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DJ Shadow « Our Pathetic Age » @@@@


Pathétique. Voilà un adjectif qui peut très bien qualifier l’époque dans laquelle on vit depuis 2016… Pourtant, Our Pathetic Age du célèbre DJ Shadow n’est sorti qu’en 2019, avant la pandémie de Covid, avant la guerre en Ukraine, avant la réélection de Trump, le fascisme qui remonte, le Moyen-Orient qui s’embrase de plus belle… Le mot ‘pathétique’ est plus que jamais valable, et ça reste fort poli. A défaut de pouvoir s’exprimer avec sa voix, Shadow a mis les bouchées doubles avec un album en deux volumes distincts.

Le premier volet, c’est DJ Shadow qui fait du DJ Shadow : de l’abstract hip-hop ou trip hop, appelez-ça comme vous voudrez, à sa sauce. Où son inspiration parvient à faire des assemblages avec du jazz (« Beauty, Power, Motion, Life, Work, Chaos, Law ») ou des samples ultra-pitchés. Il n’y a pas tellement de surprise sur ces onze compositions, le producteur poursuit son exploration au sein de ses propres frontières de sa créativité. Avec un voile de fraîcheur quand même comme sur les ultra-uptempos « Lonely Room » et « Intersectionality ». Et toujours là, cette pointe de mélancolique qui le suit comme une ombre (…) depuis ses débuts (« Firestorm »). L’inquiétant et agressif « Juggernaut » est du DJ Shadow tout craché, quand cette tension qui monte crescendo devient brutalisme. De même que « Rosie » qui nous entraine dans une course géniale, l’auteur seul sait les chemins où il veut nous emmener dans cette poursuite. A ce propos, le nom de sa structure s’appelle Reconstruction et c’est exactement le terme qui convient pour décrire sa musique.

Alors que le premier volume s’achève sur le thème de la solitude, le volume deux, au contraire, est bourré de featurings assez dingues et ça saute aux yeux qu’il sera hip-hop. A la sauce DJ Shadow cela va sans dire. Le premier titre « Drone Warfare » (qui est aujourd’hui une réalité) propose une réunion au sommet entre son patron Nas (Our Pathetic Age est sorti chez Mass Appeal) et Pharoahe Monch, sur un instru dynamite inspiré des prods des Public Enemy avec de la place pour du turntablism. Le très gros son continue avec la bombe « Rain On Snow » (ce sample de voix féminin et froid) en connexion avec le Wu-Tang Clan avec les ambassadeurs Inspectah Deck, Ghostface Killah et Raekwon. Pour compléter le tiercé gagnant, le super single « Rocket Fuel » avec nos De La Soul préférés, qui démontre encore fois que leurs singles ou présence en featurings ont plus de succès que leurs albums (triste mais vrai). Un single qui a eu droit aussi à faire des rotations dans nos radios hexagonales, faut dire, ce morceau est chouette.

Et ça continue de dérouler avec « C.O.N.F.O.R.M. » avec les rappeurs ‘alternatifs’ de la côte ouest Gift of Gag (paix à son âme) et Lateef The Truthspeaker. La combinaison de Wiki et Paul Banks sur « Small Colleges » sonne bien, bien que plus discret par rapport au reste. « Taxin’ » avec Dave East est meilleure en version longue avec le talentueux rappeur britannique Loyle Carner. « Kings & Queens » avec Run The Jewels? Grandiose. Une énergie folle, un magnifique sample soulful, des MCs au top niveau, avec cerise sur le gâteau un refrain très gospel. C’est fini? Pas tout à fait : Pusha T en bonus track sur « Been Use Ta ». Avec cette seconde partie de Pathetic Age, DJ Shadow réussit à nous faire oublier les essais hip-hop moyennement convaincants de The Outsider et The Less You Know The Better.

Dire que ce sixième album pas antipathique du DJ de San Francisco est sorti à une période plus sage et moins stupide que 2026 où sont écrites ces quelques phrases. Le réécouter aujourd’hui permet d’en avoir une vision un peu différente avec les mêmes oreilles.
LA NOTE : 16/20 POUR LES DEUX DISQUES.

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