Chroniques Rap, Soul/R&B, Electro…

Ab-Soul « Soul Burger » @@@½


Avec Kendrick Lamar, SZA et Doechii, le label Top Dawg Entertainment est passé de structure indépendante formant de jeunes talents aux sommets de l’industrie musicale, cumulant bon nombre de récompenses depuis une douzaine d’années. C’était l’objectif voulu : s’élever, atteindre l’élite. Le paradoxe dans cette histoire, c’est que TDE conserve en son sein un rappeur extraordinaire, un artiste aux lunettes noires, loin de la foule et des médias, qui apparait parfois discrètement dans les charts, et qui représente l’élite du MCing depuis le début des années 2010 : j’ai nommé Ab-Soul.

Au dernier trimestre 2024, le Black Lip Bastard sort son sixième opus, dédié à son ami Doe Burger. Pour l’anecdote, cet album contient des passages de personnalités comme Joey Bada$$, Reason ou encore l’ami disparu Mac Miller. Ou même du Bruce Lee sur « Squeeze 1st 2 » (sorte de suite du titre de Jay-Z sorti en 2000). Mais revenons d’abord au début, plutôt que spoiler certains détails de Soul Burger. « 9 Mile » met une belle pêche dans nos poires avec ce sample a-capella de « Back To Life » de Soul II Soul suivi d’un autre sample ultra classique, celui de « Shook Ones pt II » des Mobb Deep. Si l’album commence fort, sans doute un peu trop, une partie des morceaux de Soul Burger paraît plus ‘flotteux’, la faute à des intrus trap trop communs. Il faut dire que peu avant, son camarade ScHoolboy Q avait mis la barre très haute avec Blue Lips. Heureusement il y a des perles au milieu de tout ça, comme « California Dreamin » avec Vince Staples et co-produit par 9th Wonder, « Dnd » peu sécurisant comme une rue mal éclairée, « Crazier » avec J.I.D. (le pseudo-Kendrick du Sud) avec son beat tribal et la rencontre « Peace » avec Lupe Fiasco. « All That » avec JasonMartin reste bien collé dans la tête, basique mais rudement efficace.

C’est frustrant de constater que le niveau créatif des prods stagne quand on regarde le personnel qualifié : les producteurs historiques maison Tae Beast, Sounwave, Skhye Hutch, plus Kal Banx, Ty Dolla $ign, Kembe X, Devin Malik, Python P, Andrew Boyd… Terrace Martin ! Qui rejoue l’air de ce grand morceau qu’est « How Much Cost A Dollar » (tiré de To Pimp A Butterfly de Kendrick) pour le dernier temps fort « Righteous Man ». Par contre, reprendre le même sample de Bobby Caldwell utilisé par Notorious BIG sur « Sky is the Limit » pour « Sky is limitless » aurait pu être moins prévisible…

Le défaut de cet album est ce décalage entre les instrus qu’il pioche, parfois sans âme, et son écriture pointue, chargée de jeux de mots et références, son style de rap très incarné, son aura noire fluo. C’était déjà le problème de certaines de ses sorties comme These Days et Do What Thou Wilt au milieu des années 2010. Ceci est sans une des raisons pour lesquelles cet album est sorti hors major. La malédiction de Ab-Soul est d’être beaucoup trop doué pour les moldus, pour trouver chaussure à son pied. Soul Burger laisse le sentiment d’écouter une mixtape très élaborée, à une époque où les mixtapes ne se font plus tellement. C’est parfois compliqué d’avoir un tel talent à exploiter mais grâce à sa mentalité à long-terme, Ab Soul est toujours pertinent là où il est maintenant.

LA NOTE : 14,5/20

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