était le cas sur « Swimming Pools« . « Alright » arrive à pic pour repositiver quand la fameuse Lucy vient s’adresser à lui sur « For Sale? » et tenter de corrompre son âme à nouveau. C’est là que Kendrick Lamar décide de se ressourcer et rentrer chez lui (« Momma« ) pour retrouver les pieds sur terre.

La suite devient encore plus intéressante, le rappeur a ouvert en grand ses champs de perception. « Hood Politics » constitue une critique envers les rap listeners et leur mentalité, avec ces brillants analogismes, et néologismes, que sont les Democrips et les Rebloodicans, en référence aux deux gangs de L.A.. On retient particulièrement cette phrase énervée qui rend hommage à la moitié des Run The Jewels « Critics want to mention that they miss when hip hop was rapin/ Motherfucker if you did, then Killer Mike would be platinum », avant de menacer quelques rimes plus loin « I’m the only nigga next to Snoop that can push the button ». Il évoque ensuite sur « Complexion (Zulu Love) » un sujet de prédilection de rappeurs dits « conscients » et engagés, à savoir la couleur de peau, avec pour finir un superbe couplet de la rappeuse Rapsody, la seule et unique personne habilité à poser un couplet sur tout To Pimp a Butterfly, si on exclut l’apparition du doggfather Snoop Dogg sur « Instutionalized« . Il démontre sur « How Much Cost a Dollar » aussi qu’en tant que storyteller, il peut narrer des fictions inspirées de la réalité d’un personnage tiers. Mais c’est bien « The Blacker the Berry » le morceau rap le plus sombre de Kendrick Lamar. Servi par une prod très lourde signée Boi-1da (et une apparition non-créditée du chanteur ragga Assassin), le nouveau Roi débute ses couplets par « I’m the biggest hypocrite of 2015 » avant d’entamer un texte sur la haine raciale et ces ressentiments très enfouis. Tout le contraire du titre qui suit, « i« , le single radio où Kendrick Lamar affiche sa fierté pour sa communauté sur un sample des Isley Brothers. Il y scande le terme de « negus », définition de « empereur noir » en éthiopien, pour ne plus dénigrer le N-word.

C’est là qu’on arrive à « Mortal Man« . Kendrick Lamar termine son texte et termine sur un dialogue social et politique avec… Tupac Shakur, aussi réaliste que la dernière apparition publique de son fantôme holographique à Coachella en 2013.

 

 

…ni de créer

Puis on repasse à la piste 1, on réécoute, on capte les éléments qu’on n’a pas encore saisi, les détails, et arrivé en bout de piste 16, repeat. Cette fois pour faire le tour des productions, gérées par un cercle très fermé de producteurs de la maison TDE (comme Sounwave et Tae Beast), de musiciens hyper-talentueux et autres artistes les plus doués de leur génération. C’est déjà le choc des générations sur le premier morceau, quand le père de P-Funk George Clinton prête sa voix sur un instrumental co-signé par Flying Lotus. La musique Funk retrouve le vent en poupe ces mois-ci et quelle soit ‘P’ ou ‘G’, elle imprègne chaque recoin de l’album. To Pimp a Butterfly demeure un album de rap californien avant tout, il en possède les gènes. Il y en a sur « King Kunta« , à travers de sample de DJ Quik (tiré de « Get Nikked » de Mausberg) jusque « i » avec ce riff emprunté aux Isley Brothers (samplé pour la première fois en 89 par les Beastie Boys sur « B-Boy bouillabaisse« ).

Pas de gangsta-rap, ni de trap. Kendrick Lamar s’est entouré d’une équipe de musiciens et chanteurs qui savent admirablement expérimenter les mélanges entre Nu soul et musique Hip-Hop, à savoir Terrace Martin (dont le saxophone est quasi omniprésent sur l’album), Stephen « Thundercat » Bruner qui donne de la basse et sa voix, Taz Arnold des Sa-Ra Creative Partners (Talib Kweli, John Legend, Erykah Badu, Pharoahe Monch…), Bilal, Anna Wise, James Fauntleroy et même Robert Glasper qui illumine l’outro de « Blacker the Berry« . C’est cet orchestre idéal, de noms qui se connaissent mutuellement dans le milieu, qui apporte ces savoureuses saveurs de nu soul et jazz à To Pimp a Butterfly. On retrouve même de l’afro-beat sur l’outro de « Momma« , c’est à se demander si on navigue toujours dans le symbolisme.

Et Dr Dre ? Son nom n’apparaît qu’en tant que producteur exécutif, et sa voix sur « Wesley’s Theory« . Tous les titres sont pratiquement mixés par Ali. Les rumeurs racontent qu’il se cache sous l’alias DragonLove (crédité sur « How Much Cost a Dollar » et le très agréable « You Ain’t Gotta Lie« ), et c’est le producteur Sounwave qui l’aurait sous-entendu sur Twitter. Il faut avouer que le beat de « How Much Cost a Dollar » a mis la puce à l’oreille, on perçoit clairement la signature du docteur. Pourquoi utiliser un autre surnom ? Pour éviter les critiques ? Et puis pourquoi pas, après tout d’autres grands artistes l’ont fait, notamment Stevie Wonder qui avait employé le surnom El Toro Negro sur Perfect Angel de Minnie Ripperton. Le seul super-producteur qui participe à l’album n’est autre que Pharrell Williams (« Alright« ), tout l’inverse de Knxwledge, un artisan du hip-hop alternatif mais pas moins réputé. Et le légendaire Pete Rock est bel et bien impliqué, il s’occupe des scratches sur « Complexion« . Kendrick Lamar est le directeur artistique à bord, c’est écrit d’ailleurs.

 

En faisant la synthèse de To Pimp a Butterfly, musicale comme thématique, cet album s’intègre dans la lignée d’oeuvres nu soul très pro-Black dans l’âme, récentes comme Black Messiah de D’Angelo, undun des Roots, les deux volets New AmErykah d’Erykah Badu, comme lointaines, on pense à Like Water for Chocolate de Common ou encore Me Against the World de 2Pac, album qui fête ses 20 ans ce mois de Mars 2015. Ce ne sera pas nécessairement le meilleur des albums rap des mois passés ou à venir, mais sûrement le plus important, suffisamment pour remporter un Grammy Award l’an prochain. Si cela n’arrive pas, je mange mon chapeau.

Ab-Soul « These Days… » @@@½


Il aura fallu un ultimatum à son label Top Dawg Entertainment pour que Herbert Stevens alias Ab-Soul puisse sortir These Days…, qui à l’origine était prévu de s’intituler Black Lips Pastor. Ce troisième projet du hippy noir semble être né dans la douleur, et c’est peut-être dans des conditions difficiles qu’il a été conçu.

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Jet Life « Jet World Order 2 » @@@@


Après un premier vol de reconnaissance qui fut un succès, l’escadron Jet Life reprennent pour la seconde année consécutive la piste d’envol située à New Orleans. Avec Jet World Order 2, l’escorte de choc de Curren$y, composée de Trademark Da Skydiver et Young Roddy montent vers de plus hautes altitudes.

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Kendrick Lamar « Good Kid, m.A.A.d. City » [Deluxe Edition] @@@@@


Souvenez-vous, dans le numéro de Now Playing de début 2012, un article a été consacré à Kendrick Lamar expliquant pourquoi il avait ses chances de marquer les esprits durant l’année. À vrai dire, qui doutait que Good Kid, m.A.A.d. City allait devenir un des albums rap de 2012, ou pourquoi pas même 2013 ? Le plébiscite est tel au point que quelques artistes l’ont félicité pour son album, du style Janelle Monae, Ice Cube, Flying Lotus, Lupe Fiasco…

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Slim The Mobster « War Music » hosted by DJ Whoo Kid [mixtape] @@@


Cela fait à peu près deux, trois ans que Slim Da Mobster traîne dans les studios d’Aftermath sans qu’on n’ait pu jamais juger de quoi il était capable, jusqu’à cette mixtape War Music hostée par DJ Whoo Kid. Le nouveau rookie de Dr Dre s’est entouré de Snoop Dogg et Sha Money XL (ex-président de G Unit) pour cette livraison qui répondra son talent supposé.

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Evidence « Cats & Dogs » @@@@½


Deux scènes rap coexistent en Californie. La scène dite communément Westcoast, que tout le monde connaît, et l’autre, parfois injustement laissée pour compte, la Left Coast. Plusieurs groupes ont émergé de cette scène-là dans les années 90, comme les Pharcyde, Jurassic 5 et évidemment les Dilated People qui a révélé Evidence, Rakaa Iriscience et DJ Babu.

Ce trio en a parcouru du chemin, que ce soit ensemble ou séparément, à passer de l’ombre à la lumière pour retourner dans l’ombre. Des trois, Evidence est sans doute celui qui le plus cumulé de kilomètres de rimes et de tours de platines, en avançant à son rythme.Il a fallu presque trois ans pour Mr Slow Flow, son autre surnom, pour la préparation de son second solo Cats & Dogs chez Rhymesayers Ent.

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Curren$y « Week-end at Burnie’s » @@@@


Le très prolifique rappeur de la Nouvelle-Orléans nous propose avec Week-end at Burnie’s la bande-son « sea, sex, sun and kush » de l’été. L’ex-membre des 504 Boyz persiste dans son thème de musique rap pour coupés sportifs, en témoigne la Ferrari 288 dessinée sur la cover exotique ultra-eighties.

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